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LE MOYEN AGE
REVUE
D'IIISTOIIIE a* DE PHILOLOGIE
Directeurs : MM. A. MARIGNAN, PROU et WILMOTTF.
Secrétaire : M. A. VIDIER
2« SÉRIE. — TOME VII
(tome \ V I DE LA collection)
PARIS (2^) LIBRAIHIK EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67. Kl E DE RICHELIEC, AU PKKMIKK 1903
(Tons droits réserves)
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CONTRIBUTION
A LA
CHRONOLOGIE DES ROIS MÉROVINGIENS
La chronologie des rois mérovingiens a fait l'objet d'une série de travaux récents, qui ont complété et rectifié les ré- sultats atteints parMabillon' et par les auteurs de l'Art de vé- rifiev les dates\ Les recherches de M . Bruno Krusch ont donné la première impulsion'. Les études de Julien Havet', qui pré- cisaient quelques-uns des résultats obtenus par l'éminentérudit allemand, ont été elles-mêmes corrigées et complétées par les dissertations de MM. Tabbé Vacandard^ Joseph Tardif et
1. Mabillou, Acta sanclorum ordinis sancti Benedict i , saec II, praetatio, p. XLiii-xLvi; saec. lu, praef., p. iii-xii. — De Rr diplomatica, supple- mentum, ch. vu et viii; p. 26-38.
2. L'art de vérifier les dates (éd. in fol. de 1770), p. 520-534.
3. Bruno Krusch, Zur Chronologie der Mcroicingischcii Koniye, dans Forschungen ;ar deutschen Geschichtc, t. XXII (1882), p. 449; — Chroiiologisches ans Handschriften, dans Neues Ai-chic, t. X (188.5j, p. 81; — Diedlteste Vita Leudegarii, dans Neues Archiv, t. XVI (1891), p. 571 n. 1.
4. Julien Havet, Questions mérovingiennes :III. La Date d'un manuscrit de Luxeuil, dans Œucres, t. I, p. 91; —/F. Les Chartes de Saint-Calais, ihid., p. 106 n. 5, p. 1.37 n. 3, p. 138 n. 1 et 2, p. 139 n. 1. Il faut y ajouter deux notes sur la date d'avènement de Thierry IV, ihid., p. 242 n. 1 et p. 446.
5. E. Vacandard, Le règne de Thierrg III et la chronologie des moines de Fontenelle, dans Reçue des Questions historiques, 1896, p. 441.
6. Joseph Tardif, Les Chartes mérovingiennes de V abbaye de Noir- moutier avec une étude sur la chronologie du règne de Dagobert //(Paris, 1899, in-8''), p. 33. Ce travail a paru en partie dans la, Nouvelle Revue his- torique de droit français et étranger, t. XXII, p. 763 et suiv. Je profite de l'occasion présente pour rappeler que j'ai naguère réservé mon jugement
Moyen Age, t. XVI. 1
LEON LKVILLAIN
Willielm Levison\ Réunir et résumer dans un tableau d'en- semble les conclusions de tous ces mémoires, pour épargner aux érudits la peine de recourir à des articles de revue qui ne sont pas toujours accessibles, surtout aux travailleui-s de la pro- vince, n'est point inutile, puisque le dernier tableau similaire, celui que l'on trouve dans le Manuel de diplomatique de Giry'. contient quelques erreurs et n'est plus au courant. En outre, les auteurs des mémoires que je viens de citer n'ont pas compris dans leurs recherches la chronologie du dernier mérovingien, Cliildëric III, dont j'ai essayé d'établir jadis la filiation'. Je tenterai de les compléter sur ce point : bien que les textes his- toriques ne parlent guère de ce prince, il est possible d'établir les dates extrêmes de son règne avec une approximation très satisfaisante.
Le roi Thierry IV, probablement le père de Childéric III, mourut entre le 31 japvier et le 18 juin 737'. Le tout-puissant maire du palais, Charles Martel, ne lui donna pas de suc- cesseur, et le trône resta vacant jusqu'après la mort de celui-ci survenue le 21 octobre 741^
sur certains points de cette étude et pour signaler aujourd'hui que, après examen, j'adhère pleinement aux conclusions de ce travail très remar- quable.
1. Wilhelm Levison, Kleine Bciii'df/e eu Qucllcn der franhlschcn Gc- sclùchtc, IL Zuv Chronoloriie dcr spàtcrcn Mcroicingcr, dans Ncncs Archk, t. XXVII (1902), p. 356.
2. A. Giry, MaPMcl de dlplomaliquc., p. 711.
3. L. Levillain, La Jiliation de Childéric II L dans le Mm/rii. A 'je (1899), p. 476.
4. W. Levison. op. cit., p. 358-359.
5. Voir Mabillon, Acte .s'a/ic^or««(, saec. m, p. xi. — F. de Coulanges, Les (ran.sf'orina.tioiis delà rot/auiè pciiilcnl /'rpoi/iir <-(irolinQiciinc, p. 173 n. 5,194. Dans un texte très postérieur <»n lit ; « Tune mortuus est Theode- ricus rex, filius Dagoberti junioris.et Karolus Martellus in inlirmitate sua jussit elevare in regem Hildericura fratrein 'l'iieoderici, qui vccors erat, siout et frater ejus fuerat; sed meliorera illo non poterant Franci invcnire de proie rcgali » {Chronique d'Adùinar de Ckahanncs, éd. Clia\anon, p. 55. Cf. p. 67-68). Voir F. Coulanges, op. cit., p. 194 n. 2. Nous ignorons quelle est la source de ce texte, mais les donnécssontcontrouvées : Childéric III n'est pas le frère de Thierry IV, mais probablement son fils. Ce n'est
CONTRIBUTION A LA C11IU)N0L0(;IE liES ROIS MEltOVlNGŒNS o
Les premières années du principat de ses deux fils, Pépin le Bref etCarloman, furent marquées par des révoltes dont la prin- cipale fut celle de leur frère naturel, Griffon, en 741, et l'on a supposé avec vraisemblance que ce fut pour fortifier leur au- torité que les deux princes rétablirent sur le trône le jeune Childéric III, qui fut alors tiré d'un monastère, probablement Sithiu (Saint-Bertin). On s'accorde généralement à placer cet événement en 742 ou 743. Mais les raisons qu'on donne sont insuffisantes à légitimer (jiioi que ce soit'.
pas Chailes Martel qui installa sur le trône le dernier mt-rovingien. Le 17 septembre 741, Charles donnait à l'abbaye le domaine de Clichy et datait encore sa charte de la cinquième année après la mort de Thierrx- IV: « Actum Careciaco villa, in paiatio. quod licit monsis September die XVIÎ, annum qH_iintuni ])0.st defunctum Theoilericum regem » (Pardessus. Diploinala, II, p. 380, n" 56-5 ; Pertz, Dipl()iuata,\). \{)\,i\"Vi\ Bôhmer-Miihlbaeher, Re;/csta, n° 'l;{) : Cela s'accorde avec la Gcncalorjla rcQuiii Francuruin qui donne cependant une durée trop longue au principat de Charles-Martel après la mort de Thierry IV : « Theudoricus regnavit annos XVII. Carolus sine alio rege imperavit annos VII » (.Vlan. Grrin. hist., Srripiorcs, II, p. 308). Childéric III nous dit lui-même qu'il ne doit pas son trône à Charles Martel: « Hildricus, rex Fran- corum, viro inclito Karlomanno majore-domus. rectori palatio nostro, qui nobis in solium regni nostri instituit... » Diplôme pour Sta- velot et Malmédy (Pardessus, Diploincta, lï, p. 387, n" âTô. Cf. L(i lilia- tlon de Childùric III. p. 476 n.). Un antre texte, plus ancien que celui d'Adémar contient la mêmeerreur: « Mortuo Theoderico. Karlus Hildricum sibi regem fecit in Neustria et Austria. » Notes de Vllxild, abbé de Hautvilliers (ix' siècle), citées par P. VioUet, Histoire des Institutions politiques et administratives de la Francf^ t. I. p. 260 n. 2. Peut-être conviendrait-il de corriger Karlus en Karloinannus, ce qui Justifierait rhyi)oLhèse de Doinel, Note siw Hlldérlr III (Carcassi)nne,, 1809, in-8"), p. 5 et 6. Mais la correction est gratuite.
1. La charte d'Ebbo et de sa femme Odalsinda en faveur du monastère de Saint-Gall, que Mabillon invoque et qu'il place sous le règne de Childéric III {Aeta sanctorum, saec. m, p. xi-xjj) est bien plutôt de l'année 670. Cf. Pardessus, Dlplomala, ehartae..., IL p. 154, n" 364 et note. — F. de Coulanges écrit: « Que Childéric III n'ait été nommé qu'en 743, ou, au plus tôt, à la fin de 742, c'est ce qui résulte de la Genea- logm rcfjuni Francoruin qui porte : «Childericus regnavit annos X » (de 743 à 753), et d'un Chronieon brcrlssnnum ('Houquet, II, p. 691) qui signale que Childéric m n'a régné que neuf années pleines » (o/). eli., p. 194,
4 LEON LEVILLAIN
Dans une charte de Clirodegang, évêque de Metz, donnant à l'abbaye de Gorze, récemment fondée par lui, divers biens à Gorze, à Scy, Jouy-aux-Arches, etc., on lit la date suivante : Actum apud Andernacum, in palatro, publiée, anno ab in- carnatione Domini DCC^ XL F, indictioneXIII^, epacta XIIII\ coneurrente 1111°, anno VI" Childeriei régis, XX° die mensis maii\ M. d'Herbomez écrit à ce sujet: « La date de cette pièce est irrégulière. En effet, si à l'an 745 correspondent bien l'in- diction XIII, l'épacte XIV, le concurrent IV, l'an VI du règne de Childéric III, qui ne devint roi de Neustrie qu'en 742, con- corde avec l'an de l'incarnation 747, et non avec 745. Il est évident que la date de notre charte émane en partie du scribe du ms. 826 de Metz, car l'usage n'était point, au milieu du viii^ siècle, de dater les documents de l'an de l'incarnation, de l'indiction, de l'épacte et du concurrent, et l'on sait que ce n'est qu'à la fin du ix® siècle que cet usage, qui devait durer jusqu'au xii®, a commencé de se répandre'. Donc la date
n.2). Mais j'ignore quelle autorité s'attaclie à ces textes. Childéric III ne régnait certainement plus à la fin de l'année 7.51. Et si l'on accordait confiance à ces textes, il faudrait reporter l'avènement de Childéric III à 741, ce quiest impossible, comme nous Talions voir. Mais il est possible que les auteurs de la Gcnealogla et du Chronicon aient compté les années du règne de la mort de Charles-Martel.
1. Pardessus, Diplomata, II, p. 397, n° 586. Cartuldirc de Vabbaye de Go/vc, éd. d'Herbomez, dans Mémoires et Document s publics par- la Société nationale des Antvjuaircs de France, Meitensia, II, fasc. 1 (1898), p. 4. La charte, tenue pour authentique par Pardessus, est considérée comme fausse par Blondel (Genealofjiae Francorum plcnior ass,'rtio, II, 48), ou comme interpolée on même fausse, par M. d'Herbomez (Meitensia, II, fasc. III (1900), p. ;{66). J'avoue que les raisons invoquées pour contester l'authenticité de ce document me paraissent très faibles, et en particulier celle que M. d'Herbomez tire de la déclinaison des noms de femmes : le Rif/ohertane ancilla que M. d'Herbomez prend pour un nominatif est un ablatif. Tout ce que je puis accorder aux partisans de l'inauthen licite, c'est que la pièce est peut-être interpolée, ce qui aurait besoin d'être démontré.
2. Cf. dans le même sens, Paul Marichal, Remarques chronolo;ji'/tics et (opof/raphir/ues sur le cartulairc de Gor:;e {Meitensia, III, 1902), p. 13 : " Celles des chartes du cartulaire de Gorze qui sont expressément datées le 8ont avec un luxe d'éléments chronologiques bien fait pour surprendre, en
CONTRIBUTION A LA CHRONOLOGIE DES ROIS MEROVINGIENS 5
de notre document, dans l'original, le pseudo-original ou la copie ancienne que le scribe du cartulaire de Metz pouvait avoir sous les yeux, ne devait porter que le jour du mois et l'an du règne de Childéric\ Mais quel était cet an? le VP ou le IV«? Notre texte porte an VI, mais il n'est pas interdit de croire que l'original de la charte pouvait porter an IV. Alors la date de l'incarnation ajoutée ici par le scribe du cartulaire de Metz serait exacte. Dans le cas contraire, il faut supposer que ce scribe était ignorant de la date de l'avènement deChildéric III, que l'original portait bien an VI, et que, sans tenir compte des indications chronologiques ajoutées ici par le scribe du ms. 826 de Metz, nous devons dater notre charte du 20 mai 747 et non du 20 mai 745. » En résumé, tous les éléments de la date concordent, sauf celui des années du règne. La sixième année du règne de Childéric III reporterait l'avènement de ce roi à 739, ce qui est inadmissible, puisque ce roi fut tiré d'un mo-
ce qui concerne les plus anciens de ces documents, quiconque a l'habitude des originaux. On est fondé à conclure de là que le scribe a pris de grandes libertés avec les dates qu'il avait à transcrire. » Et plus loin, p. 96: « Celui-ci (le scribe), en introduisant dans les plus anciennes chartes cer- taines indications chronologiques qui ne figuraient pas sur les originaux, n'a fait que suivre un usage dont on trouve d'autres exemples, notamment dans les chartes de Saint-Maur-des-Fossés, conservées aux Archives natio- nales (Giry, Manuel de diplomatique, p. 89 n. 9, et p. 524): de telles additions, destinées à faciliter Tintelligence des dates des documents, sont dépourvues de tout caractère frauduleux. »
1. La doctrine soutenue ici par MM. d'Herbomezet Marichal est exacte : on ne trouve pas généralement dans les chartes du viii' siècle ce luxe de données chronologiques. Exceptionnellement cependant, surtout dans une charte d'évêque, on pourrait trouver au moins la date de l'incarnation, car, dans les conciles et les capitulaires, la date de l'incarnation se rencontre fréquemment bien avant qu'elle apparaisse dans les chartes, et quelque- fois avec d'autres indications chronologiques. Dans l'espèce, je crois avec ces deux êrudits que l'on a fait à Gnrze ce que l'on a fait à Saint-Maur- des-Fossés; mais est-ce nécessairement le scribe du ms.826 de Metz qui a opéré ces calculs assez délicats ? Son rôle ne s'est-il pas borné à transcrire les textes qu'un autre, sous la direction duquel il travaillait, préparait pour lui? On va voir précisément, par la correction que nous allons pro- poser, que le scribe qui a transcrit : anno VI" Childerici rer/is, ne doit pas être l'auteur des additions.
Li:o\ I.FAII.LAIN
iiastère par Carlomun et Pùpiii le Bref. \''I est donc une faute, si l'on admet l'exactitude de l'année de l'incarnation 745. faute qu'il convient de corriger. M. d'Herbomez propose la cor- rection IV ; elle est inacceptable, parce que l'original n'eût pas porté I\', mais IlII. et l'erreur du scribe ne s'expliquerait plus. Il faut lire III. L'erreur qui consiste à prendre III pour VI est courante. Cette correction nécessaire placerait le 20 mai 743 dans la première année du règne. Il faut montrer qu'elle est légitime.
Avant cette date du 20 mai, et en 743, c|uelques chartes heureusement conservées nous présentent le compte des années établi d'après leprincipat de Pépin et de Carloman, et comme l'une d'elles est de Pépin, il en résulte que le roi mérovingien n'était pas encore restauré. Pépin le Bref, maire du palais, octi'oie une charte au monastère de Saint-Vincent de Mâcon, et il la date des calendes de la deuxième année de son principat, c'est-à-dire du l'"' janvier 743'. Vn ceitain Udo fait une dona- tion au monastère de Wissemboui-g et h^ date ainsi: Acta pu- hlirc in nionasterio Wi^cnbuvc, ante hasi/ica sancti Peiri, siib die V. kl. Febr., anno secundo poM obituni doniini nostri Cavloni, qaando successerunt in vegno fUii sui Carlonianus et Pippi/ius, régnante Domino nostro l/irf.Xpo, in pei'petnntn ; c'est-à-dire du 28 janvier 743". Enfin, une femme du nom de Grimhildis concède des biens au même monastère de Wissem- bourg et date l'instrument qui en fait foi de la façon suivante : Aetuni in rnonastcrio WizenJjurc, sub die X^\ Feb., a/ino se- cundo p/'incipaiu Carlomanno et Pippino, ducibus Fran- coriim, fjuando siiccesse/'u/tt in regnum, régnante Domino nostro in perpetuiim : ce qui correspond au 15 février 743'. C'est la charte la plus récente que j'aie rencontrée avant l'avè- nement de Childéric III'.
1. Pardessus, Diplomn/a, II, p. 382, n" 578.
2. Ibid., p. 471, n*74.
;;. Ibid., II, p. 172, n" 75.
1. Nous ne nous servons pas des chartes de !^aint-Gall, dont la datation
COXTRIRUTIOX A LA ( IIROXOLOGIE DES ROIS MEROVINGIENS 7
D'autre part, un certain Boronus donna des biens au mo- nastère d'Honau. Le document porte cette date : Data donacio hec, die Martis proximo post médium mensem Aprilis, anno sejcto regni domini nostri Hilderici regis\ D'après ce qui vient d'être dit, l'avènement du roi Cliildéric III serait postérieur au 16 février 743. La charte de Boronus du mois d'avril de la sixième année pourrait être au plus tôt de 748 et au plus tard de 749. Mais en 749, le 15 avril tombait précisément un mardi; la date de la charte ne convient donc qu'à 748 et doit être traduite : mardi 17 avril 748'. Il en résulte que le 17 avril 743 appartenait à la première année du règne, que dans la charte de Gorze il faut lire III, et que l'avènement du roi est au plus tard du 16 avril.
Voici donc tout ce que les chartes nous permettent de dire : Childëric III a été élevé au trône entre le 16 février et le 16 avril 743. Cela seul ne serait pas sans intérêt: on voit, en effet, que le nouveau roi n'avait pas tardé à récompenser les bons services des moines de Sithiu au milieu desquels il avait vécu jusqu'alors : le premier diplôme du roi Childéric III est une confirmation d'immunité en faveur de Sithiu ; il est daté du 23 avril de la première année du règne, donc de 743'. Et d'autre part, le jugement de Pépin, maire du palais, par lequel ce prince attribue à l'abbaye de Saint-Denis le domaine de Mareuil-lès-Meaux'', et qui est daté du 11 février, cinquième année du roi Childéric, se trouve exactement daté de 748, con- formément à l'opinion de Mabillon adoptée par Le Cointe et
présente des types très divers. Dans cette région, on a continué de dater des années du principal de Carloraan après l'avènement de Childéric III, si même on n'a pas daté tout simplement et d'une façon vague du nom du comte (Cf. Pardessus, ihld., p. 389-390, n"' 576 et 577). On trouve aussi la date du règne de Childéric III (ihcd-, p. 391, n" 578) et deux documents datés de la mort de Dagobert III (ihcd., p. 392-393, n'" 570 et 580).
1. Pardessus, Diploniata, p. 407,0° 594. Ce Boronus est peut-être le même personnage que le bienfaiteur de Saint-Michel d'Honau.
2. C'est la date fournie par Pardessus.
3. Pardessus, Diploniata, II, p. 384, n" .570,
4. Ihid.. p. 403, n^ôSO.
8 LEON LEVILLAIN
par Félibien' et combattue par dom Bouquet^ Bréquigny, Pardessus et Pertz, qui placent ce texte en 747*. De même le jugement par lequel Pépin adjuge à l'abbaye de Saint-Denis l'oratoire appelé Crux et qui est daté du 17 août de la huitième année du règne de Childéric III ' doit être at- tribué à l'année 750, comme l'avait vu Mabillon\ et non à l'année 749 sous laquelle il est généralement placé aujourd'hui'.
Enfin un capitulaire vient confirmer ces résultats et les pré- ciser encore. Il s'agit du capitulaire de Soissons qui fut publié le 6 des nones de mars de l'an 744, c'est-à-dire le 2 mars, dans la seconde année du règne : ce qui attribue le 2 mars 743 à la pre- mière année^ Dès lors, l'avènement de Childéric 111 a eu lieu à une date indéterminée entre le 16 février et le 1^"^ mars 743.
Huit ans plus tard, le mémo roi était déposé, tondu et en- fermé de nouveau dans un monastère; Pépin le Bref était pro- clamé roi à sa placée M. de Sickel a établi que cet événement
1. Mabillon, De Ro diplomatica [2' éd., 1709), p. 486. - Le Cointe, Annales ecclesiastici Francovuin, t. V, p. 203. — Félibien, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denys en France, p. 41. Bréquigny, dans saiTable des diplômes, et l'abbé de Foy, dans sa Notice des diplômes, placent ce document sous l'année 748.
2. Dom Bouquet, Rec. des hist. de France, VII, p. 713, n° 131. — Bré- quigny, Diplomata, p. 488, n" 350. — Pardessus, Diplonuita ,11, p. 403, n°589. — Pevtz, Diplomata, p. 104, n" 18. Cf. Bohmer-Miihlbacher, Regesta, n° 55 .
3. Pardessus, Diplomata, II. p. 414. n° 603. — Pertz, Diplomata, p. 106, n^gl.
4. Mabillon, De Re diplomatica, p. 489, n. 3S, suivi par Bréquigny, dans sa Tabh' des diplômes, par l'abbé de Foy, dans sa Notice des diplômes.
5. Bréquigny, Diplomata, p. 498, n" 360. — Pardessus, Diplomata . II, p. 414, n''603. — Pertz, Diplomata, p, 106, n" 21. — Wauters, Table chronologique des chartes et diplômes imprimés concernant l'histoire de la Belgi'^/ue, à 749. — Bohmer-MUhlbacher, Regesta, n° 56.
6. «In Dei nomine trinitatis. Anno septingentesimo quadragesimo quarto ab incarnations Christi sub die VI nonas Martii et luna Xlill, in anno secundo Childerici régis Francorum, ego Pippinus, dux et princeps Fran- coura. » Capitularia, éd. Boretius, I, p. 29.
7. Annales regni Fnmcornm, a. 750 : ■< Hoc anno secundum Romani pontificis sanctionem Pippinus re.\ Francorum ai)pellatus est et ad hujus
CONTRIBUTION A LA CHRONOLOGIE DES ROIS MÉROVINGIENS 9
qui substituait la dynastie carolingienneà la mérovingienne était de 751 et non de 750, et que Pépin, roi de France, a commencé de daterses diplômes à partir d'un jour compris entre leSnovembre et le 19 du même mois\ La question serait de savoir si le sacre de Pépin à Soissons a précédé ou suivi la déposition de Chil- déric. Si l'on suivait à la lettre le texte des Annales royales, il faudrait admettre la première hypothèse, mais la vraisemblance plaide pour la seconde. Pépin a été élu', et pour qu'il y ait eu élection, il faut, semble-t-il, que le trône ait été vacant ou considéré comme tel. Ce qui me fait croire qu'il en dut être ainsi, c'est le diplôme original de Pépin, maire du palais, res- tituant à l'abbaye de Saint-Denis de nombreuses propriétés usurpées sur elle: ce diplôme est tout à la fois un jugement et une confirmation\ On a remarqué avant nous que Pépin y prend tout à fait les allures et le langage d'un roi', bien qu'il n'en ait pas le titre; il parle en son nom : s'il confirme à l'ab- baye ses possessions, c'est à charge de prières pour lui, pour ses fils, pour la stabilité du royaume. Il n'est plus question du roi. Et je ne puis omettre que l'archevêque de Vienne, Adon, qui, seul, place l'avènement de Childéric III après la mort de Charles Martel, rapporte ainsi les faits : Reversis legatis, ab- jectoque ChUderico, qui tune regium nomen habebat, Franci
dignitatera honoris unctus sacra unctionemanu sanctae mémorise Bonifatii archiepiscopi et martyris, et more Francorum elevatus in solium regni, in civitate Suessona. Hildericus vero, qui falso régis nomine fungebatur, tonso capite in monasterium raissus est » (éd. Kuize, SS. reruni gormani- caruni in iisuin scholar-nin, p. 94). Les Annales Tiliani et les Gosta abbatuiii Fontancllensiiiin présentent les événements sous le même jour Les premières ne semblentpas originales. Les Gesta (éd. Pertz, Scriptores, II, p. 272) n'ont été rédigés qu'au commencement du ix' siècle.
1. Th. Sickel, Acta Karolinorum, I, p. 243. Cf. For-schiinr/en ::ur deutschen Geschichte, IV, p. 445-453.
2. Sur ces événements, voir Paul VioUet, op. cit., I, p. 257 et suiv.
3. Orig.Ai'ch. Nat., K 4, n" 6. Pardessus, Diploniata, II, p. 418, n''608. — Tardif, Monuments historiques, p. 44, n° 54. Bohmer-Miihlbacher, Regesta, n" 58.
4. Pardessus, Diplomata, II, p. 420 n. 1.
10 • I.F.ON I.KVII.I.AIN
/je/* consilium legatorum et Zcwhanae pontificis electuni Pip- piiiurn regem s,ibi constituunV .
Le diplôme de Pépin, maire du palais, dont nous venons de parler, n'est malheureusement pas daté; mais il est certaine- ment postérieur au mois de juin 751. En effet, deux actes au moins nous montrent encore le roi Childéric III en cette an- née 751 . Le premier est la donation d'Adalbert et de sa femme Ermensine en faveur du monastère de Fulda. La date : Facta rarta VIII. kal. Fehruarias, a/itio VlII.domini nostri Hiide- richi et Pippiiio duce-, correspond au 25 janvier 751. Le se- cond est un jugement rendu par Pépin, maire du palais, le
20 juin de la neuvième année du règne de Childéric IIP. Ce diplôme est toujours placé en l'année 750; mais cette date est inacceptable. Le mois de juin de la neuvième année est celui de 751 \
Nous dirons donc que Childéric III fut déposé après le
21 juin 751 et avant un jour indéterminé compris entre le 3 et
le 19 novembre de la même année. Il avait régné Sans et demi
environ.
Léon Lkviij.ain,
1. Doui Bouquet, Ri'citcll des hist. de Franco^ II, p. 672. Les sources de cette chronique sont connues. Pour ce passage, j'ignore où Adon a puisé, mais ce ne doit être nidans les Annales rovalesni dans les Annules Tiliani.
2. J. F. Schannat, Corpus tradidonum Faldeitsinm, p. 1, n" 1.
3. Orig., Arch. Nat., K 4. n" 7. Pardessus, Diplomafa, II, p. 115, n" 601. — Ta,vdii, Monrinirnfs hislorir/itcs, p. 44, n° .5.3. — Rohnier-Miihlbacher, R('(ji-stfi , n° 57.
4. Je ne mentionne pas ici la charte de Sigifridus pour Wissembourg (Pardessus, /J//)/o//(r(/r^ II, p. 477, n" 84), qui est du 31 mai d'une année incertaine. Elle porte eu tête : « Anne secundo legni domiii nostri Hildlrici régis, » et dans la date: « anno XIII reg. Hildirici régis. » La seconde de ces dates pourrait èlre corrigéeen « anno VIII » ou mieux en « anno GllI » (--VIIII), et donnerait 750 ou 751. Pardessus place ce document, je ne sais pourquoi, en 752. et ce ne peut 6lre que sur ce renseignement fautif que Giry s'est appuyé pour mettre en 752 la déposition de Childéric III (.A/^^ //?/'•/ de diplnii:atifiiJi\ p. 711) que d'autres ont même plac^'e en 753.
TABLEAU CHRONOLOGIQUE DES DERNIERS MÉROVINGIENS
DAGOBERT Je^
roi d'Austrasie, 623 (entre le 2U janvier et le 7 avril), roi de iNeuslrie et de Bourgogne (entre 629, octobre, et 630, avril), y 639, 19 janvier.
SIGEBERT 111
roi d'Austrasie 634, commen- cement, t 656, lévrier
CLOVIS II
roi de Neustrie et de Bourgogne, 639, 20 janvier, t 6.')7, fin
DAGOBERT II
roi d'Austrasie 676 (entre le 2 avril et le 30 juin), t 679, 23 déc.
CLOTAIRE III
roi de Neustrie et de Bourgo- gne, 6o7 (entre le 10 octobre et le 16 novembre) t 673 (entre le 11 mars et le 16 avril I
CHILDERIC II
roi d'Austrasie 663 (après l'u- surpateur Cliil- debert, lils de Grinioald) ; roi deNeustrie673, t 675 (entre le 12 août et le 16 octobre)
THIERRY III
roi de Neustrie et de Bourgogne, 673 (entre le 11 mars et le milieu d'avril), restauré en 675 ; roi d'Austrasie, 679, 24 déc.', f 690 (entre le 1" sept, et le 11 déc.)
CLOVIS
pseudo- fils de Clotaire III, intronisé roi d'Austrasie a- près Cliildéric II, avant Da- gobert II
CHILPERIC II
715 (entre le 26 juin et décem- bre), V 721 (en- tre le 30 jan- vier et le 12 mai/
CLOVIS 111
690 (entre le 1" sept, et le 11 déc), t 694 (entre le 2 sept, et le 12 déc.)
1. Thierry HI ne fut pas reconnu par les grands d'Austrasie avant la victoire d'Ji^broinus à Lucofao, mais Thierry III avait pris immédia- tement après la mort de Dagobert II le titre de roi d'.\ustrasie. Après cette date, il n'y a plus qu'un seul roi à la fois pour les trois parties du royaume franc : Neustrie, Bourgogne et Austrasie. Les rois se suc- cédèrnt dans l'ordre suivant : Clovis III, Childebert III, Dagobert III, Chilpcric 11, Thierry lY et Cliildéric III. Cf. F. de Coulanges, op. cit., p. 172-17.^.
2. Je ne fais pas figurer dans ee tableau Clotaire lY qui se placerait avant ou après Childebert III. Cf. Levillain, La filiation de Cftil- dcric III. loc. cit.. p. 485, n. i. En 717, Charles .Martel avait intro- nisé un certain Clotaire : « Regem sibi constituit nomine Chlothario » {Coittin. de Frédégatrc, 107, éd. Krusch, p. 174). « Hegem sibi staïuit Clhotharium nomine » (ivsta reg. Franc., 53, éd. Krusch, p. .327). ,Ie reviendrai prochainement sur ce point dans une étude sur les chartes mérovingiennes de l'abbave de Saint-Denis,
CHILDEBERT III
694 (entre le 3 sept, et le 13 déc.) t 711 (avant le I" mars)
DAGOBERT III
711 (au plus tard le 2 mars), ■;-715 (entre le 25 juin et décembre,
THIERRY IV
721 (entre le 31 janvier et le 13 mai), t 737 (en- tre le 31 janvier et le 18 juin)
.1 CHILDERIC III
743 (entre le 16 fév.etlel"mars), déposé en 751 (entrele21juinet novembre, après le 2 avant le 19),
THIERRY
moine de Fonte- nelle, n'a pas ré gné-.
LA HARELLE
RÉVOLTE ROUENNAISE DE 1382
I
Pour toute l'Europe, les vingt dernières années du xiv« siècle furent tristes, car aux guerres extérieures qui ne cessèrent pour ainsi dire pas durant ce siècle vinrent s'ajouter alors les guerres civiles.
En Allemagne, les villes luttaient contre les nobles ou, coalisées avec eux, contre l'empereur.
En Angleterre, le peuple, outragé et pressuré par les officiers royaux, se révoltait, et mettant Wat Tyler à sa tête, entrait dans Londres.
C'était aussi pour se délivrer d'impôts écrasants que le peuple se soulevait en France; mais, comme l'unité morale de la nation était moins avancée qu'en Angleterre, les soulève- ments restaient locaux. Ils n'en échouaient que plus fatalement et n'en étaient que plus cruellement réprimés, non de par la volonté du jeune roi Charles VI, mais de par celle de ses oncles, les ducs régents.
11 n'y a certes pas eu en BVance de ville qui, plus que Rouen, ait souffert des suites de ces émeutes locales, car, sous le roi Charles V, ville de France n'avait été plus heureuse que la capitale de la Normandie. Le roi défunt avait aimé cette belle province, dont il avait été duc du vivant de son père, le roi Jean ; il avait aimé Rouen, siège de son palais ducal, le château royal Bouvreuil.
Duc, il avait juré la Charte aux Normands et la charte de
LA HARELLE. RÉVOLTE ROUENNAISE DE 1382 13
Philippe-Auguste aux Rouennais, et il les avait respectées ; roi, il les avait observées religieusement, ne manquant jamais de soutenir le maire et la commune quand la ville défendait ses libertés et ses droits contre les officiers royaux\ Non content de se montrer juste envers les Rouennais, Charles V, durant son règne, n'avait cessé de leur prodiguer les marques de sa faveur. Pour tous, menu commun, chapitre, moines de Saint- Ouen, bourgeois, il avait été affectueux et généreux. Même il avait voulu qu'après sa mort son cœur reposât dans la cathé- drale' où il avait fait en 1356 sa première entrée solennelle comme duc de Normandie'.
Le 16 septembre 1380, « Dieu ayant appelé de vie à trépas- sement le sage roi ^ », le 24 du même mois' sa suprême volonté s'accomplissait.
Le 10 octobre, on célébrait pour lui dans la cathédrale de Rouen un service religieux où les États généraux de Nor- mandie en corps assistaient*.
Il fut pleuré comme jamais roi ne le fut: nul n'ignorait que le dernier mandement de Charles, daté du jour même de sa mort, abolissait le fouage et autres impôts qu'il avait dû établir (( pour le fait des guerres^ ». Que cette mesure fût opportune, il est permis d'en douter; vraiment le roi, qui connaissait bien ses frères, pouvait-il espérer qu'ils suivraient ses dernières recommandations d'économie et de modération ? Il avait ordonné cette suppression pour tranquilliser sa conscience, inquiète sur la légitimité d'impôts perçus, en pleine paix, « pour
1. Voir Chéruel, Histoire, de Rouen pendant l'époque communale, t. II, pp. 172 et sulv.
2. Delisle, Mandements de Charles V, n° 479 A.
3. Voir Chéruel, ouvr. cité, t. II, p. 173.
4. Delisle, Mandements de Charles F, n° 479 A.
5. Coville, Les Etats de Normandie, leurs origines et leur dèceloppe- ment au XIV" siècle, p. 122.
6. Voir Coville, oui:r. cité, p. 123.
7. Delisle, Mandements de Charles V, n°1955; Ordonnances, l. VII, p. 710.
14 GEORGES LECAKPENTIEH
le fait des guerres ». Ces scrupules ne servirent qu'à augmenter les dangers de la régence ; les régents refusèrent de confirmer un acte qui leur enlevait la plus grande partie des revenus royaux.
Le peuple, abusé d'une fausse espérance, fut cruellement déçu et se souleva. Quand, le 16 novembre 1380, les régents ramenèrent à Paris le jeune roi qui venait d'être sacré à Reims, ils trouvèrent la population sous les armes. Force leur fut de parlementer et de proclamer le jour même un édit (|iii ;iho- lissait les impôts créés depuis Philippe le Bel'.
Mais les mots n'engagent à rien quand on a la force en main. Les régents ne l'ayant pas alors transigèrent ; l'orage passé, que feraient-ils ? Ils ne songèrent pas, au premier moment à ré- tablir, par un simple édit. les impôts supprimés, car c'était coutume au royaume de France que, seuls, les Etats réunis pussent établir les impôts ; en tout cas, dans les circonstances présentes, les régents savaient bien qu'à cette condition seu- lement le peuple les supporterait, et encore !. . .
Aussi « les ducs de Berry et de Bourgogne' », et ceux de la cour, a considérant que, depuis que les aides avaient été mis jus, ils n'avaient pas les prolits qu'ils soûlaient avoir, désiraient fort à remettre sus les aides'» eta vouldrent avec le conseil du roi de France mettre sus l'imposicion de douze deniers pour livre avec les autres subvencions'' » et a lirenl phisi(Hn-s asseni- blées° ».
Ils n'osèrent pas réunir les États gèiK'raux. Ceux de 1350 n'avaient accordé les aides :ui (hniphiti (|u"(Mi (Icniandaul on retour la punition de ses mauvais coiisoillcrs.
1. Ordonnances, t. VI, p. 527,
2. Chronù/iic des '/iia(i-c pr''iiiit'i-s Wilois, [>. '2'.)].
3. Juvénal des Ursins, Histoire de Chnrbs VI, ;iu totne XI du Choix de C/ironiqiics et Mémoires sur Ckisfoire de France^ édition Buchon. p. 3.32.
1; Clironi'/iir- di's riiKi/rr premiers Wilois, p. 208. 5. Juvénal des Ursins. ofirr> eilê, p. .'{.'{2.
LA IIAKELLE. REVOLTE KOUENXAISE DE 1382 IT»
Les régents ne se faisaient pas illusion sur les sentiments du peuple à leur égard et ne voulurent pas s'exposer à un blâme public de la part des États. Ils crurent suffisant pour légitimer les impôts aux yeux du peuple de les faire voter par les as- semblées provinciales, dont ils attendaient plus de soumission.
Moins d'un mois après l'édit du 16 novembre 1380, le 10 dé- cembre, les Etats de Normandie étaient assemblés en l'arche- vêché de Rouen, sous la présidence des commissaires royaux, Etienne de La Grange et Jean Pastourel' .
Les membres qui les composaient étaient ceux-là mêmes qui étaient spontanément accourus au service du feu roi. On imagine facilement leur état d'esprit.
Un membre ayant proposé de voter une aide, on lépondit d'une seule voix : « Rien, rien! » Maître Jean Pastourcl, })ré- sident de la Chambre des comptes, « le plus éloquent et le plus habile de sa compagnie' » y perdit son éloquence. Il n'obtint de l'assemblée que la promesse « de faire comme l'assemblée réunie à Paris » . Les Etats de Normandie ne se compro- mettaient guère. Quelle assemblée, au sein même de la po- pulation qui avait obtenu par la force l'abolition des aides, oserait voter leur rétablissement ?
Les États de Paris n'accordèrent qu'un subside de douze deniers pour livre, et décrétèrent à tout jamais l'abolition des aides.
C'était peu; c'était trop, au gré du pays. Et quand « fut ce à Paris et à Rouen crié et à Amiens, le peuple tout d'une volonté le contredirent et ne fut rien levé ne exigé' ».
Les etïorts du Gouvernement étaient vains, mais significatifs ; aussi pour empêcher le roi de rétablir les impôts, les Normands lui firent-ils jurer et confirmer leur charte (25 janvier 1381)^
Quand le roi eut juré, ils se crurent en sûreté. Si mainte-
1. Coville, p. 125.
2. Chronique du reliçileux de Saint-Denis, t. l, p. 251.
3. Ju vénal des Ursins, oucr. cité.
4. Coville» oucr. cité, p. 126.
16 GEORGES LECARPENTIER
liant il venait à ordonner quelque illégalitéj on lui rappellerait son serment, car « les Normands étaient gens peu endurants et difficiles à vivre. Fussiez-vous duc, roi, dauphin, régent, évêquc ou pape, si vous leur demandiez quelque chose de nou- veau, vite ils consultaient la charte normande ; si elle était pour vous, à la bonne heure, sans quoi je vous baise les mains et pas de nouvelles^ ».
Il est probable que le roi ne jura la charte qu'après avoir obtenu la promesse d'une réunion immédiate des États généraux de Normandie, car ils furent convoqués à Louviers dès le 5 février, mais beaucoup de convocations, irrégulièrement en- voyées, parvinrent trop tard, le nombre des membres présents se trouva insuffisant et les États ne s'ouvrirent que le 17.
L'assemblée se montra plus traitable que le 10 décembre pré- cédent et vota un fouage de 1 à6 blancs par feu et par semaine pendant un an. Elle stipula toutefois (car elle avait à cœur les libertés et franchises provinciales) que cet impôt serait récolté non parles officiers royaux ordinaires du fisc, mais par des gou- verneurs généraux que, d'accord avec les États, le roi nom- merait spécialement pour cet objet.
De cette manière, il serait bien entendu que le fouage accordé et prélevé était un impôt extraordinaire octroyé par la libre volonté des États.
Le premier mois, l'impôt fut recueilli assez facilement, mais, dès le milieu de mars, la perception devint pres(|uc impossible; on venait d'apprendre que les régents avaient été forcés à Paris de promulguer une ordonnance* abolissant à jamais les aides par toute la France. Cette promesse solennelle, ils ne la tinrent pas, ils ne pouvaient la tenir : on ne peut pas s'engager à mourir. Or, il était impossible au Gouvernement de se con- tenter des revenus du domaine sans se réduire à la plus com- plète impuissance et sans se trouver dans l'incapacité absolue
1. Floquet., Anecdotes normandes, Louis XI d ht Normandie.
2. Archives municipales de Rouen, cidimns, tiroir 1.31: Ordonnances, l. VI, p. 569.
LA HARELLE, RÉVOLTE ROUENNAISE DE 1382 17
de faire face aux dépenses militaires que la menace d'une guerre avec l'Angleterre rendait de jour en jour plus pressantes.
Le pays souffrait trop pour comprendre ce que son refus de payer tout impôt avait d'injuste et d'illégal. D'ailleurs, la con- duite des régents excusait celle du peuple ; la cour dépensait inutilement en fêtes somptueuses et en folles expéditions les revenus du domaine, pourquoi leur eùt-on donné à gaspiller les ressources de la nation ?
Ils eussent sans doute continué à payer les impôts ù Charles le Sase, aux ducs régents ils les refusèrent.
En vain le duc d'Anjou convoquait sept assemblées à Paris en 1381, en vain Jean Desmarets prodiguant son éloquence et son bon sens démontrait aux députés le danger de leur con- duite, on n'en pouvait tirer que ces mots : « Nous mourrons plutôt que de les laisser lever\ »
A bout de ressources, le duc d'Anjou eut l'imprudence d'in- viter « les généraux gouverneurs » des aides de la Normandie à préparer l'établissement d'une crue sur les aides.
Le 15 février 1382, ce projet fut mis à exécution dans une grande réunion tenue à Vernon sur les ordres du roi par les officiers royaux' : aides sur la marchandise, aides sur le vin, aides sur le drap, ainsi fut crié, « aval Rouen », quelques jours plus tard.
Les Rouennais coururent à la charte aux Normands; la charte aux Normands disait : « Le roi ne lèvera en Normandie que les impôts ordinaires, » et la charte de Philippe-Auguste ajoutait formellement que les Rouennais ne devaient pas d'impôt pour le vin qiiod eis datum fuerit ad potuni suum\ Les aides n'étaient pas un « impôt ordinaire », et c'était bien le vin con- sommé dans Rouen que les régents voulaient taxer. La charte aux Normands, jurée par les rois depuis 150 ans, par le roi
1. Chronique du religieux de Saint-Denis, t. I, p. 151.
2. Chronique Normande, par Pierre Cochon, p. 162.
3. Froissart, Chroniques.
Moyen Age, t. XVI
18 tiKOiuiKs ll:( Aui'i'.xriEi;
régnant lui-même Tannée précédente, la charte de Philippe- Auguste, vieille de près de 300 ans, étaient violées.
Les aides, qu'était-ce? « Les Normands n'avaicMit point appris à payer telle chose. » Et en 1356, « le comte d'IIarcourt avait dit aux gens de Rouen qu'ils seraient bien serfs et bien mé- chants s'ils s'y accordaient' )).
II
Si l'analogie est un critérium suliisant ])our reconslituer la V(''ril(i historique à défaut de documents, Ton peul assez faci- lement se représenter les préliminaires de l'émeute.
Plus que tout autre, les « gros marcheanz et vinetiers- » étaient atteints par ces aides, ils avaient intérêt i)lus (jue tout autre à ce qu'elles ne fussent [)as perçues; plus que tout autre ils travaillèrent à en entraver la perception .
Mais ils ne tenaient guère à se compromettre pcr.'^oiii tel- lement.
A la sortie de l'olhce divin, car vraisemblablement ce fut le dimanche 23 février, en pleine cathédrale, que le c\\v(\ selon la coutume de l'époque, lut l'ordonnance royale, quelqu'un de ces marchands beau parleur dut haranguer « dignans, drapiers et gens de pauvre étoffe ». 11 leur représenta (piel grand dom- mage leur serait de se soumettre ;ï cet impôt, il eii ap[)ela à la charte aux Normands, à la charte de Philii)pe-Auguste, à la conduite du dernier roi et lit tout en un mot pour exciter le peuple à la révolte, se gardant bien toutefois de l'y appeler formellement.
Sans doute, le gros marchand s'éclipsa après leui' avoii' laisse; de quoi boire au maintien de la cliart(; normande ci (\c^ pri- vilèges rouennais.
1. Pierre Cochon, (iinr. cite, p. 102.
2. La chronique de Saint-Denis dit que les émoutiers étaient « ('•fxaiés par l'ivresse ».
La HAREI.LE, REVOLTE ItOL L.NXAISL DL l38"2 l!)
On but sec et Ton tira des harangues du marchand, les con- clusions qu'il n'avait pas voulu se charger de tirer lui-môme.
Le lundi matin 24 février, « cette merdaille' n, ces quelque « 200 compagnons des métiers qui travaillaient aux arts mé- caniques égarés par Tivresse « déclarèrent que les impôts devaient être supprimés et crièrent le cri qui demande justice : Havo'' ! Haro sur les collecteurs qui réclament des impôts in- juste et illégaux aux Rou.ennais, haro sur le Gouvernement qui lésa ordonnés! C'était la Harelle qui commenrait'.
Les émeutiers décidèrent de mettre à leur tète, i)Our sanc- tionner et valider leurs ordres, le plus important bourgeois de Rouen,. Jean Legras''. chef ou /'o/ d(> la cori)oralion des di'apiei's.
1. Piei-re Cochon, ourr. riir. p. 1()2.
2. D'où le nom de Harello doiinL- à réineiik'.
3. I)'a[)rès FJoquet, la Harelle conimenra le 2ô léviier. ClnTucl. se fon- dant sur ce que la charte de renoncement, arrachée à l'abbé de Saint- Ouen, était datée du 25 février, soutenait la même opinion. 11 n'y avait, à sa connaissance, « aucune chronique qui donnât la date de la Harelle ». 11 ne connaissait ni la chronique des quatie Valois ni celle de P. Cochon. Toutes deux portent que la Harelle éclata le (( jour de saint Mathias, lundi premier de carême ». A l'aide de cette indication, on peut établir (jue la révolte éclata le 24 février l.'i81 (vieux style).
4. Legras est-il un surnom ou un nom propre? La lucniiére ljypotliê.se parait peu probable. Il est vrai que la chronique deSaint Denis dit positive- ment : /j/'o/>/(V nùnidin pin</ii('ilini'/n n'ussmu /-(jcc/iiin. Il y a, à cette inter- prétation trois objections : 1" 11 est peu piobableque les émeutiers aient choisi pour chef un homme ridicule et impotent. 2" Le nom de Legras (ainsi que nous pouvons le constater d'après des actes de cette époque conservés aux ar- Cnives de la Seine-Inférieure), était alors un nom de famille très répandu à Rouen. 3" Au point de vue social, quel rang tenait Jean Legras dans la ville de Rouen V C'était un marchand drapier. Nous avons sur ce point les té- moignages réunis de la chronique de Saint-Denis et de Pierre Cochon. La chronique de Saint-Denis ajoute qu'il était riche, iliriii'ni. Pour Pierre Cochon, les maîtres de la commotion étaient « d'aucuns gros marchands ». L'on peut même aller plus loin et soutenir que Jean Legras était le chef ou, comme on disait, « le roi » de la corporation des drapiers merciers de Rouen. Plusieurs raisons appuient cette hypothèse. Il fut choisi comme chef de l'émeute; il était donc à Rouen un personnage considérable. Si l'on veut bien admettre qu'il était « le roi » des drapiers, on ne s'i-tonnera pas que « les drapiers et gens de pauvre étolîe » aient mis à leur tête riiomnie qui
20 GEORGES LECARPENTIEK
Ce que l'on projetait devait s'accomplir en son nom, et en cas d'insuccès, il porterait seul la responsabilité des faits accomplis et seul en subirait les conséquences.
Les compagnons de métier se rendirent donc d'abord chez ce personnage et l'acclamèrent pour chef, « voulut ou non, et, contre sa volonté et pour doute de la mort, fallut qu'il obéît' ».
Malgré toute leur habileté, les bourgeois étaient désormais compromis aux yeux du Gouvernement dans la personne de Jean Legras.
On était" au premier lundi de carême, c'est-à-dire le 24 fé- vrier 1382'. Pendant qu'une partie des mutins forçait le roi de la corporation* des drapiers à se mettre à leur tête, d'autres
d'ordinaire les dirigeait, les protégeait et avait pour mission de défendre les intérêts et privilèges de cette corporation. Cette hypothèse est d'autant plus plausible qu'elle permet d'expliquer la divergence qui existe entre la chronique de Saint-Denis et les deux chroniques rouennaises sur cette royauté attribuée par la première à Jean Legras et sur laquelle les deux autres restent muettes. Le rédacteur de la chronique de Saint-Denis, ayant entendu dire que « le roi » Jean Legras avait été à la tête de l'émeute et ignorant qu'il était le roi des drapiers, en conclut à une élection royale au point de vue politique. Pierre Cochon, mieux au courant des coutumes des curporations rouennaises, nous dit seulement qu' « un des maîtres de la commotion était un nommé Jean Legras de drapperie o et que les maîtres de la coDi motion étaient de« gros marchands ».
II faut bien reconnaître qu'il serait surprenant que les deux clironiqueurs rouennais, l'un contemporain de la Harelle, l'autre écrivant dans les trente années qui la suivirent, n'eussent ni l'un ni l'autre parlé de cette parodie d'une royauté politique, si vraiment elle avait eu lieu.
Une autre raison permet de rejeter la légende de la royauté de Legras. c'est que l'acte de renonciation arraché à l'abbé de Saint-Ouen se termine par ces mots : « sauf le droit du roi en toutes ciicses. » 11 est bien évident qu'il s'agit ici du roi de France. Les Rouennais le considéraient donc toujours comme leur roi.
1. Juvénal des Ursins. op. cit., p. 333.
2. Ici commence le récit de la Harelle, d'après les chroniques que nous possédons.
3. Voir appendice.
4. Ihld.
LA HARELLE, REVOLTE ROUEXNAISE DE 1382 21
fermaient les portes de la ville' et montaient la garde pour (jue personne ne pût entrer ni sortir'.
De même que Gand faisait sonner Roland, la cloche du beffroi quand les libertés de la ville étaient menacées, « en Rouen ne sonnait nulle cloche ni à Notre-Dame, ni à Saint- Ouen, fors celle de la commune de la ville', la Roiwel''.
Pendant trois jours' les portes furent fermées, pendant trois jours la Roiwel ne cessa de sonner un instant ; Rouen était devenu le théâtre de scènes où la férocité le disputait à la bouffonnerie.
On commença par supprimer les impôts. C'était un acte im- portant qu'il fallait accomplir avec solennité devant tout le peuple. On se rendit à Paître Saint-Ouen^ où se faisaient d'or- dinaire les grosses assemblées. Sur Timmense place, Legras déclara solennellement « le peuple libre du joug de tout impôt' »
1. Pierre Cochon et charte royale accordant pardon aux Rouennais.
2. Avril 1381 aux archives municipales, vidimus, tiroir 3.
3. Pierre Cochon, p. 163.
4. P. Cochon dit: « fors cheuz de la commune de la ville, » mais Richard, archéologue rouennais, a cru pouvoir établir dans un article paru dans la Reçue de Rouen (t. XXIX^ p. 17) que^ seule, la Roucel avait sonné pendant l'émeute et que la Cache-Ribaud était restée muette.
Il s'appuie pour soutenir son opinion sur deux faits: 1° que la Cache- Ribaud avait pour seule fonction de sonner le couvre-feu, comme l'indique son nom, tandis que la fonction de la Rouvel était celle de toute cloche communale, c'est-à-dire consistait à se faire entendre dans toutes les cir- constances qui intéressaient la commune ; 2° que Charles n'a donné à ses pannetiers (charte de l'an 1387, voir délibérations municipales, t. I, que la cloche appelée Roubol on Rouvel « qui avait sonné durant la commotion en ladite ville ».
5. Pierre Cochon, p. 163.
6. La chronique Saint-Denis dit : « au principal marché, ))mais suivant les deux chroniques, les émeutiers se réunirent à l'aître Saint-Ouen. Nous savons d'ailleurs que l'abjuration de Jeanne d'Arc eut également Heu à l'aître Saint-Ouen. Soit donc que l'aitre Saint-Ouen fût plus vaste que la place du Marché, soit qu'on eût coutume d'accomplir les actes politiques à l'aître Saint-Ouen, c'est sur cet emplacement que l'abolition des impôts fut proclamée.
7. Chronique du religieux de Saint-Denis,^. 131.
(IF.ORCiES LECARPF.NTIRR
ot [)fononca u que les subsides cherraient et n'auraient j)lus cours' )). « Cette franchise, nous dit la chronique de Saint- J')cnis. fut publiée en son nom dans toute la ville par la voix du héraut. »
« Une scène si ridicule, ajoute la même chronique, excita à bon droit le rire des hommes sensés' », mais elle lit eom- l)rendrc à u une foule innombrable de gens sans aveu » que le temps était venu pour eux d'assouvir leurs rancunes contre tous ceux qui par leurs fonctions suscitaient leur colère ou leur envie. Il était évident que « par doute de mort' » le roi des drapiers sanctionnerait tout ce qu'on lui ordonnerait. Le menu commun était maître de la ville.
Chacun accourut vers Legras. « Les mal avisés et mal con- seillés'' » le forçaient d'écouter sur son tribunal les cris de chacim.
Et si aucuns voulaient faire un mauvais cas ou concevaient la pensée d'un crime, ils lui demandaient ses ordres.
Il ne lui fallait que dire : « Fait.^s, et si était exécuté'. »
Les impôts étantal)olis, on « abolit » ceux (pii les percevaient, et la foule procéda « à meurtrir et à tuei- les olliciers du Roi au fait des aides ». Puis, ses premières colères satisfaites, elle s'en prit aux bourgeois. Ils avaient parlé éloquemment en faveur des libertés et des franchises de Rouen, mais (juand il avilit fallu les défendre les ai'mes à la main, leur zèle s'était singu- lièrement refroidi
Ils avaient bien déploré le rétablissement des aides, mais ils s'étaient résignés au fait accompli'.
1. Juvénal de.s Ursins, op. cit., p. 333.
'^. C/ironi'/iir du /•cll'jiciixde Saint-Drriis, p. l.'îl.
3. .luvéïialdes Ursins, op. cit., p. 333.
1. a/ifonif/ii/' des (jiKitrc prciiiierfi Valois, p. 298.
5. D'après la ('/irani'/ni' du rr/i/iini.r dr Saint-Denis cl .luvriial dos Ursins, p. 333.
^. Chroni'/i'f des f/iiarn- /ircniicrs ]^alois: «Cmi.Kdu menu connnun de la cité s'émurent (--ontie les bourgeois et gens detat parce qu'on voulait par le roi mettre sus l'imposicion. <•
LA HARFJ.I.R, REVOLTE ROL-EXXAISE DE 1 38'i "23
On en avait même vu quelques-uns rire et branler la tête pendant que Jean Legras prononçait l'abolition des impôts'.
Pour quelques exaltés ces raisons suffisaient à justifier les vengeances qu'on allait exercer contre eux ; pour la plupart ce n'étaient que des prétextes cachant les véritables raisons, la haine et l'envie. « Et convenait que les grands de la ville se muchassent'. » car « les mal avisés et mal conseillés viendrent es hôtels d'aucuns des notables bourgeois et rompirent es dits hôtels ou maisons portes et fenêtres, huches,, coffres, parois, verrières. Et prirent, ravirent et pillèrent et emportèrent, cas- sèrent et enfondrèrentles biens d'aucuns d'iceux bourgeois'». Ceux qui le purent" se absentèrent' ». Mais « les pkis notables bourgeois par contrainte tant sur le doute de leurs femmes et enfants que de leurs hôtels et biens qu'ils avaient en ladite cité dont ils étaient menacés de iceux à tout perdre, falut qu'ils venissent à obéissance' ».
Entre temps « si délivrèrent les prisonniers de la mairie et ceux de l'official" ».
A tous ces méfaits le maire, qui pourtant avait juridiction et justice dans la ville, était inca[)able de s'opposer, car « n'avait sergent de la mairie qui osât porter verge aval Rouen" ».
Le peuple déchaîné prétendait ne pas reconnaître d'autre juridiction que celle de Legras : c'était n'en reconnaître aucune. « Sire Robert Deschamps maire en exercice* », eût été mal venu à se montrer en un pareil moment; ses prédécesseurs, Guerrout de Maromme", Guillaume Alorge'", Eudes Clément'%
1. D'après la Chronique du religieux de Saint-Denis.
2. Pierre Cochon, op. cit., p. 163.
3. Chronique des quatre premiers Valois, p. 298.
4. Ihid., p. 298.
5. Ibid., p. 298.
7. Pierre Coclion. op. eil., p. 163.
6. Ibid., p. 163.
8. Ibid., p. 162.
9. Maire en 1380.
10. Maire en 1376.
11. Maire en 1371.
O } GEORGES LECARPENTIER
et Jean Treffilier' passaient alors un mauvais quart d'heure.
Au temps de leur mairie, ils avaient fait « beaucoup de mal aux pauvres gens de la ville si leur en souvenait encore' ». Aussi (( jetèrent-ils les biens de Guerrout sur le pavement en Grand-Pont où il demeurait et lui firent tant de dommage qu'ils purent et lui dépêchèrent sa maison, lui burent son vin et ce qu'ils ne pouvaient boire, ils défoncèrent les queues pleines de vin et les laissaient aller aval le cellier )). Guerrout (( y eut bien dommage de 2.000 à 3.000 livres' ». a Et puis s'en allèrent chez les trois autres anciens maires auxquels ils firent très grand dommage, car ils ne se osaient faire voir pour la fureur d'icelle merdaille, mais étaient cachés aux Cordeliers et religieux de la ville le mieux qu'ils pouvaient* ».
Les bourgeois eurent enfin honte de leur lâcheté et « s'avi- sèrent que s'ils ne mettaient remède ils étaient tous gâtés; si s'armèrent au vespre et firent si beau guet comme ils purent. Et en avait au cimetière de Saint-Ouen une partie, en l'aître Notre-Dame une autre, et â Saint-Godard une autre' ». La nuit vint, mais sans ramener le calme dans la ville, car « en cette première nuit grande quantité de gens furent volés comme prêtres, juifs, presteurs â usure qui pour lors étaient dans la ville. Et n'eut pourtant en ce trouble que un nommé Guerrout Poullain mort et un juif noyé en Seine ; encore y eût-il eu plus grand mal*^ » si les bourgeois n'avaient arrêté « cette nuit grande ({uantité d'iceux voleurs" ».
Cela ne mit pas fin à l'émeute, mais pourvu (luclle choisit d'autres victimes, peu importait aux bourgeois (ju'clle se ter- minât ou non. Il est même probable qu'ils en prirent alors
1. Maire en 1377.
2. Pierre Cochon, op. cit., p. 163.
3. Ihld., p. 164.
4. Ibid., p. 164. h. Ibid., p. 164.
6. Ihid.,p. 164.
7. Ibid., p. 164.
LA HARELLE. REVOLTE ROUEXNAISE DE 1382 25
« couvertement » la direction pour la lancer contre leur grand ennemi le clergé : le mal qu'ils lui feraient ainsi devait com- penser et au delà le mal qu'eux-mêmes avaient souffert.
L'assemblée du 25 février^ continua l'œuvre de la veille. Le lundis on avait aboli les impôts perçus par le Gouvernement royal; le mardi, on supprima ceux que prélevait le clergé sécu- lier et régulier.
« Les maîtres de la commotion et leurs alliés firent venir le chapitre de Rouen à la Croix de Saint-Ouen' » avec « la lettre de rente que prenaient les doyens et chapitre de Notre-Dame sur les revenus des halles et moulins du don du roi Charles derrainement trépassé' » ; et à ces 300' livres de rente renon- cèrent sous doute de mort, et fut la lettre de rente détruite.
Les moines de Saint-Ouen s'en tirèrent à moins bon compte que les chanoines.
La vengeance que l'on tira de l'abbaye fut terrible, car les griefs étaient plus graves\ Les redevances que lui payait la commune étaient beaucoup plus lourdes, et le droit de bnronnie que l'abbé exerçait sur certains quartiers de la ville froissait l'orgueil des bourgeois.
Récemment encore, dans deux circonstances^ Tabbé en exer- cice avait montré une grande hostilité contre les Rouennais. Il avait osé faire pendre aux fourches de Bihorel un bourgeois arrêté à Quincampoix% que le maire l'éclamait au nom de la juridiction de lacommune'; et contrairement à la charte aux
1. La date de la lettre de renonciation arrachée à l'abbé de Siant-Onen porte le 25 février, et il semble bien qu'on ait expédié le même jour l'affaire du chapitre et celle des moines.
2. Pierre Cochon, op. cit., p. 164.
3. Chronique des quatre premiers Valois, p. 298.
4. Pierre Cochon dit 300 livres. Farin, Histoire de Rouen, 5.58 livres 15 sous.
5. Ces griefs nous sont connus par la teneur de la charte arracliée à l'abbé.
6. VoirChéruel, Histoire communale deRouen,t. II, chap. xxvi, pp. 415 et 416.
7. Selon la charte de Philippe-Auguste.
26 (lEORC.ES LF.CAlilM'NTlllR
Normands, il n'avait pas craint de faire confirmer par le Parle- ment de Paris' des droits que Rouen lui contestait.
Le moment de la vengeance était arrivé; on fit chèrement payer aux moines les abus dont ils s'étaient rendus coupables. Les rentes que la ville leur devait, le droit de baronnie qu'ils prétendaient posséder, qui en témoignait ? Les chartes ro^'ales et les arrêts judiciaires qu'ils conservaient précieusement dans la tour centrale du monastère.
On les savait là, ces chartes détestées devant lesquelles fré- missants de rage et de jalousie, les maires de la commune rouennaise avaient dû abdiquer leurs prétentions, et, de l'aître Saint-Ouen où la foule était amassée pour la grande assemblée, on se la montrait, cette tour^ avec des regards et des paroles de haine.
Sans doute alors, un des mal avisés saisit une hache, un a tranche-tête », l'argument le plus persuasif à l'égard de ceux qu'on voulait dépouiller, et d'un coup enfonça la porte de l'ab- l)aye.
Quelques instants après, dans la tour emportée d'assaut, pas une charte ne restait, depuis celle de Clotaire 1°'' fondant l'ab- baye, jusqu'à celle du Parlement de Paris qui peu de jours auparavant confirmait les prétentions des moines contrôla com- mune. Tout avait été lacéré" ou brûlé dans un feu dont la fumée réjouissait la vue des Rouennais, plus que les bourrées pétillantes et la flamme claire et joyeuse des feux de la Saint- Jean.
Les émeutiers étaient satisfaits: avec les titres des moines ils avaient, croyaient-ils, détruit leurs droits.
Tout n'était pas lini cependant, il fallait prendre <es |)récau- tions contre les réclamations que, dans l'avenir, l'abbé neman-
1. Quoique d'après la charte aux Normands, l'écliiquier de Xorniandie jugeât en dernier ressort de tout procès ou des Rouennais se trouvaient nKîlés.
2. « Ils pi'jnétrèrent de force dans la tour des chartes, déchirèrent et mirent en pièces les privilèges» {Clirçn. rh Sdint-Donis).
LA IIARELLE. RÉVOLTE ROUENXAISE DE 1382 27
querait pas d'élever, et lui faire signer l'acte de renonciation' qu'un tabellion de cour lave, gagné à l'émeute^ rédigea aussitôt. C'était un véritable chef-d'œuvre de jurisprudence. Il pré- voyait toutes les raisons que l'abbé serait en droit d'invoquer pour faire annuler sa renonciation, avec stipulation expresse qu'il y renonçait pour toujours.
Pendant ce temps, dans toute l'abbiiye on cherchait l'abbé : on ne trouva (pie son coadjuteur Guilhuune Lemercher'. Sa signature ne pouvait suffire, celle de l'abbé était nécessaire; mais où était-il ? « Il achevait de mourir ^ » dans le sanatorium de l'abbaye, à Bihorel', sur les pentes de la colline de Bois- guillaume près de la forêt des sapins, dont l'odeur bienfaisante retardait son dernier soupir.
La foule y courut. Ce n'était pas du reste temps perdu, car à Bihorel se dressaient les odieuses fourches patibulaires qu'il fallait abattre. Elles tombèrent' et le vieillard réclamé à grands cris vint en présence du peuple.
L'abbé signa tout ce qu'on voulut : il renonçait à la ba- ronnie qu'il « prétendait" » posséder ; il reconnaissait tenir désormais sa juridiction de la commune, il quittait à la ville « 200 livres de dépens à quoi la ville était condamnée à devoir à l'abbaye par sentence du Parlement" » .
Kn un mot, « iceux mal avisés firent désister et renoncer les
1. lise trouve aux pièces Justificatives dans Chéruol, op. cit., t. II, p. 545.
2. Floquet (voir dans ses Anecdotes normandes, la Harelle) croyait ce Lemercher abbé en exercice; mais suivant l'Histoire de Vahlinijc de Snint-Ouen, par Pommeraj^e^ l'abbé était Arnault duBr^euil qui mouiut le 5 avril de la même année, le jour même où Charles VI entrait à Rouen. Du reste, Arnault est mentionné comme abbé dans l'acte de renonciation.
H. Floquet, Anecdotes noi-mandes, la Harelle.
4 Voir Pommeraye, Histoire de rahbai/e royale de Sainf-Onen.
5. Chéiuel mentionne un édit du bailli Guy Chrestien, daté de i;J83,qui en autorise le relèvement. Cliéruel estime que les fourches patibulaires de l'abbé de Fécamp à Saint-Gervais furent aussi renversées.
6. Texte de l'acte de renonciation .
7. Ibid.
28 GEORGES LECARPENTIER
religieux, abbé et couvent de Saint-Oueii de Rouen à to'uts procès et plaidoiries qu'ils avaient vers la ville et eurent d'iceux religieux quittance de tout ce qu'ils pourraient demander à ladite ville ».
Les éraeutiers n'oubliaient qu'une chose, c'est qu'un acte obtenu par menace de « tranche-tête » n'est jamais valable, quelque clause de renonciation qu'on prenne soin d'y insérer: le danger passé, la victime reprend ses droits et se refuse à reconnaître la validité de l'acte qu'elle a dû signer a sous doute de mort ».
Mais de cela ils n'avaient cure alors. Le soldat n'a jamais prévu la défaite lorsqu'il vient de remporter une victoire et qu'il n'a plus pour la rendre définitive qu'à faire la paix avec les vaincus.
A cet elïet^ le lendemain « mercredi suivant, les maîtres dessus dits firent venir à ladite assemblée au cimetière de Saint-Ouen la charte aux Normands^ cellée en lacs de soie et cire verte, laquelle avait été prise au trésor de Notre-Dame de Rouen. Elle fut lue en public, et la lut un avocat nommé Tho- mas Pougnant, bailli de Harecourt', ou sa maison lui eût été abattue s'il eût désobéi ».
« Et là, n'y eut petit ni grand qui ne jura sur saints évangiles de Dieu qu'ils la garderaient le mieux qu'ils le pourraient, et là étaient qui tous jurèrent : l'abbé de Sainte-Catherine, doyen et chapitre de Rouen, l'official, son promoteur, les prieurs du Pré delà Madeleine, du Mont-aux-Malades avec tous les avocats et bourgeois de Rouen et le procureur du roi qui pour lors était'. »
On jugea bon ensuite de prendre à l'égard de tous ceux <( à qui on avait fait dommage au temps de la commotion* » la même mesure préventive qu'à l'égard de l'abbé et des moines de Saint-Ouen. On leur fit jurer « qu'ils le pardonnassent et
1. Chronù/Hf des f/iiri/i-e pfciiiirr-s Valois, p. 29S.
2. De la célèbre famille normande de Harcourt.
3. Pierre Cochon, o/). cit., p. 165.
4. Ihid., p. 166.
LA HARELLE. REVOLTE ROUENNAISE DE 1382 29
quittassent ou ils auraient pis. Et toutes ces choses dessus dites passées par tous les tabellions de court d'église et de court laye qui présens étaient et de ce faire bons instru- ments^ )).
« Et par ce, ajoutait le chroniqueur, fut tout apaisé. »
Non, tout ne fut pas apaisé. Le menu commun s'était vrai- ment imaginé que la révolte avait pour objet l'affranchissement complet de Rouen.
Or, il restait encore dans le château" une petite garnison royale qui par sa seule présence menaçait la commune af- franchie et lui rappelait que le roi de France avait toujours autorité sur la ville. Il la fallait chasser. Les bourgeois refu- sèrent absolument de prendre part à cette lutte : les impôts étaient supprimés et les privilèges du clergé abolis, ils n'avaient plus rien à retirer du concours du menu commun ; ils furent enchantés de le voir se compromettre dans une échauffourée qui leur permettrait de se séparer avec éclat de ces alliés compromettants, de prendre même parti contre eux et d'acquérir ainsi un titre de pardon auprès du roi.
Ils manœuvraient pour profiter de toutes les circonstances ; et vraiment s'ils eussent réussi, c'eût été un coup de maître. Sans sV opposer par les armes, ils laissèrent attaquer le châ- teau royaP.
Cette défection n'était pas pour faire perdre courage â la po-
1. Pierre Cochon, op. cit., p. 165.
2. Les deux chroniqueurs rouennais passent sous silence l'attaque du château royal, mais elle est mentionnée par la chronique de Saint-Denis, par Juvénal des Ursins et par Froissart. Ce dernier dit textuellement que les émeutiers « oceirent le châtelain, qui était au roi et gardien du castel ».
Le roi, à son entrée â Rouen^ nomma un nouveau gouverneur du château, et dans sa lettre de pardon il parle de crime « de lèse-majesté », ce qui indique que l'émeute s'est attaquée aux représentants du roi, en fait le châ- telain.
Malgré le silence des chroniqueurs rouennais^ l'attaque du château ne fait donc pas de doute.
3. En 1383, le commissaire royal, Jean Pastourel, devait le leur reprocher amèrement et en prendre raison pour les arrêter en masse.
30 GEORGES LECARPEXTIEU
])ulace que ses victoires successives avaient grisée et qui s- il- lusionnait sur ses forces.
Les émeutiers réussirent à tuer le ciiàtelain: mais, mal armés, ils furent repoussés par les défenseurs du château et plusieurs assaillants furent tués ou blessés'. La révolte était bien finie.
Le plan des bourgeois semblait sur le point de réussir; il ne fallait plus maintenant qu'avoir l'oreille du roi, prévenir les enquêtes, disculper la bourgeoisie, voire même faire son apo- logie en chargeant le menu comnuui. Aussi « après ces choses ainsi faites fut conseillé d'envoyer devers le roi de France pour apaiser et excuser les bons citoïens envers lui et son con- seil. Et pour ce faire, en la compagnie de Monseigneur de Blain- ville furent ordonnées certaines personnes, tant clercs, avocats, comme bourgeois, nobles. Lesquels par grande tribulalio!i (|ui était en la cour du roi s'en retournèrent sans aucune chose faire' » : le conseil du roi avait refusé de les écouter.
C'était un mauvais symptôme; mais les bourgeois espéraient <|ue la révolte de Paris ferait oubli(?r aux régents celle de Rouen.
Elle les décida au contraire à s(ivir implacablement. N'osant s'en prendre aux Maillotins, ils voulurent les elïrayer et ob- tenir leur soumission par une t(M'ril)I(' ré[)ression de la révolte rouennaise.
Aux Rouennais qui insistaient pour être entendus en con- seil royal « fut répondu, nous dit le chroniqueur, (pie le roi irait à Rouen »; et traduisant la UK-nace des régents dans un expressif et pittoresque proverbe cauchois. P. Cochon ajoute {( et saurait qui aurait mangé le lard' ».
1. Voir l''roiss;irt, la ('hrniiiiinc dtt r-cli</ifiix <lr Stniii-l)ciiis,iii .luM-iial des Ursins.
2. C/irn/ii'/tii' dt's <iuiil l'i' f)i-i'micrs Valois^ p. :J!)il. ;t. Iraduisez : découvrirait les coupables.
LA IIARELLE, UÉ\OLTE HOLEXXAISE DE 1382 .'U
III
A l'annonce de cette nouvelle, les Rouennais trenil)lèrent et tout particulièrement les ci-devant maîtres de ladite commo- tion. Deux de ces derniers, dont le fameux Jean Legras, ju- gèrent cjue ce qu'il y avait de plus sage en pareille occurrence, c'était de a se absenter » et ils a se absentèrent et se ca- chèrent si bien que onques depuis on n'en eut de nouvelles' ». Un troisième également compromis « ne s'enfuit i)as : dont il lit que fol^ car il eut le cou tranché' ».
Cependant le roi approchait. Il avait quitté Meaux', où la ré- volte des Maillotins l'avait forcé de se réfugier, et il se diri- geait sur Rouen à petites journées, accompagné du duc de Bourgogne, régent du royaume et gouverneur de Normandie.
Le roi fut au Pont-de-lWrche dimanche de « .Judica me » 23 mars. Là, le conseil décida qu'avant d'entrer dans Rouen, il convenait de faire une enquête. Dans ce but, on consentit enfin à écouter « aucuns des bourgeois de Rouen venus pour excuser les bons bourgeois et citoyens de ladite ville* ».
Ce qu'ils dirent au roi nous le devinons sans peine : les cou- pables étaient Jean Legras et son compagnon qui s'étaient « absentés », et ces <» gens de petit état et de malle vie' » que le roi pourrait faire pendre à son bon plaisir. Les bourgeois, loin d'être complices des émeutiers, avaient été leurs victimes. Ils avaient été pillés, l'uinés, leurs maisons avaient été dé- pêchées et enfondrées.
N'avaient-ils pas pris les armes et « fait aussi bon guet qu'ils pouvaient^ ? ^^ .
1. P. Cochon, op. eu., p. 164.
2. Froissart: « Le roi de France se tenait à Miaulx. » C/iruni'/iws publiées pa}^ la Socictc d'Histoire de France, t. X, p. 155.
3. p. Cochon, op. cit., p. 166.
4. Chronique des quatre premiers Valois, p. 300.
5. Ibid., p. 301.
6. p. Cochon, np. fit., p. 164.
32 GEORGES LECAUI'ENTIEU
Peut-être avaient-ils contribué à la défaite des émeutiers de- vant le château royal et s'en vantèrent-ils.
Les « avocats' » parlèrent si bien que « le roy et Monseigneur de Bourgogne et le conseil du roy bien informés du dit fait ainsi advenu en la dite cité de Rouen se tinrent bien contents des bourgeois et gens d'état d'icelle ville' ».
{A suivre).
Georges Lecarpentier.
1. Chronique des ([iiatrc premiers Valois, p. 299.
2. Ibid., p. 300.
COMPTES RENDUS
P. GtiLHiEitMoz. — Essaisur l'origine delà noblesse de France au naoyen âge. — Paris, F^icard, 1902; io-8".
L'Essai sur V origine de la noblesse est forl remarquable, comme tout ce qu'a écrit l'auteur. Il donne même beaucoup plus que le titre ne promet; car, en réalité, c'est un tableau précis, et le meilleur qu'on ait, de la féodalité française dans son activité militaire, spécialement dans la période du xr' au xiiic siècle. Ce ne sont même pas seulement les principes de la féodalité française qui sont étudiés, mais en même temps ceux delà féodalité européenne. M. Guilhiermoz sait bien, en effet, que si chaque nation, chaque région, a son droit propre, toute la féodalité occidentale a un même génie et une même logique. Il a tiré particulièrement un grand parti de ces Usatici BarcJnnone, dont mon vieux maître, Charles Giraud, avait, en les publiant, signalé l'impor- tance.
On ne saurait trop admirer dans cet Essai la richesse et la sûreté des informations: les textes, que l'auteur donne à pleines mains pour établir chacune de se? propositions, sont une mine précieuse où bien d'autres pourront pu.'ser après lui. La clarté des idées et du langage, la précision de la doctrinene laissent rienà désirer. Quantaux opinions propres de l'auteur, il en est une partie qui me paraît la vérité même, définitivement étaldie par un travail de premier ordre; d'autres, au contraire, me semblent très contestables. Dans cet ouvrage, je ferais volontiers un p.irtage, — qui, d'ailleurs, ne répond point au plan suivi par l'auteur : je mettrais d'un côté le tableau des xi% xn^ et xni*^ siècles, que personne ne connaît mieux que M. Guilhierraoz, et qui, presque en tous points, me parait impeccable; et, d'autre part, la recherche des origines dans les institutions du \«au x'' siècle; là je contesterai un certain nombre de thèses.
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34 COMPTES RENDUS
I
En 1892, dans la première édition di> mon Cours élémentaire du droit français (p. 220), j'écriv^ais les lignes suivantes, que l'on me permettra de reproduire : u Dans la monarchie franque, oi\ avaient disparu à la fois la noblesse romaine ;>t la noblesse germanique, nous avons \ u une nouvelle noblesse eu voie de formation. Elle est toute formée dans la société féodale; elle a élé créée pai' la coutume et sont devenus nobles tous ceux qui, au plus fort de l'anarchie, ont pu se consacrer au métier des armes, défendre leurs biens et leurs clients... La noblesse féodale est à la fois terrienne et militaire, et cela se voij par ses principales manifestations. Elle se manifestait d'abord par la possession des fiefs... En effet, les services qu'ils comportent sont nobles; c'est avant tout le service militaire, et, par le fief, le noble tient à la terre en même temps qu'au métier des armes. Elle se mani- festait en second lieu par l'entrée dans la chevalerie... La chevalerie représentait une vaste confrérie, sans cadres fixes et sans organisation précise, mais avec des règles de conduite et des devoirs professionnels; en dautres termes, c'était la noblesse féodale, considérée dans l'ac- complissement de ses devoirs militaires. Dans le latin du moyen âge, le mot miles signifie à la fois noble et chevalier, attestant ainsi la cor- respondance exacte de ces deux étals. Tout noble était naturellement destiné à entrer dans la chevalerie et c'était une nécessité juridique pour le mâle qui, mineur, avait hérité d'un fief, lorsqu'il arrivait à la ma- jorité féodale. C'était pour le noble-vassal ce que la prise de la toge virile était jadis pour les fils des patriciens romains; plus encore, la constatation de son aptitude à remplir les devoirs de son état. On n'ar- jivait normalement à la chevalerie qu'après un long stage, après une éducation toute particulière, qui se donnait dans le monde des châ- teaux féodaux, qui prenait l'enfant de l)onne heure et le gardait long- temps sliigiaire. »
Ces idées, que j'avais déposées dans un ouvrage élémentaire, oii je ne [)ouvais les justifier dans le détail, j'ai eu le boi.heur de les voir confirmées par la démonsiration précise de M. Guilhic-moz. Pour lui, le noble féodal, c'est l'homme libre qui porte raniic.nciu complet, lequel est celui du cavalier, depuis les réformes militaires opérées par Charlemagne. Par la même et en même temps, c'est le chevalier; car
p. Gl ILIIŒRMOZ : ES^SAI SUR L OltlUlNt: DK LA NOBLESSE O.)
cet aruiement complet est justement ce qui constitue et distingue le chevalier. Dans des textes qui excluent toute contestation, l'auteur montre la noblesse et -la chevalerie étroitement unies, si bien que l'homme qui cesse de l'aire profession et acte de chevalerie, cesse eu même temps d'être traité comme noble (p. 378 . De même, dans le plus ancien droit, le fils d'un chevalier n'avait l'exercice de ses droits propres que lorsque, par ï adoubement, il avait été fait chevalier lui- même. M. G. a fait en particulier ressortir toute l'importance de cet adoubement, qu'il montre difficile à obtenir, soit à cause de l'éducation et de l'entraînement i)réalables qu'il exigeait, soit à raison des dé- penses qu'entraînaient et Vadouhement lui-même et, dans la suite, l'entretien du chevalier et de son cortège nécessaire d'assistants. Le lien entre la chevalerie et la noblesse est si étroit pour M. G., qu'à ses yeux cette dernière ne se dégage, comme qualité distincte, qu'au XIII' siècle. Alors, en effet, le rôle utile de la chevalerie étant fort diminué et le coût de Y adoubement devenant de plus en plus consi- dérable, on permit aux fils de chevaliers de retarder pendant un bon nombre d'années, puis indéfiniment, leur entrée dans la chevalerie. Ils n'en furent pas moins traités comme des nobles et ainsi se dégagea leur noblesse de race. En même temps, dans divers pays, des ordon- nances royales (ou ducales, comtales) dispensèrent de l'armement complet les possesseurs de fiefs peu importants. Cela permit de se former à une noblesse distincte de la chevalerie, chose jusqu'alors inconnue. Dans cette démonstration si claire et si forte, peut-être y a-t-il quelque exagération. La noblesse indépendante de la chevalerie avait dû se dégager déjà auparavant pour les femmes, filles ou épouses de chevaliers : mais on peut dire qu'elles n'étaient à ce point de vue que le reflet de leurs pères, maris ou frères.
Nul n'a aussi bien que M. G. dégagé les conditions, la logique, la réglementation du service militaire attaché aux fiefs. De même, on ne saurait trop louer la partie de son ouvrage (p. 138-225 , où il a montré laformationde la noblesse titrée : ducs, marquis, comtes, barons, châ- telains, bannerets et écuyers. Pour bien saisir la valeur de son œuvre à cet égard, il suffit d'en rapprocher surce même sujet cequ'on trouve dans le Traité des O^ces et dans le Traité dea Seigneuries de Charles Loyseau, et pourtant le vieux maître, — qu'on ne s'y trompe pas, — était profondément savant et très perspicace. Ce qui me paraît surtout neuf et important, outre la genèse du baroaat, c'est l'histoire de la
36 COMPTES HEXDUS
châtellenie, cette unité du système des seigneuries en France". M. G. montre qu'elle résulta d'abord de la simple possession d'un château fort, car à un moment du moyen âge le fait et la possession créaient le droit ; puis il fallut, pour l'élablir, le titre ou la possession immé- moriale (centenaire). De même l'auteur nous montre, se formant par- fois spontanément, dans la période d'anarchie, des comtés, des titres de comte, qui n'avaient jamais répondu à des fonctions de comte dans la monarchie franque-
En même temps qu'il est chevalier, le noble féodal est aussi un vassal, un homme de fief. M. G. admet que le fief est résulté de l'union de la vassalité et du bénéfice qui, désormais, ne vont plus l'un sans l'autre. Il admet aussi, et cela est presque évident, que tout sei- gneur tirait de ses vassaux sa force principale. Il étudie surtout ceux-ci à. la lumière d'une distinction qui lui paraît capitale et qu'il établit entre les milites qui composaient cette clientèle seigneuriale. 11 voit d'un côté les chevaliers domestiques qui n'avaient point reru de fief du seigneur, et vivaient à sa cour; c'étaient généralement de jeunes hommes, des bacheliers. Les autres étaient les vassaux, casaii, établis chacun sur un fief qu'il tenait du seigneur. Il est certain (|uedans bien des parties de la France le premier nom du fief a été casamentiun et casati la première dénomination des hommes de fief : il suffit pour s'en convaincre de se reporter aux cartulaires et aux plus anciens au- teurs ecclésiastiques qui ont parlé des liefs. Mais la distinction de ces deux classes de milites a pour M. G. une importance toute parti- culière, et qui tient beaucoup à ses théories sur l'origine de la cheva- lerie et du fief, théories que nous examinerons plus loin. Ce que je retiens pour le moment, c'est que pour les promiers, les chevaliers domestiques, il n'ose pas les appeler des vassaux, et il parle de leurs
1. Dans un inléressanl article que M. Cli.-V. Laiiglois a consacré au livre de M. G., la formation de la iiol^Iesse féodale est ainsi résumée {Ifcrue <lc Paris. 15 ocloljre VM'2, p. S40j : « Plus tard, les héritiers des cassi. doniiniv.i furent les feudalaires de premier ordre; au-dessous d'eu.v s'échelonna la hiérarchie des arrière-vassaux plus ou moins riches; les uns assez riches pour avoir des chà- loaux de pierre; les autres qui se contentaient de simples maisons J'ortcs, en bois, plessis, ferlés, etc., analogues au.v modestes résidiMices ûe':^ /lomicsti-liic/.s russes au temps du servage. » Celte comparaison avec la Russie ancienne, que M. Langlois produit encore sur un autre point, me parail ici porter à faux. La liussie, en elîet, n'a pas eu de féodalité proprement dite. Elle a eu les éléments consiitutifs, tels à peu prés qu'ils exi-taieiil cIkv. nous dans la période méro- vingienne; mais le système ne s'est pas dégagé. Le poiiiicsc.litrhil., ou peiit pro- priétaire libre, ne fait donc point partie d'uue hiérarchie féodale. C'est l'aicauer (lui s'est conservé en bon rang.
p. GU[LHIER>rOZ: ESSAI SUR L OUIOIXE DE I.A NORLESSK Ai
obligations quani-vas.saUaires. Il paraît admettre qu'ils n'étaient pas tenus par l'hommage envers le seigneur, sans doute parce que, pour lui, la vassalité ne va pas sans le fief.
Je crois, comme l'auteur, que le fief est résulté de la jonction de la vassalité et du bénéfice, et j'ai essayé naguère de l'établir contre mon savant ami Jacques Flach'. Mais en même temps je crois avoir prouvé, par des textes précis, qu'au xiii'^ siècle encore l'hommage pouvait exister sans le fief; non pas seulement un hommage ayant pour but de créer des obligations tout autres que celles qui existent entre le vassal et son seigneur, mais aussi un hommage ayant pour but de faire naître ces obligations mêmes'. Il me paraît donc plus que vrai- semblable que les chevaliers domestiques prêtaient l'hommage au seigneur et étaient tenus envers lui des mêmes devoirs que les autres vassaux. Il n'en est pas moins vrai que la distinction des deux classes admises par M. G. était socialement fort importante. Il me paraît aussi avoir bien établi que les chevaliers domestiques se présentent comme des célibataires, le mariage et la concession d'un fief paraissant alors aller de pair. A de certains indices, qu'il a lui-même recueillis, on peut se demander si même le célibat ne leur était pas imposé par la coutume ; par là s'expliquerait le sens qu'a pris le mot bachelor en anglais; on sait d'ailleurs que le droit féodal a souvent des règles cu- rieuses et assez tyranniques sur le mariage du vassal ou de la vassale.
M. G. a étudié les fiefs à bien d'autres points de vue encore. Je si- gnalerai en particulier les pages qui sont consacrées à leur indivisibi- lité primitive et à leur démembrement postérieur; on trouvera là de précieuses indications (p. 195-225), ainsi que dans les dévelop- pements qu'il a consacrés aux pairin^ féodales (p. 175-191, .318). Mais il faut revenir à sa théorie de la noblesse; nous n'avons pas fini avec elle.
Non seulement il admet, comme on l'a vu, que tout d'abord la no- blesse se confondait avec la chevalerie; mais encore qu'il fut un temps oîi elle se confondait avec la liberté : il n'y avait alors de libres que les nobles. Cet état de droit serait attesté par les textes littéraires des
1. Noiu-ellc Reoue historique de droit français et étranger, t. XVIII (1894), XouceUes t/iéories sur les origines féodales, p 5H2 et suiv.
2; Voyez en particulier ce texte de Duraotis (ihid., p. 5o8. note .3), Spéculum jures, 1. IV, pars 4 de Feudis, n" 15 : « Si autem aliquis se constituât hominem meum ligium quia sibi dedi aliquam rem la feuduni et quia vult sibi providere ut eum defendam ...Idem autem etiam si nullo dato se constitua hominem meum ligium. »
.'ÎS COMPTES RENDUS
x'^etxi* siècles, qui ne connaissent que trois classes de personnes, les miUios, les clerici et les rastici : il serait un produit de la décadence carolingienne. Pour l'homme libre de condition, mais de petites res- sources, accablé par les charges publiques et spécialement par le ser- vice militaire, il n'y aurait eu alors que trois voies de salut : se faire lyissus (et le rassus est devenu noble', se l'aire clerc, ou abdiquer sa petite propriété au profit d'un puissant et entrer ainsi dans la classe des non-libres. Il disparut donc. La formation d'une classe d'hommes francs, qui n'étaient point nobles, les futurs roturiers, serait un phé- nomène postérieur, le résultat d'une nouvelle évolution.
Il y a là, à mes yeux, une exagération certaine. Sans doute, pour les écrivains du moyen âge, môme encore au xin*^ siècle, le francs bons proprement dit, c'est seulement Vliornme de Jief ; S3.ns doute aussi très souvent l'homme libre qui n'est pas noble ne se distingue guère du serf, quant aux charges (ju'il supporte. Mais contre les conclu- sions de l'auteur protestent les innombrables donations d'alleux qu'aux ix", x'2 et xi® siècles font aux églises et aux couvents de petits proprié- taires, qui sûrement n'étaient pas des nobles, donations dont tous les cartulaires sont pleins. Les textes littéraires qu'invoque M. G. sont des formules générales et elliptiques, des appréciations sociales plutôt que juridiques. (t)uant aux arguments plus précis qu'il fait valoir, ils ne me paraissent pas probants. Il montre très bien que, pour détermi- ner quelles personnes étaient nobles de naissance, les règles ont été anciennement les mêmes que celles qui servent aux xin« et xiv« siècles pour déterminer si un enfant qui naît est de condition franche ou ser- vile(p.3o3 etsuiv.l. Mais cela n'a rien d'étonnant, puisqu'il s'agissait de part et d'autn^ de mariages véritables et valables entre chrétiens, et de mariages où la condition du pèreetcelle de la mère étaient inégales. Il ne faut pas oublier que le serf du moyen âge n'est pas un esclave et qu'il a la personnalité civile. M. G. prétend compléter sa démonstra- tion en montrant que certains droits, qui nous apparaissent comme la faculté normale de l'individu, dans la société féodale se pré- sentent comme des privilèges du noble : c'est donc que, seul, le noble était un homme libre. L'auteur dit d'abord cela, du droit de guerre privée et de saisie privée. Mais pour la guerre privée, cela est fort contestable. Beauinanoir, il est vrai, en fait un pi'ivilège des nobles; mais cela peut fort bien être le résultat d'une première et salutaire réaction; et les documents les plus anciens sur la paix et la
p. GUILHIERMOZ : ESSAI SUR l'orIGIXE DE LA NOBLESSE 31)
trêve de Dieu présentent plutôt la guerre privée comme une coutume générale de tous les chrétiens. Quant à la saisie privée, en faire un privilège des nobles, c'est aller contre de nombreux témoignages : toute la théorie ancienne de \a,plegerie ou fidéjussion est en sens con- traire. M. G. va jusqu'à présenter, comme un argument en faveur de sa thèse, le droit de renoncer à la communauté, qui appartient d'abord à la veuve noble, avant d'être reconnu à la ^-eu^'e roturière (p. 351 j . Mais il est à peu près certain que la communauté de biens entre époux a existé chez les roturiers avant d'être admise pour les nobles. C'est en particulier l'état de droit que l'on constate dans les Assises de Jéru- salem et dans les Établissements de saint Louis. Les veuves nobles avaient seulement alors le droit de réclamer une part des acquêts et des meubles, à tUi-p de droit de survie, et naturellement, elles pouvaient renoncer à ce droit. Lorsque la communauté de biens fut admise entre époux nobles, la veuve obtint ce droit de renoncer à la communauté, droit peu logique, mais qui la maintenait, autant que possible, dans sa condition antérieure. Puis le droit de renoncer fut admis égale- ment, vu son utilité, au profit de la veuve non noble.
Cette idée que les soi-disant privilèges des nobles en fait de droit privé auraient été d'abord simplement la capacité de droit commun, reconnue aux seuls nobles, conduirait à admettre qu'à un moment donné les non-nobles n'auraient eu aucune action (mi justice; cela est strictement contraire à ce qu'il dit lui-même dans une autre partie de son livre'.
Pour finir sur ce point, je dirai même que le droit d'avoir un sceau n'est pas un droit qui appartienne au seul noble. Mais seul, le noble, ou peut-être même le seigneur, a un sceeL authentique, un sceau qui fasse preuve, et c'est là le seul point dont se préoccupe le droit ancien. M . G. a cité lui-même un texte des plus intéressants qui montre que l'authenticité du sceau était, avant tout, une question de fait'.
1. P. 318. « Ou voit alors (à l'époque carolingienne), tont au moins danscerlaiiies parties de l'Empire franc, la justice sur les tenanciers vilains commencer à se rendre, dans chaquedomaiue, au moyeu d'assemblées judiciaires, qui sont l'imi- tation des plaids publics, portent le même nom et suivent les mêmes formes, et notamment les jugeurs, portent, comme dans les plaids publics, le nom d'échevins. De simples paysans, des serfs étaient arrivés à se faire recon- naître le droit à un jugement régulier dans leurs contestations avec leurs seigneurs. »
2. Voyez p. 397, note 1, ce passage d'une lettre de saint Louis aux bourgeois d'Arras, cité par M. G. : « Atrebateqses... pelierunt quod... nepos noster
40 rOMPTES RF.NDl"
II
Sur le chapitre des origines, M. G. a des idées très nettes et qui Tjièritent un sérieux examen. Pour lui, les premiers et lointains an- cêtres des chevaliers-Aassaux du moyen âge sont les soldats domes- tiques que l'on trouve au Bas-Empire, depuis Stilicon,et sur lesquels des travaux récents ont attiré l'attention des érudits, l'ris surtout parmi les Barbares, ils se trouvent d'abord chez les grands officiers de l'Empire, spécialement auprès des préfets du prétoire, ou auprès de l'Empereur lui-même, auquel, dans tous les cas, ils prêtent ser- ment. On en voit aussi qui, recrutés parmi les hommes libres ou les esclaves, sont attachés aux particuliers puissants. Ils n'auraient point disparu à la chute de l'Empire d'Occident et se seraient, au contraire, maintenus dans la monarchie mérovingienne, auprès du roi et aussi auprès des particuliers. M. G. cherche spécialement à les identifier avec les puevi. dont parlent si souvent Grégoire de Tours et ses contemporains et qui apparaissent lorsqu'il s'agit d'exécuter un acte de force ou de violence, un assassinat ou un pillage, sur l'ordre d'un haut fonctionnaire ou d'un particulier puissant. Ce n'est pas tout. Les antrustiones des rois mérovingiens, selon M. G., ne seraient pas autre chose que les soldats domestiques de ceux-ci. Leur nom viendrait du mot trost pris dans le sens de aecours, .so- laiiurn, troupe armée, comme ill'est dans le Pactiun pro tenore pocis de Childebert et Cîotaire IL Très nombreux, ils auraient formé un solide noyau d'armée permanente, le service dû par les pagenses libres ne devant être considéré que comme un appoint et une sorte do réserve. Par là même, M. G. voit dans les antrustions. non de hauts personnages, mais, au contraire, des petits, souvent des hommes de condition servile ou quasi servilc. 11 iidmet bien que les antrustions auraient pour successeurs les vassi de l'époque suivante. Mais ces derniers, suivant lui, auraient pour prototype les liomines in ohscqui'o alteriii.fi, sorte de clientèle romaine de la basse époque, comprenant,
Robertus, cornes Atrebabatensis... quaedam privilégia... coiilirmarel. V'ciunicum ipso KÎt satiK Jui-imis et terrani .•iiinm in manu nnatra tcneamua ner sigiilum haberel inidtum authentifu/n, iiobis placet (|UO(l sujicrsodeaiis super premissis qtiousque fuerit ïiiiles. »
p. Gin.HIERMO/. : ESSAI Sin l/ORI(;iXE DE LA NOBLESSE 41.
avec les atïranchis, une bonne partie de ceux qu'on appelle la popu- lation quasi servile. Ce qu'il y aurait simplement de propre et de nou- veau, dans la vassalité, ce serait un acte spécial aux Francs, la com- mendatio. C'est l'acte par lequel un homme se remettait corps et biens à la discrétion d'un autre, et il se caractérisait par l'oblation des mains jointes ; ce sera l'hommage féodal. Voilà l'un des éléments, le premier élément, qui entreront dans la constitution du fief.
Le second élément générateur de la noblesse féodale est le l)ènéfice. Le régime foncier, au milieu duquel celui ci se forma, n'aurait guère connu, en dehors de la precaria ecclésiastique, qu'un mode général d'exploitation des terres, par la population non libre, lequel ne repo- sait point sur des baux proprement dits, mais dérivait des usages suivis sur les grands domaines romains. Ce mode d'exploitation se caractérisait par deux traits : 1" un domaine central qui reste au do- minus, en jouissance aussi bien qu'en propriété ùndominicatam), et sur lequel vivent des serviteurs domestiques, nourris par le proprié- taire; 2" une partie du domaine, le reste du domaine, concédée, moN^ennant des prestations ou des corvées, à des séries de serfs ou de non-libres, casati, c'est-à-dire ayant leurs demeures et leurs ménages séparés. On voit d'ici la ressemblance que l'auteur va établir entre eux et les checaliers chnsés, les milites caaati, dont il a été parlé plus haut. Il est certain qu'au point de vue économique et social, la des- cription que ^L G. fait de cet ancien régime est parfaitement exacte et lumineuse. C'est la clef de la vie sociale au moyen âge, que cette organisation rurale et foncière, dans laquelle le seigneur a groupé autour de lui tous ceux qui le servent, cultivateurs et hommes d'armes, les uns nourris dans son château, les autres casés sur les différentes parties de son domaine. Je crois aussi que le régime des grands do- maines de l'Empire romain a servi ici de premier modèle, bien que ce type de groupement et de services puisse se former spontanément dans un milieu semblable ou analogue politiquement et économi- quement. Dans le compte rendu du livre de M. Guilhiermoz, qu'a publié, le 15 octobre dernier, la Reçue de Paris, M, Langlois rappe lait justement que <' il y a moins de cinquante ans que des arrange- ments analogues (qui semblent imposés par la nature des choses dans certains états de la société) prévalaient encore en Russie. Lisez les ouvrages de Gogol, de ïourguenieff et de Chtchédrine ; leurs moujiks sont, pour la plupart, des serfs chasés et leurs drornyi sont, trait pour
42 COMPTES RENDUS
trait, des provendiers gallo-romains' )). Je ferai seulement remarquer que, dans l'interprétation juridique qu'il donne de ce régime foncier, M. G. est moins net, et que l'analyse qu'il en fait, à ce point de vue, est contestable. Il ^■eut, je ne sais trop pourquoi, que les tenures dont il s'agit ne soient grevées d'aucun lover. Le tenancier n'en aurait rendu « quoi que ce soit au propriétaire », à charge de contribuer par ses corvées à la culture du domaine réservé, indominicatum. Au lieu et place des anciens colons fermiers, il n'}^ aurait plus, sur le grand domaine, que des ouvriers agricoles possédant leurs tenures sans fournir d'autre prestation que leur travail et la possédant à titre do pécule : « Quand et comment, dit-il (p. 119), cette transformation s'est- elle opérée? C'est ce que nous n'avons pas à rechercher ici. Nous nous contenterons de remarquer que les tenures de la nouvelle orga- nisation ressemblaient de très près à des pécules. » Il cherche d'ail- leurs à expliquer par deux causes ce caractère juridique. D'un côté, il cite des textes montrant que l'on appelait pecnlinm les biens que le colon romain avait pu acquérir et posséder en dehors de la terre à laquelle il était attaché et pour laquelle il devait un canon au dominas; dans la suite, la tenure elle-même du cultivateur colon ou non-libre aurait pris le caractère de pécule. D'autre part, beaucoup de ces te- nanciers étaient des affranchis ou des Jiomincs in obf<e(jiiio, dont la condition était « modelée sur celle des aiîranchis ». Or, « dès le milieu du m'' siècle (p. 1"20). la législation impériale avait reconnu au patron mécontent de sou affranchi le droit de reprendre les biens qu'il lui avait donnés. C'était là conserver à peu près à ces biens le caractère de pécule ». L'auteur conclut ainsi, p. 121 : « Ceux des affranchis et ceuT: des ingénus in patrocinio qui étaient employés à l'exploitation agricole recevaient alors, tout à fait indépendamment de leurs pécules, des terres pour lesquelles ils devaient un fermage, tout comme les colons-, mais les autres, ceux de (^ui le patron attendait des services d'ordre différent, et parmi lesquels figuraient le.s .'soldats doiiiesti(/ues, ne recevaient rien de S(Miiblable, et les seules concessions territoriales dont ils fussent l'objet étaient celles qui avaient le caractère péculiaire. Or, il en fut de même, comme nous venons de le dire, pour les colons et autres non libres agricoles, lorsqu'ils eurent cessé d'être des fer- miers. ))
\. Reçue de Paria, 15 octobre 19U2, p. 828.
p. GUILHIERMOZ : ESSAI SUR l'ORIGINE DE LA NOBLESSE 43
Voilà bien des à peu près, et c'est là une construction juridique tourmentée et hasardeuse. Il n'est pas un romaniste qui ne protestera contre l'extension que donne M. G. aux constitutions impériales, per- mettant au patron, en cas d'ingratitude de l'affranchi, de demander au magistrat la révocation de l'affranchissement. D'autre part, ici encore l'ensemble des documents que nous possédons, formules, polyptyques et cartulaires, s'insurge contre cette idée que latenure agricole, affran- chie du cens ou des prestations en nature qui en tiennent lieu et sou- mise aux seules corvées, serait devenue le droit commun. Le principe, au contraire, qui s'affirme de plus en plus, c'est celui qu'on trouve dans une des lettres de Sidoine Apollinaire ("VI, 10), débitant r/lebrr canonein. Il s'applique, sauf remise gracieuse, à tous ceux qui tiennent et cultivent une parcelle d'un grand domaine, qu'ils la tiennent d'ail- leurs en vertu d'un contrat, ou simplement en vertu de la coutume. Les corvées s'y ajoutent, et leur destination est bien de mettre en culture le domaine réservé. Elles sont d'ailleurs très anciennes, on les trouve dans le sallus Burunitanus, à côté des partes açjrariœ dues par les colons. Enfin les formules de l'époque carolingienne, comme les textes mérovingiens, montrent que le pécule était opposé à la terre, à la tenure et ne comprenait que des meubles'.
Quoi qu'il en soit, tout cela nous met bien loin, semble-t-il, de ces chevaliers vassaux qui devaient former la noblesse, et même, selon l'auteur, toute la classe des hommes libres. Pour les dégager de ce milieu, M. G. suppose deux transformations.
C'est d'abord une transformation de la vassalité, qui serait devenue, d'une condition basse et quasi servile, un état honorable et relevé. Le point de départ de cette évolution devrait être cherché chez les Anglo- Saxons, chez qui se serait conservée la pratique exacte du cornitatus germanique. Celui-ci comprenait avant tout, selon M. G., un groupe de jeunes gens appartenant à des familles distinguées et qui faisaient
1. Cela me paraît particulièrement clair pour le passage de Ylntcrpretatio wisigothique cilé p. 1~0, note 54. Cette distinction de la tenure et du pécule apparaît nettement dans les formules de la monarchie franque. De Rozière, n" 27U (renditio) : « Hoc est tam terris, mansis, casis, domibus, aîdiliciis, acco- labus, mancipiis, vineis, silvis, pralis, pascuis, aquis aquarumve decursibus, libertinis, ministerialis, mcbilihus et immobilibus, pecuniis, pecutiis utriusque scicui vel omni supellectili ad iutegrum. «Cf. n" 199 [donalio). V'oyez encore, Conell. Aurelian., 511, c. 15 (édit. Maassen): « De his quse parrochiis in terris, vineis, mancipiis atque pecutiis quicumque fidèles obtulerint. » Dans le texte même, cité p. 1-19, note 58, les pei:ullaria des serci me paraissent distincts des campelli etagelli, qu'ils possèdent.
44 rOMPTES RENDUS
leur éducation virile et militaire auprès d'un roi ou d'un grand per- sonnage. A côté d'eux sont des hommes mûrs que le roi entretient à sa table, et auxquels il fait des présents, selon le goiit du temps, en armes, chevaDx et bijoux; ces comités sont des tlianes, hommes de bonne race, dont la condition s'améliore encore au vii*^ siècle, lorsque le roi anglo-saxon, pour augmenter cette clientèle, lui donna des terres au lieu de simples objets mobiliers. Ce serait alors que ce type de serviteurs aurait passé en France par voie d'imitation. Il en serait résulté un relèvement de la vassalité, dans laquelle maintenant seraient entrés les hommes libres.
La seconde transformation aurait été la création du bénéfice. ¥.\\e serait résultée de ce qu'on appelle la sécularisation des biens d'Église opérée par Charles Martel. C'est à cette occasion que les donations faites par les rois francs à leurs fidèles ont quitté la forme antérieure, dans laquelle elles portaient sur un droit de propriété limitée, comme l'asi bien montré M. Brunnor, pour conférerdorénavant unsimpledroit viao-er au donataire. M. Ci,, on le voit, accepte sur ce point la théorie dominante. Il ne voit cependant les choses ni comme M. Rrunner ni comme moi-même; mais ce sont là des détails sur lesquels je ne veux pas insister' .
A la vassalité nouvelle s'adjoignit le bénéfice par une union constante : le fief était créé. Les réformes importantes apportées par Charlemagne dans le service militaire suffisent à expliquer que les militer, vassaux et bénéficiaires, aient été des cavaliers. Cependant do la vassalité première et quasi servile la vassalité féodale aurait gardé des traces ineffaçables, la forme d'obligation qui la constituait, 17îo/>u- nium que l'auteur nous montre imposé parfois à des serfs.
Voilà, pour expliquer l'origine des fiefs, une longue chaîne de phases successives et d'hypothèses, forgée par la main d un habile ouvrier; bien des chaînons cependant me pai-aissenl manquer de soli- dité.
1. Je ferni remarquer seulement que M. G. écrit, p. 105, note 11 : » Le mo honi'JirAïun désignait alors d'uiic façon générale toute espèce de concession faite en usufruit... Aussi s'expliquel-on qu'il ait été fiinpioyé en parlant de la pré- caire, qui est une variété de béuffice. » C'est reconnaître que la /)reraria et le lii'jii'l'K-e se ramènent au fond à un même type. Mais le mot bcnrhrUun, s'il sert usuellement à désigner une concession viagère, désigne fou/ours une concession (i titre f/fatuit : c'est h'i son sens propre, et '.-'est pourquoi il s'applique au prêt sans intérèls, de Hoziére, n° :<08 et suiv. 11 n"a donc pu s'appliquera \à pre.raria que lorsque celle-ci était «levenue non seulement viagère, mais gratuite, le ])ayn- ment du cens étant écarté ou maintenu nominalement et pour la forme.
F>. GlILHIERMOZ : ESSAI SUli L ORIGINE DE LA NOBLESSE i5
En premier lieu, les soldats domestiques des Romains du Bas- Empire sont une institution curieuse, et leur présence auprès de simples particuliers est un des faits nombreux qui montrent l'anarchie envahissant l'Empire et, par là même, une préparation lointaine de la féodalité. Mais, en réalité, c'étaient des mercenaires, comme on en trouve dans beaucoup d'autres milieux. M. G. a lui-même nettement signalé la différence profonde entre eux et les comités germaniques, chez qui je chercherais plutôt, avec Montesquieu, le prototype des futurs vassaux. Dans tous les cas, malgré les textes accumulés, il m'est impossible de voir sous les Mérovingiens la persistance de cette institution. Sans doute, le roi a des serviteurs qui exécutent ses ordres et probablement aussi une garde de mercenaires; sans doute, les comtes ont une force de police, qu'on appelle souvent les mtellitesjisci ou d'un nom équivalent. Sans doute enfin, les riches particuliers ont des domestiques, qui sont souvent armés, comme chacun alors cherche à l'être, et qui, au besoin, font le coup de main pour leurs maîtres. Mais je ne saurais voir là une véritable organisation militaire, comme l'étaient les soldats domestiques des Romains, comme le seront les chevaliers vassaux du monde féodal. Si une telle chose avait existé, comment les contemporains n'en auraient-ils pas parlé en termes clairs et précis?
Quant aux antrustiours, la thèse de M. G. est plus contestable encore. Tous les textes qui la concernent impliquent que, libres ou non, ce sont des personnages importants. D'après la loi Salique (éd. Behrend, xli, 3, 5), leur irerr/eld est le double de celui du Romamis homo, conoivaregh. Surtout ce qui apparaîten eux. c'est cette idée de fidélité, de dévouement voient lire, qui caraciérisera le vassal féodal. Le mot trost, qui sert ici de thème, a pour premier sens : fidélité à sa parole, foi, confiance' ; et, pour l'antrustion, la promesse de fidélité est nettement indiquée dans la formule de Marculfe (i, 18), où la phrase in manu, nosira tru.siem et fldelltatem nobis risim est conjar'asae est aussi claire et précise que possible, et ne peut être prise au figuré dans aucune de ses parties.
Mais, nous l'avons vu, M. G. n'admet pas que ces engagements aient servi de modèle à la vassalité carolingienne et par suite à la vassalité féodale. Ce qui distingue cette dernière, c'est essentiel-
1. C'est la. flde,-i dont parle Tacite, >le Moribus Genu., c. 24; cf. les expres- sions techniques du droit anglais trust, trustée, asturj (jue trust.
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COMPTES RENDUS
lement pour lui la commendatio, d'où devait sortir l'hommage et quil déclare avoir été propre aux Francs. C'est à ses yeux un acte aussi original et aussi important par ses effets que par ses formes. Celui qui l'accomplit se livre par là même à la discrétion d'un autre, il devait sa chose, son homme^ et il traduit cela dans la forme, en remettant ses mains jointes entre les mains de celui au- quel il s'abandonne, p. 79 : « Le vassal plaçait .se^- deux mains Jointes dans celles du seigneur. Celte forme, dont la plus ancienne mention connue se rapporte au règne de Pépin le Bref et qui s'est conservée jusqu'à la fin dans l'hommage féodal, est aisée à expliquer: elle exprimait primitivement une tradition de la personne... Si cette tradition avait pour objet un adulte, elle se réduisait forcément à la remise d'une ou plusieurs parties du corps, et, comme il est naturel, ce sont soit les mains, et la tête, soit les mains et les pieds, soit \e< mains seules qui se trouvent appelés à jouer ce rôle. Dans l'hommage vassalique, nous venons de le constater, ce sont les mains. » Je n'ose- rais affirmer que cette ingénieuse interprétation des formes de l'hom- mage féodal traduise exactement l'acte juridique qui s'accomplissait: on peut remarquer d'ailleurs que dans cette description il manque quelque chose au rituel, tel qu'il s'accomplissait dans la France féo- dale. Le seigneur, en efïet, relevait le vassal qui avait fait hommage à genoux et lui donnait un baiser sur la bouche. Mais ce n'est là, à vrai dire, qu'une partie de l'acte. Celui-ci comportait aussi de la part du vassal une promesse de fidélité, la foi, que nos anciens joi- gnaient toujours à l'hommage dans la formule classique -faire foi et Jionimage. File avait aussi ses formes très anciennes; c'était un serment dans lequel la main jouait un rôle essentiel, la main du pro- mettant était mise dans la main de celui qui recevait le sermcnr. M. G. (p. 255-6) distingue nettement el soigneusement les d(>ux choses. Pour lui, la promesse de foi « était toujours associée au con- ti'at de vassalité, mais elle en était parfaitement indépendante. l'iUe
]. Voyez la formule de serment <le l'uiUrustiuii, Marcull'o, 1, 18 : CJirgoire de Tours. L/7yp/- in i/loria ronf(M^sorum,c. 67, éd. Kruscli,i).787 : «Huic antesliti fa- mulabalur.\veiitiiiu.s quidam relif,nosus ad qucm ])osl.Iiuju^ obiiuin caplivi fecere refuLîium. Quorum domino Aveiiiiuus preiium oblulil, sed ilie ol/tigans scsanra- inrtito, ait : « Nunquam haic nisi in mco paj^o sum accei)lunis. » Dcditque derctram (juod si hic /lecuniam transrniUrret isle con/eKtiin captiimn innrulo scrcitutis absolrerci ïransmisso itaque prclio oblilus doniinus fldei suœ, dum captives absolvere dissimulât, ipse lig.Uur. Nam slatim sunmiilas digiti de manu iju"- /idem /crcrat, dolcre cœpil. »
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p. GUILHIER.MOZ : ESSAI SUR L ORIGINE DE LA NOBLESSE
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comprenait d'abord une partie négative, consistant dans l'engagement de ne faire aucun acte de natureà nuire à la personne à qui on la pré- tait, et ensuite une partie positive, consistant dans l'obligation de lui apporter en tant que de besoin, con&iliwn et auxilliwi. Mais c'étaient là des obligations d'un caractère vague et général, créant simplement une sorte d'alliance défensive, qu'il ne faut pas confondre avec les services précis dus en vertu du contrat vassalique proprement dit >). M. G. a même cru trouver dans des textes anciens la distinction pré- cise des deux séries d'obligations'. C'est ce qu'avait essayé de faire avant lui M. Flach ; mais pour ce dernier, c'était, au contraire, la foi, la fidélité qui constituait l'engagement essentiel du vassal, c'était la source de toutes ses obligations ; ce ne serait que par une transfor- mation ultérieure que des services précis auraient été rattachés à la possession du fief. S'il fallait opter entre ces deux idées, c'est vers la seconde que j'inclinerais : car pour nos anciens feudistes, interprètes d'une tradition constante, l'élément essentiel dans le fief c'était la foi, la fidélité. M. G. lui-même constate que le droit féodal lombard ne connaît pas l'hommage, p. 78, note 1 : a En Lombardie, le vassal prêtait le serment de foi, mais pas l'hommage. » Mais je crois que la question est mal posée et que le problème comporte une tout autre solution.
La foi et l'hommage sont, à mes yeux, inséparables et indivisibles.
1. Page iôH), uote 5 : « Les deux ordres d'obligalious apparaissent bien netle- mcLii distingues, par exemple, dans rinstruruent d'un hommage prclé en 1135 au comte de Barcelone: « ...Conuenio ego prephatus Guillelmus tibi Raymuudo comiti quod sira tuus fidelis homo cl solidus contra cunctos homines et feminas per/ldem sine enyan sicut homo débet esse sui melioris senioris etfariam tibi ostcs et cacah-.adas corteset jjlacita et scfjuimenta.n Voilkles obligations propre- ment vassaliques. Voici maintenant les obligations dérivant de la foi : « Et quod adjuvem te habere et lenere defendere et guerrejare omnem tuum honorem vel quod in antea, Deo adjuvante, acquisieris, contra omnes homines et feminas /<e/' fideni sine engan. Couvenio ilerum... quod de meo honore non exiat tibi vel tuis ullum... malum vel aliquod damnum per me vel per meos.» — Je reconnais par- faitement que Vost et la checawliée sont des services proprement dits attachés au lief; j'en dirai même autant des services de conseil et de justice [cortes et placita] ; mais je trouve que dans le texte cité les obligations générales naissant de la fidélité sont absolument confondues avec les services. La formule classique qui les exprime [efo fidelis homo sicut homo esse débet seniori suo] se trouve dans la première partie que .M. G. considère comme réservée aux obligations vassaliques.il me semble même presque certain que nous avons là simplement l'expression de la foi, et non de l'hommage; voyez en particulier l'expression per meani fidem sine engan répétée à la fin des deux phrases.
-. Voyez mon article précité. Nouvelles Théories sur les origines Jëodales^ loc. cit., p. 527, bib.
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lement pour lui la commendatio , d'où devait sortir l'hommage et qu'il déclare avoir été propre aux Francs. C'est à ses yeux un acte aussi original et aussi important par ses effets que par ses formes. Celui qui l'accomplit se livre par là même à la discrétion d'un autre, il devait sa chose, son homme, et il traduit cela dans la forme, en remettant ses mains jointes entre les mains de celui au- quel il s'abandonne, p. 79 : « Le vassal plaçait ses deux mains Jointes dans celles du seigneur. Cette forme, dont la plus ancienne mention connue se rapporte au règne de Pépin le Bref et qui s'est conservée jusqu'à la fin dans l'hommage féodal, est aisée à expliquer: elle exprimait primitivement une tradition de la personne... Si cette tradition avait pour objet un adulte, elle se réduisait forcément à la remise d'une ou plusieurs parties du corps, et, comme il est naturel, ce sont soit les mains, et la tête, soit les mains et les pieds, soit les mains seules qui se trouvent appelés à jouer ce rôle. Dans l'hommage vassalique, nous venons de le constater, ce sont les mains. » Je n'ose- rais affirmer que cette ingénieuse interprétation des formes de riiom- mage féodal traduise exactement l'acte juridique qui s'accomplissait: on peut remarquer d'ailleurs que dans cette description il manque quelque chose au rituel, tel qu'il s'accomplissait dans la France féo- dale. Le seigneur, en effet, relevait le vassal qui avait fait hommage à genoux et lui donnait un baiser sur la bouche. Mais ce n'est là, à vrai dire, qu'une partie de l'acte. Celui-ci comportait aussi de la paît du vassal une promesse de fidélité, la foi, que nos anciens joi- gnaient toujours à l'hommage dans la formule classique ■faire foi el hommage. Elle avait aussi ses formes très anciennes; c'était uu serment dans lequel la main jouait un rôle essentiel, la main du [)io- mettant était mise dans la main de celui qui recevait le srinieui'. M. G. (p. 255-6) distingue nettement cl soigneusement les deux choses. Pour lui, la promesse de foi « était toujours associée au con- trat de vassalité, mais elle en était parfaitement indépendante. File
1. Voyez la formule de serraenl île raiilrusUon, Marculfe, 1, 18; (irégoire de Tours. L^/>^/- in filorui ronfessorum,c. 67, éd. Kruscli, i).7S7 : « Huic autestiti fa- mulabalur,\veiitinus quidam relij,nosus ad queui posi luijus obiiuin cai)iivi fecere refuirium. Quorum domino Aveiuiuus pretium oljlulit, sed ille uldigans .<c.-<anra- nif-nto, ail : <« Nunquam htoc nisi in mco pago sum accepturiis. » Deditquc (Icxtram (juod si hic ficruniam transrnitlrrel isin con/'estini captit'u» cinrulo scrritutis aùsolrerrl Transmisso itaque prolio oblilus domiiuis /iclei suœ, dum captives atisolvere dissimulât, ipse ligatur. Nam statim summilas digili de manu i/iw fidein l'rrerat, dolcre cœpit. »
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comprenait d'abord une partie négative, consistant dans l'engagement de ne faire aucun acte de nature à nuire à la personne à qui on la prê- tait, et ensuite une partie positive, consistant dans l'obligation de lui apporter en tant que de besoin, consilium et auxiiuun. Mais c'étaient là des obligations d'un caractère vague et général, créant simplement une sorte d'alliance défensive, qu'il ne faut pas confondre avec les services précis dus en vertu du contrat vassalique proprement dit ». M. G. a même cru trouver dans des textes anciens la distinction pré- cise des deux séries d'obligations'. C'est ce qu'avait essayé de faire avant lui M. Flach ; mais pour ce dernier, c'était, au contraire, la foi, la fidélité qui constituait l'engagement essentiel du vassal, c'était la source de toutes ses obligations ; ce ne serait que par une transfor- mation ultérieure que des services précis auraient été rattachés à la possession du fief-. S'il fallait opter entre ces deux idées, c'est vers la seconde que j'inclinerais -.car pour nos anciens feudistes, interprètes d'une tradition constante, l'élément essentiel dans le fief c'était la foi, la fidélité. M. G. lui-même constate que le droit féodal lombard ne connaît pas l'hommage, p. 78, note 1 : « En Lombardie, le vassal prêtait le serment de foi, mais pas l'hommage. » Mais je crois que la question est mal posée et que le problème comporte une tout autre solution.
La foi et l'hommage sont, à mes yeux, inséparables et indivisibles.
1. Page 356, QOte 5 : « Les deux ordres d'obligatious apparaissent bien netle- meiit distingués, par exemple, dans riiisiruiueiit d'un hommage prêté en 1135 au comie de Barcelone : « ...Conuenio ego prephatus Guillelmus tibi Raymundo comiti quod sim tuus fidelis homo et solidus contra cuncios homines et feminas perjîdem sine engan sicut homo débet esse sui melioris seuioris et/aciam tibi ostcs et cacalcadas cartes et jjlacita et seguimenta.» Vo'ûkles obligations propre- ment vassaliques. Voici maintenant les obligations dérivant de la foi : « El quod adjuvem te habere et tenere defendere et guerrejare omnem luum honorem vel quod in autea, Deo adjuvante, acquisieris, contra omnes homines et feminas /^e/- lidemsine engan. Couvenio iterum... quod de meo honore non exiat tibi vel tuis ulium... malum vel aliquod damnum per me vel per meos.» — Je reconnais par- faitement que Vost et la c/iecauc/iée sont des services proprement dits attachés au lief; j'en dirai même autant des services de conseil et de justice {cortcs et placita) ; mais je trouve que dans le texte cité les obligations générales naissant de la fidélité sont absolument confondues avec les services. La formule classique qui les exprime [ero fidelis homo sicut homo esse débet seniori suo) se trouve dans la première partie que M. G. considère comme réservée aux obligations vassaliques.il me semble même presque certain que nous avons là simplement l'expression de la foi, et non de l'hommage; voyez en particulier l'expression [jer meam fidem sine engan répétée à la fin des deux phrases.
-. Voyez mon article précité, NotircUes Théories sur les origines féodales^ loc. cit., p. 527, b'^b.
4<S ( OMPTES i;eMu S
Ce ne sont pas deux obligations ayant des objets distincts etditïérents. Ce sont deux formes différentes données dans un même acte à une même série d'obligations. La foi répète l'hommage', par précaution juridique, sans doute, car elle emporte avec elle la sainteté du ser- ment; l'hommage, d'autre part, traduit certainement (et sur ce point M. G. a sûrement raison) une soumission plus grande dans lai'oime, une humiliation devant un supérieur'. On conçoit très bien qu'on ait joint les deux expressions et les deux liens, bien ([u'au fond il n'y eût qu'un seul objet. Dans tous les cas, les deux choses sont inséparables. La commendatio, qui se fait par les mains, est toujours accompagnée du serment de fidélité', et, dans le droit féodal, partout où l'on trouve l'hommage, soit à raison d'un fief, soit dans les autres applications, la foi le suit toujours. Ce sont les mêmes promesses que contient l'un et l'autre: mais bien entendu, la formule et la portée des obligations féodales a varié selon les temps et selon les lieux.
^L G. admet que la commendatio, lorsqu'elle fut d'abord usitée, créait pour celui qui s'y soumettait une condition servile ou quasi servile;et l'hommage, qui en dériva, aurait continué à impliquer l'idée d'asservissement (p. 322-340) : « Les expressions serviles ne cessèrent d'être prodiguées quand on parlait des relations vassaliques.» Il y a là, je crois, de l'exagération et même quel(|uc confusion. Que la commendatio ait souvent servi, dans l'origine, à faire de riionime libre un sercua ou peu s'en faut, cela n'est pas contestable : les textes des formules sont probants en ce sens'. Mais il n'est pas moins certain que celui qui se recommandait pouvait garder la qualité d'homme libre et ne s'astreindre qu'à des services qui convenaient à celte qua- lité : c'est ce que prévoit justement la seule formule où il soit expres- sément parlé de coiamendatio'\ Celui qui se recommande est pourtant
1. ("rhi concorde bien avec l'observation l'aile ci-dessus, page 17, noie 1.
:l'. Iliicli ratiaclie également à l'honiniage une idée particulière de subordi- naUon.le seigneur en lircrail un droit de correction et d(Mlisciplirie: les '^)/7V///!''.'.' (Ii: l'ancienne France, l. II, p. 5;i!^, .")4.").
H. Voyez les textes rassemblés par M. fiuilhicrnio/, p. <S;l', noie 11 ; 128, unies 111."). Il y a même un passage de Dudon de Saint-tv>ueiilin,où l'hommage et la foi paraissent ne faire qu'un. Il s'agit de Kollon (|ni fait obliger ses vassaux en- vers son fils : « Inter manus Willelnii aiiolesccnlis manus suas miucnlcs prin- cipes coUigavii illi conjurationis sacraniiMito. »
4. De Roziére, n"~ 4 l-.")i.'. Dans ces formules d'ailleurs le mot ••<(■ coiiiinenildic n'est p.is employé. Klles sont parfois qualifiées obno.riationa^; parfois c'est une véritable \ ente de la liberté.
h. L)c Ho/irTi', n" V.i f>>irmoiid) 7«/ .«f t/( aUcrùis />uti:f(a(.c roininciu/dr ... M\\\i
l'', GLILIIIERMOZ : ESSAI SUR L OKIGIXE DE LA .\()liI.i:sSE -lij
un pauvre, car il stipule pour lui la nourriture et le vêtement; mais il garde sa qualité d'homme libre et ne promet que des services compa- tibles avec elle'.
Il serait étrange, d'autre part, que l'hommage qui crée le vassal chevalier, le seul homme vraiment libre, selon M. G., et qui n'en- traîne aucune obligation pécuniaire, fût considéré comme entraînant avec lui une idée de servilité, M. G. insiste sur le langage des textes qui présentent l'accomplissement des devoirs du vassal comme une servitude, servire. Parfois, on peut dire qu'il y a là une simple figure de langage; mais le plus souvent, ce sont des termes ayant un sens précis et technique. Cela est vrai, mais l'idée que le moyen âge tra- duisait par le moinervirc répond à l'idée de seroices et non pas à cell(> de serrilude. Aux yeux du moyen âge chrétien, il n'y a plus d'esclaves proprement dils, plus d'êtres humains dépourvus de toute personna- lité. Il n'y a plus que des êtres égaux devant Dieu, qui peuvent se faire, à des degrés divers, les homtnes d'un autre homme-. Cela est vrai du serf aussi bien que du vassal. Il n'y a rien d'étonnant à ce que Vhomivinm, l'hommage ait été employé dans certaines régions pour formule)' le lien du serf envers son seigneur (p. 323, note 4).
Ayant abaissé la vassalité primitive, M. G. a dû chercher un fait historique qui pût l'avoir relevée et qui explique la considération dont elle a joui dans la suite. Il l'a trouvé chez les Anglo-Saxons, où, selon lui, s'était conservé dans sa pureté le comitaéus germanique. Les rois anglo-saxons, ayant pris l'habitude de donner des terres à leurs comités d'âge mûr, la même pratique se serait introduite dans la monarchie franque, conviant les personnages notables à entrer dans la vassalité
decrevit voluntas ut me in vestrum uiundeburdum Iradere vel commendare deberein quod ita el feci. »
1. JOUI. : « Eo videlicet modo ut me tam de victu quam de vestimeiito, juxta quod vobis servire el promereri potuero. adjuvare vel consolare debeas, et,dum ego incapud advixero, inijenuili online libi sei-ciciuin cet obserjuiuin irnpen- dei-e debram. » CeUe formule est encore importante à uu autre point de vue. Elle ne mentionne pas la remise des mains jointes et se termine ainsi : « Unde convenit ut duas epistolas uno tenore conscriptas ex hoc iiiter se facere vel adfirmare deberent, quod et fecerent. » Cela me parait prouver que la remise des mains jointes n'était pas un élément essentiel de la commendatio. C'était simplement une forme coutumiére pour créer les obligations du recommaudé. Mais celles-ci, selon le droit de cette époque, pouvaient aussi bien être créées par un autre contrat formaliste, par exemple par uu écrit, diimeni firmatam. C'est ce qui a lieu dans l'hypothèse en vue de laquelle a été rédigée la formule citée.
2. Voyez notre cours d'Histoire du droit Iram-.ais, 'i' édition, i), i.i'J note 1, et x:26, note 2. ' i , »
Moijen Afjc, t. XV'l 4
50 COMPTES RENDUS
du roi. Ce serait chez nous une importation. Mais ici encore, des ob- jections se présentent naturelles et fortes. Il serait singulier que cette pratique, dans le pays d'importation, ait produit des effets beaucoup plus considérables que dans le pays d'origine : là, en effet, chez les Anglo-Saxons, la féodalité n'est point arrivée à son plein développe- ment; on n'en trouve que les éléments. La féodalité vraie a été intro- duite en Angleterre par l'importation, certaine celle-là, qui accom- pagna la conquête normande. D'autre part, M. G., pour décrire le comitadcs anglo-saxon, emprunte surtout ses données au poème Beo- (ralf. Or, le i^eo^ut//' contient des éléments de nature et d'âge divers'. Enfin, M. G. ne cite aucun texte ancien qui prouve ou rende probable l'influence et l'importation dont il s'agit. Dans la période visée, les Anglo-Saxons ont exercé une inlluence incontestable sur lÉglise gal- licane par leurs Libri pœnitentiales. Mais là elle est saisissable; nous en avons en main les instruments et les produits. Rien ne montre et ne fait présumer qu'une inlluence semblable se soit exercée en ce qui •concerne la politique et 1 armée. N'est-il pas plus simple d'admettre que ce noble penchant de l'âme germanique, qui porte l'homme à choisir un chef et à se dévouer à lui, se rétrécissant ou s'élargissant suivant les milieux, ait produit en Germanie le comitatus décrit par Tacite, puis en Gaule, directement et sans influence étrangère, l'an- trustionat mérovingien et la vassalité carolingienne? Ces deux der- nières institutions ont certainement, pour moi, un élément commun : le serment de fidélité.
M. G a dû rechercher aussi les origines de la chevalerie, dont il a si bien établi les caractères définitifs. Sur ce point, sa doctrine est un peu flottante. Il hésite entre la prise d'armes germanique et d'autres cérémonies, d'origine germanique ou romaine, destinées à marquer l'âge viril, et auxquelles font allusion les legcs harbarcc ou vomami'^ telles que la capillatura ou la harbatovut. J'avoue que rien à cet égard ne me parait suffisamment établi. Au xi« siècle, l'adoubement apparaît clairement comme la constatation solennelle de la capacit(' militaire, et
1. Taine, Histoire de la littéralicro anglaise, 2" édil., tome II, p. 33, note l : (( Kemljlc pense que le fond de ce poème est lies ancien, peut-être contem- porain de l'invasion des Anglo-.SaxonH, mais que la rédaction actuelle est pos- t''rieure au scpliémc sièch;. Knnliir's fico(culf,iex\.c et traduction. Les person- nages sont danois. » Le passage auquel se réfère cette note est celle phrase, singulièrement suggestive, de Taine : « ri'ost un héros que ce Beowulf, et un chevalier avant la chevalerie, comme les conducteurs de bandes germaniques sont des chefs fco<iaux avant rétablissement delà féodalité. »
F. L.LILIIIKU.MOZ : ESSAI SL K l'oIUGINK DE LA .NOIiLKSSi; 51
il est toujours donné par un seigneur, qui peut être considéré comme un maître en la matière. 11 me paraît répondre assez bien à la récep- tion des maîtrises dans les corporations d'ouvriers et de marchands au moyen âge; les fêtes et les cadeaux qui accompagnent ces deux ini- tiations accentuent même la comparaison. Seulement les corporations, quoique l'entrée n'en fût point anciennement étroite et difficilement ouverte, comme elle le devint à partir du xni" siècle, étaient des corps locaux et particuliers, pourvus d'une organisation précise. La cheva- lerie, je le crois avec M. G., était à peine une grande confrérie sans cadres et sans organes. Mais on pourrait trouver des points de compa- raison intermédiaires. Les Universités (où l'on trouve des badielien< comme dans les groupes seigneuriaux) faisaient aussi des maîtres ; et, dans les premiers temps, sûrement elles ne conféraient point les grades au nom de l'État, qui n'existait pas; dans l'ancienne Fi-ance, elles les ont même toujours conférés en leur propre nom. Elles constataient aussi une aptitude professionnelle à la suite d'une éducation spéciale, et le gradué restait uni à l'Université qui l'avait reçu, par des liens assez lâches, mais certains. La chevalerie était- elle encore une application de la même idée? Qu'il me soit permis de relever les textes cités par ^L G. (p. 447, note 25) et qui parlent, à cette occasion, des militari a sacramentu, bien que, selon l'auteur, (( l'adoubement ne comportât aucune espèce de serment». Mais, on va me reprocher, et justement, de me lancer à mon tour dans des hypothèses sans fondement solide. D'autre part, un point me frappe dans les recherches de M. G. : c'est que les premiers exemples de prises d'armes solennelles qu'il relève dans le haut moyen âge se rapportent à de jeunes rois. Peut-être la coutume a-t-elle commencé par là et s'est-elle ensuite répandue de proche en proche dans le morcellement féodal.
Je quitte à regret ce livre, dont je me reproche de n'avoir guère signalé que les parties oià je suis en divergence avec l'auteur. Combien il contient de choses qui me paraissent aussi justes que neuves! Je compte, comme bien d'autres sans doute, en faire amplement mou profit.
A< ESMEIN.
0.C COMPTES RENDUS
E. Roy. — Études sur le théâtre français du XIV et du XV'^ siècle. La Comédie sans titre, publiée poui- la première fois d'après le manusei'it latin 8163 de la Bibliothèque nationale et les Miracles de Notre Dame par personnages. — Paris, Kmile Houillon» 1902; in-8, ccxvm 366 pages.
M. Roy, dont le livre sur Charles Sorel avait jadis r.MOuvelé toute une partie de l'histoire littéraire de la première r.i .itié du XVII' siècle, nous donne aujourd'hui un livre d'une admirable et solide érudidion; ce livre comprend trois études et un texte resté jusqu'ici inédit. Ce texte est la ('.omêdle .sans titre, et c'est à lui qu'est con- sacrée la première des deux études dont nous venons de pai'ler. la seconde ayant pour objet les Miracles de Notre-Dame et les Mystères Sainte-Geneviève.
I
La Comédie sansi titre n'était pas absolument inconnue avant M. Roy. Kdélestand du Méril, en particulier, dans un livre célèbre sur les Origines latinesda t/u'àtre moderne (Paris, Franck, 1849; réim- priméen fac-similé chez Weker en 18'J7), l'avait sig'ualée: c'était, selon lui, une œuvre française qui aurait été très proljablement représentée au xiv« siècle par les étudiants de l'Université de Paris. Ce qu'il faut penser decette assertion, nous le verrons tout à l'heure, M. Suchier avait cependant oublié cette comédie, dans l'étude sur la légende de Manekine qui accompagne son édition de Philippe de Heaumanoir (Société des anciens textes français, 1884), bien que, comme nous le verrons, elle paraisse s'être inspirée d'assez près de l'œuvredu conteur français. Quel est l'intérêt del'ccuvre inédite publiée par M. Roy ?« lui raison de sa date relativement tardive, elle ne peut ap|)orter grand'- chose de nouveau à l'Iiistoire comparée des légendes, et son intérêt est ailleurs. En même temps qu'elle nous donne une preuve nouvelle de l'ancienne popularité des romans français à l'étranger, elle nous montre de quelle manière les lettrés de la première renaissance goii- taientet imitaient l'antiquité classique, elle annonce le développement delà comédie moderne, et elle se rattache encore aux Miracles de Noire- Dame par personnages. Ou plutôt, pour la définir plus exactement, cette comédie est un vi'ai miracle où Notre-Dame est remplacée par la prêtresse de Delphes. )>
F. ROY : THK ATRE FRANÇAIS XIV^-XV*' SIFCLES 53
Cette comédie est niunio d'un chœur. Fdle est écrite en prose et com- prend sept actes, division fort rare et dont on ne peut guère citer d'autre exemple que la traduction française dolatragédiede JephtédeBuchanan par Brinon. En voici une analyse sommaire. Dans un prologue, l'auteur déplore lacorruption deses contemporains, ctannonceque pour essayer de les corriger il va s'inspirer des Grecs et des Romains et tâcher de re- nouveler leur comédie. Pour pouvoir, s'il estbesoin, se corriger d'après les critiques qu'on lui adressera, il nedévoilera pas son nom, il ne don- nera pas de titre à sa pièce. Qu'on l'excuse s'il met en scène des divi- nités païennes : lui-même n'y croit pas, mais ses personnages sont des païens et y croyaient. Au premier acte, nous sommes à Thrace, dans le palais du roi des Carilles, Kmolphus. La reine Thilostrale va mourir : elle fait jurer à son mari de ne se marier qu'avec une femme qui sera son vivant portrait. Elle fait ensuite son testament, lègue ses vête- ments à ses servantes, recommande sa fille à sa nourrice et meurt. Les servantes, mécontentes de ce legs insuffisant à leur gré, s'emparent des bijoux de la reine ; leur vol est bientôt découvert par la nourrice. Cependant le roi envoie les plus habiles peintres de son royaume rechercher partons pays les plus belles filles qu'ils pourront rencon- trer (acte I''r). Le peuple vient en grande foule aux portes du palais et est bientôt reçu par le roi: un orateur, choisi pourexprimer à Émolphus les volontés de tous, lui dit que son devoir est de se remarier au plus tôt pour assurer la succession au trône. Le roi les rassure et les renvoie. Son embarras est grand d'ailleurs : il est bien peu probable que les peintres envoyés en mission trouvent et rapportent le double exigé. Il y a bien un vivant portrait de la reine : c'est sa fille, Hermionide; l'épousera-til donc? Là-dessus entre la nourrice, se réjouissant du châtiment qu'elle vient d'infliger aux servantes voleuses. Le roi lui révèle à moitié ses intentions, et la nourrice achève de comprendre quand elle trouve la jeune Hermionide en train de broder, sur l'ordre de son père, le conte du roi qui épousa sa fille. Les peintres reviennent, leurs cartons bourrés de portraits : le roi n'en trouve aucun capable de le satisfaire (acte II). La décision du roi est bien prise cette fois, il en fait part à la nourrice. Celle-ci, tout en larmes, apprend à la jeune fille les projets de son père: toutes deux s'enfuient du palais, la jeune fille enveloppée dans le manteau brodé pour son père et emportant en un petit paquet ses outils de broderie. El les arrivent au port, montent dans une barque qui doit les mènera Lemnos; mais
54 CO>[PTES RENDUS
une tempête s'élève; quand elle est calmée, la barque, atterri f dans le port de Phocaïs, capitale de la Phocide, juste en face de Lemnos (acte III). Là, les deux fugitives sont reçues, et fort bien, chez une habihî brodeuse, Sopliia, amie de la nourrice. Mais le jeune roi du pays, Oreste, a aperçu Ilermionide et la veut épouser. Il charge une vieille entremetteuse, Aprodissa, de lui ménager un ren- dez vous a\ec la jeune fille. Le mariage est décidé; une récompense digne de ses services est promise à Aphrodissa, et le roi fait faire de splendides préparatifs de noce (acte IV). La mère d'Oreste, la vieille Olicomestra, furieuse que son fils ait épousé une aventurière, s'est retirée à Rutella. Oreste, sur les exhortations de sa femme, qui veut voir son mari se couvrir de gloire, s'est rendu à Athènes, où se cé- lèbrent de grands tournois, accompagné de son conseiller Régulus. 11 a laissé auprès d'Hermionide son fidèle sénéchal Cœlius. Celle-ci va être mère; la sage-femme Phupha est amenée auprès d'elle; un jeune dauphin vient au monde. Cœlius charge le messager Épipha- nius d'aller à Athènes porter au roi cette heureuse nouvelle (acte V). Épiphanius passe par Rutella, croyant remplir de joie Olicomestra en lui annonçant la naissance de son petit-fils. Celle-ci, outrée de colère, dissimule ses sentiments réels et fait un excellent accueil au messager • sa confidente Pharia enivre l<]piplianius ; pendant son profond som- meil, elle lui dérobe la lettre de Cœlius, gratte le parcliemin pourpré, et écrit au verso que la reine vient d'accoucher d'un monstre, d'un nègre. C'est cette nouvelle que lit Oreste. Il veut quitter Athènes, mais le sage Régulus le retient, soupçonnant quelque piège d'Olico- mestra. Une lettre est remise au messager, enjoignant à Épiphanius de garder à vue la reine et son fils Nouvel arrêt d'Épiphanius à Rutella, nouvelle substitution de lettn\ de sorte qu(^ C(ï^lius reçoit l'ordre de mettre à mort IhuMnionide et son fils. Il hésite, puis em- mène au loin la mère et l'enfant : il abandonne la jeune reine dans une forêt solitaire, et dépose sur les flots de la mer le jeune enfant, dans un panier bitumé, avec une forte somme d'argent et des bracelets pour le faire reconnaître (acte VI). Nous sommes transportés à Athènes: le roi Oreste a remporté une complète victoire. Il se hâte de regagner la Phocide en compagnie de Régulus; en longeant le rivage de la mer, ils entendent la conversation de deux pêcheurs qui se croient seuls: l'un raconte à l'autre qu'il a trouvé un panier d'osier où était coucIk'^ avec un trésor d drs bracelets, un jeune prince beau comme
E. ROY : TIIKATRE FRANÇAIS XlV'-XVt' SIÈCLES T),"»
le jour. Le roi et son conseiller sont tout remplis d'étonnement : si cet enfant était le fils d'Herraionide? Mais les pêcheurs se sont déjà en allés. Oreste arrive à Phocaïs, au moment même où la vieille nourrice revenait de Thrace 5^ annoncer la mort d'Émolphus. Il demande ouest sa femme: Cœlius lui montre l'ordre de mort signé de sa main. Fu- rieux, il va assiéger Rutella ; sur les conseils de Cœlius, il va con- sulter Toracle de Delphes. Sa femme s'y était rendue, elle aussi; la prêtresse vient de lui prédire qu'avant la fin du jour elle retrouvera sa famille et sera désormais heureuse; bientôt en efïet elle rencontre le vieux pêcheur Achironeus, celui-là même qui avait recueilli son jeune fils. Il le lui a rendu après s'être fait supplier longtemps. Hermionide est toute à sa joie, quand survient son mari. Elle l'accueille froide- ment tout d'abord, ne croj'ant pasavoir à se louer de lui. Mais bientôt tout s'explique; et un messager vient annoncer que la perfide Olico- mestra et sa digne confidente Pharia se sont fait justice elles-mêmes en se donnant la mort. Régulus prend congé des spectateurs.
Tel est le contenu de cette pièce embrouillée, intricatiftHima, dit avec raison le manuscrit. Le vocabulaire de l'auteur est très riche, mais composé d'éléments très disparates, pris à troutes les époques de la langue latine, depuis les origines jusqu'à l'extrême décadence; on y trouve une foule de mots rares, de mots aussi qui ne sont employés que là. M. Roy a pris soin de dresser un glossaire contenant tous les mots étrangers à la latinité classique, ou douteux, citant pour chacun d'eux l'exemple le plus ancien qu'il en a trouvé dans du Gange, For- cellini, ou les écrivains de la Renaissance; les mots nouveaux ou pris dans un sens nouveau y sont marqués d'un astérisque. Le style de la Comédie sans zft7re est aussi varié que l'est la langue; les phrases y sont tantôt courtes tantôt longues. Sa syntaxe enfin est tantôt conforme à l'usage classique, tantôt lui est contraire. La latinité, la syntaxe, le style sont étudiés minutieusement par M. Roy dans d'inté- ressants appendices.
Un problème qui s'impose à l'éditeur d'un texte publié pour la pre- mière fois est évidemment de le dater. L'examen de l'écriture du ma- nuscrit n'apprend rien de précis, et parmi les paléographes qui l'ont examiné, les uns l'attribuent au xvi*' siècle, d'autres au xv. L'étude de la langue peut servir à éclaircir le texte, non à le dater. Comment s'y prendre! Le procédé de M. Roy est fort ingénieux: « 11 n'y a, dit- il, qu'un moyen, très long, mais à peu près certain, c'est de reconsti-
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luer hi bibliothèque inconnue de cet, auteur inconnu. >) L'auteur est italien, c'est une première conclusion qu'il est facile de tirer de divers indices, notamment du st,yle ; aussi convient-il de parler d'abord de ses sources italiennes: la plus intéressante est une nouvelle latine de Bartolomeo Fazio; M. Roy en cite un certain nombre d'autres et étudie avec soin toutes les ressemblances et les différences qui existent entre toutes les versions italiennes connues du même conte. 11 passe ensuite aux versions fran(;aises ; deux surtout sont à remarquer: la Manekinc, de Philippe de Beaumanoir; bien des détails ne se re- trouvant que dans ce roman et dans notre Comédie, il faut en conclure à l'influence à peu près certaine du premier sur la seconde; et le ro- man du comte d'Anjou, de Jean Maillart (1316): là encore de petites particularités ne se retrouvant que dans cette œuvre et dans la Comédie, il est vraisemblable que notre auteur inconnu avait tiré parti du récit français. A côté de ces imitations livresques, M. Roy note quelques traits empruntés aux moeurs contemporaines; le roi Kmolphus envoie les plus habiles peintres de son royaume à la recherche des plus belles femmes de la terre dont ils auront à lui rapporter les portraits: de même en 1427 Jean van Eych est envoyé de Bruges à Lisbonne pour rapporter à Philippe le Bon le portrait de sa fiancée Isabelle de Portugal. Hermionide porte à ses vêtements des clochettes suspendues comme ornements: c'est là une mode qui, reprise d'Apulée, était fort en honneur au xu-^ siècle, comme l'attestent entre autres preuves une lettre de rémission de Charles V. datée de mars 1369, et des vers d'Eustache Deschamps.
Des éci'its latins du moyen âge, peu de traces dans la Comrdie sam^ titre: quelques souvenirs cependant de la vieille comédie de Jean de Blois, VAlda. Cette coraédieétait, remarque M. Roy, très lue encore au XVI'' siècle. C'est là que Rabelais devait prendre, et cet emprunt n'avait encore été remarqué par aucun de ses innombrables commentateurs, l'idée du fameux épisode de Gargantua ((qui nesçavoil... s'il ne devoit plorer pour le dueil de sa femme, ou rire pour la ioye de son fils.» '»|uant aux innombrables sentences et provci'bes dont fourmille la Co- dé raie sans titre, quelques-uns viennent sans doute soit des traités d'Albertanode Brescia, soit du Pseudo-Caton ; mais les neuf dixièmes sont pris dans les classiques latins. L'auteur inconnu les connaît ad- mirablement et ne s'est pas gêné pour les mettre à contribution, pour <'s piller m 'mti •; il lésa dévorés, véritable liollno lihrornm, comme
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Cicéron disait de Caton. C'est à eux d'abord qu'il doit de posséder à fond et dans ses plus petits détails la mythologie : Ovide et Hygin sur tout l'ont renseigné. Illeur doit son érudition géographique: «Presque tous les noms de pays, de villes ou de personnages ont été choisis par l'auteur, afin de transporter un conte populaire connu dans l'antiquité classique. » Les indications de décors, de costumes, sont fournies par les prosateurs et les poètes latins, qui fourniront aussi les paroles de- puis le prologue et la première scène jusqu'à la dernière. Les idées du prologue par exemple sont toutes ou à peu près contenues dans le prologue de l'Hécyre de Térence et dans celui du Querolus. On peut en dire autant de la plupart des épisodes sérieux et comiques delà pièce. On y voit se presser à la suite les uns des autres les emprunts faits à Catulle, Properce, Virgile, Martial, Horace, Cicéron, Tite- Live, Pline le Jeune (quelques-unes de ses lettres sont copiées inex- ^enso). Tacite dont notre auteur a peut-être lu le Dialogue des orateurs, découvert en 14ol, par Enoch d'Ascoli), Sénèque (dialogues, lettres, tragédies*. Valère-Maxime, Apulée, Macrobe, Boece, etc. Évidemment les comiques sont pillés plus encore que les autres. « L'imitation de Plante et de Térence est partout, dans les archaïsmes (.s/e^, venerarier, etc.), et les innombrables expressions qui sont comme la menue mon- naie des comiques, dans l'intrigue, dans le dialogue et les réparties, dans les entrées et les sorties, dans les jeux de scène et dans les plus petits détails. » Térence est surtout cher à l'auteur de la Comédie sans titre : celui que Montaigne devait appeler « la mignardise et les grâces du langage latin », que Nicole relisait comme pour se faire la main, a\'ant de traduire en latin les Provinciales, que le xvii^ siècle, Boileau en tête, proclamait le premier des comiques, qui au xvin« inspirait à Diderot les réflexions dithyrambiques que l'on sait, était déjà placé par tout le moyen âge bien au-dessus de Plaute : « On pos- sédait ses œuvres au complet, on y trouvait un trésor inépuisable d'élégance et de sagesse. C'est à ce titre que Térence était encore re- présenté en 1470, dans les stalles de la cathédrale d'Ulm, à côté des philosophes, Cicéron, Ptolémée, Pythagoras. » Plaute est mis à con- tribution moins souvent; on sait d'ailleurs qui huit seulement de ses comédies étaient connues avant Je xv« siècle: V Amphitryon, ÏAsi- naire, VAululaire, les Captifs, le CurcaUo, la Casina, la (Jintellaria, V Epidicus ; ce n'est qu'en 1429 que les autres furent découvertes, et de ces dernières il n'est pas bien évident que notre auteur se soit inspiré.
58 COMPTES RF.NDUS
On ne peut établir nettement non plus s'il a connu Silius Italicus, qui n"a été découvert qu'en 1417. par Poggio Bracciolini.
L'auteur était un religieux : la familiarité avec laquelle il manie les termes de la langue théologique suffirait à le prouver; M. Roy, par d'ingénieuses inductions, arrive même à établir qu'il appartenait à Tordre des Dominicains. Il avait \ raisemblablement dédié son œuvre à un cardinal, de la famille des Colonna, qui l'avait fait recopier dans un manuscrit à ses armes ; ce cardinal ne peut être que Prosper Colonna. fils cadet de René ou Laurent Colonna, et neveu d'Odon Colonna, qui fut pape sous le nom de Martin V.
La Comédie fians titre a-t-elle été jouée? A en juger par le texte même de la pièce, il semblerait bien qu'elle était destinée à la repré- sentation. Mais ce genre d'arguments n'a aucune valeur : M. Faguet, jadis, dans sa thèse sur la Tragédie française au xvi« siècle, avait conclu que le style des « Juives » de Robert Garnier était évi- demment scénique, et que la pièce avait sans aucun doute été repré- •sentée. M. Rigal a depuis montré d'une façon irréfutable, dans sa thèse sur Hardy d'abord, ensuite dans son livre récent sur le Théâtre français avant la période classique, que les pièces de Hardy n'avaient pas été mises à la scène. M. Roy, d'ailleurs, reconnaît que, malgré ce qu'en pourrait faire croire la lecture, l'œuvre qu'il étudie n'a pas été représentée; elle a tout au plus été lue : « Que le cardinal Prospère ait fait lire la Comédie sanfi titre soit à Rome, dans ce vieux palais dos Colonna où l'on devait jouer plus tard, au carnaval de 1 190, la Mostellaria de Plante, ou bien à la campagne, dans quelqu'une do ses villas, tout ce que cette comédie lui a jamais coûté, c'est un peu d'eau fraîche pour les invités, et quelques rouleaux de papier pour les acteurs. »
Les représentations d'œuvrcs latines au milieu du xv" siècle étaient rares, du reste, ou plus probablement même n'existaient absolument pas. C'est Pomponius Laetus qui, à ce qu'on admet généralement, prendra l'initiative de représentations en latin et en grec, et le cardinal Riario construira un théâtre spécialement destiné à ces représenta- tions. Le public s'y intéressera peu ; aussi, au lieu de continuer ;'i jouer Plaute etTérence en latin, on les trj^duira en italien; on se mettra à leur école. En France, Térence fut représenté une première fois, en 1502, au palais épiscopal de Metz : le peuple lui fit l'accueil que la plèbe romaine avait fait jadis à l'IIécyre. Mais le 23 septembre 1548^
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la Calandvia du cardinal Bibbiena, — qui n'était autre chose que les Ménechmes de Plaute, — obtint le plus vif succès, jouée à Lyon devant Henri II et sacour.a La comédie à moitié italienne de la Pléiade n'est pas loin, ni Larivey, ni Molière qui « prend son bien où il le trouve » (et en particulier, remarque M. Roy, des traits assez nombreux des Four- beries de Scapin sont empruntés à la Calandria], qui imite les Ita- liens et les anciens avant d'imiter simplement la vie. En un certain sens au moins, la comédie française, elle aussi, c'est la comédie latine revue, corrigée, et considérablement augmentée. » Peut-être est-ce là une conclusion qu'il ne faut pas accepter telle quelle et tout entière : la source véritable de la comédie de Molière n'est ni la comédie latine ni la comédie italienne ou française de la Renaissance; c'est la farce, comme l'a montré dans un récent article de la Revue de Paris (1«'' mai 1901) M. Lanson, article dont les résultats me semblent, sinon tous, du moins en grande partie définitifs.
Il
M, Roy passe maintenant d'Italie en France. La même légende y a inspiré une pièce qui a été réellement représentée dès le xiv" siècle, et non plus seulement lue ou récitée; c'est le XXIV*^ des quarante mi- racles de Notre-Dame contenus dans le célèbre manuscrit Cangé et publiés par MM. Gaston Paris et Ulysse Robert. Ce miracle est tiré directement de la Manekine de Philippe de Beaumanoir. L'esprit de cette œuvre ne diffère pas de celui des trente-neuf autres du même recueil. Quel est cet esprit? A en croire certains historiens de la lilté- nature, tels que M. Petit de JuUeville, dans son livre bien connu sur les Mystères, et dans le chapitre de V Histoire de la Langue et de la Littérature française publiée à la librairie Armand Colin (tome II, p. 404) sous sa direction, tels aussi que M. Gustave Lanson, « ces drames pieux trahissent le désordre moral du temps où ils ont été composés. Les papes, les cardinaux, les évêques sont mal- traités, chargés de crimes et de péchés ; les rois, les juges sont faibles ou mauvais. Le pouvoir spirituel ou temporel n'inspire plus que dé fiance ou mépris. Là, comme dans les ouvrages du siècle, on sent que la féodalité catholique touche à sa fin » (Lanson, Histoire de la Littérature française, Paris, 1898 (5*5 édition), p. 193). M. Roy nest pas de cet avis : « Des sentiments très simples, nous dit-il, pa- raissent suffire pour expliquer tous ces Miracles de Notre-Dame par
60 COMPTES RENDIS
personnages : une foi peu éclairée qui a mis des siècles à se transfor- mer, et une curiosité, une passion du romanesque, ou simplement du spectacle et de la musique, qui ne s'est pas transformée; on joue tou- jours des opéras et même des mélodrames, le dimanche en prorince, à Paris tous les soirs. >; Il n'}^ a, selon lui, aucune différence entre l'esprit de ces quarante miracles et l'esprit du miracle de Tlu-ophile au xiir' siècle, ou de ceux que composait encore, à la veille de la Pléiade, le Parisien Jehan Louvet. (( Ces généralités, ajoute-t-il, seront plus facilement admises lorsqu'on aura déterminé dans quelle ville, dans quelles conditions et à quelles dates ont été représentées les pièces du manuscrit Cangé. » Et d'abord, l'ordre où elles se succèdent dans les deux volumesdu manuscritest-il celuidans lequel elles ont été jouées? Cela est peu probable. Dans quelle ville ou, au moins, dans quelle province ont-elles été représentées? Le choix des légendes ne nous apprend rien à cet égard, car elles sont empruntées à tous les pays de l'Europe. L'emploi du dialecte ne nous renseignera guère non plus. Restent les noms propres de lieux. Magnin avait jadis cru pouvoir en conclure [Jouma] des Savants, janvier 1847) que les miracles avaient été joués à Senlis; un examen beaucoup plus minutieux et attentif amène M- Roy à aftinuer qu'au contraire « ces pièces n'ont pu être destinées et jouées qu'à Paris. Ce n'est pas pour lesl)Ourgeoisde Rouen ni de Senlis que Pierre Corneille composera la (ialerie du Pa- lais., la Place Royale, le Menteur ». L'étude des noms propres de personnes et des allusions historiques ou à des usages locaux aboutit à une conclusion plus importante encore que la précédente : « La chronologie réelle des pièces ne concorde pas avec leur succession dans les deux volumes du recueil manuscrit et le copiste ne s'est nullement astreint à suivre, comme on l'avait supposé, l'ordre des représentations, mais le classement de ces Miracles reste à faire tout entier. Ce classement très délicat, et qui exige une connaissance intime de la vieille langue, dépasserait de beaucoup notre compétence et le cadre de cette étude. 11 nous sullit d'avoir établi, par le simple examen de la mise en scène et des allusions historiques, que le Puy- Notre-Dame a prospéré jusqu'à lextréme fin du règne de Charles 'V, et très probablement après l'avènement de Charles "VI ; c'est-à-dire que les derniers Miracles du manuscrit Cangé rejoignent immédiatement dans le temps (et même dans l'espace) les Mystères que nous allons étudier. »
li. UOV : TIIÉATKE FKANtAlS XIV^-XV' SIECLES 61
OÙ ces représentations étaient elles données ? Le siège du Puy était d'après les indications qu'on peut tirer des noms de lieux parisiens mentionnés dans les Miracles du manuscrit Cangé, tout proche des Halles. C'est non loin delà, à l'hôpital de la Trinité, qu'une confrérie, célèbre depuis, devait jouer la Passion. Une partie de l'histoire de oette confrérie au xvi« siècle est assez bien connue; mais, sur ses origines, nous sommes malheureusement fort mal renseignés. Les frères Parfait se sont bornés à choisir au hasard entre les diverses traditions que rapportaient leurs devanciers. La première mention que l'on ait d'un mystère de la Passion joué à Paris est du mardi après Pâques 1380. Ceux qui le jouaient étaient-ils les prédécesseurs im- médiats des confrères de la Passion? C'est tout à fait vraisemblable. Cependant s'agissait-il, en 1380, d'un mystère mimé ou d'un mystère parié? Il est difficile de le dire. Nous voyons ensuite qu'en 1398, des représentations données à Sainl-Maur (près Vincennes) sont inter- dites par le prévôt de Paris. On a supposé longtemps que les acteurs de Saint-Maur n'étaient autres que les acteurs parisiens qui s'ins- tallèrent plus tard à l'hôpital de la Trinité, C'est une conjecture, rien de plus. Enfin, en décembre 1402, des lettres patentes sont accordées par Charles VI aux confrères de la Passion; ils sont désormais en droit de jouer leurs mystères, et peuvent interdire à tous autres d'en représentera Paris ou dans la banlieue. Un théâtre permanent était donc désormais fondé. On ignore quel était à l'origine le répertoire joué par la confrérie de la Passion soit à Saint-Maur, soit à Paris. On a supposé que ce répertoire était contenu dans le manuscrit de la bibliothèque Sainte-Geneviève, décrit par le duc de La "Vallière en 1768, et publié en 1837 par Achille Jubinal [Mystères inédUn du X V" siècle, Paris, 2 vol. in-8"). Rien ne prouve d'abord que les œuvres de ce recueil aient été représentées à Paris, ni l'étude de la langue^, ni quelques allusions locales; une des pièces contenant une allusion au sermon joyeux de 5am^e-Ge/me pourrait faire croire que le recueil est postérieur à 1435. Une étude attentive des noms de lieux permet d'affirmer que les pièces du manuscrit de la bibliothèque Sainte-Ge- neviève ont bien été composées a Paris. Quant à la date du recueil, si le manuscrit Cangé, qui est du xv^ siècle, nous a conservé des œuvres jouées au xiv', pourquoi les pièces du manuscrit Sainte- Geneviève, qui est, lui aussi, du xv" siècles ne seraient-elles pas, comme les précédentes, du xiv"^?» Et l'on sera obligé de l'admettre,
62 COMPTES HENDIS
dit M. Roy, s'il est démontré que le répertoire des confrères parisiens de la Passion a eu des fuites en dépit du monopole, qu'il a été copié en dehors de l'Ile-de-France à une date historique déterminée du xiv^ siècle et qu'il a inspiré d'autres mystères. Lun de ces mystères au moins, signalé par D. Montfaucon, par Haenel, par Godefroy et par d'autres, et attribué jusqu'ici d'après l'écriture et les miniatures, « à la période moyenne du \iv« siècle », mais en réalité exactement daté par des allusions historiques, le Mystère du Jour du Jugement, de la bibliothèque de la ville de Besançon, sera prochainement publié. Ainsi reculé par celte imitation même, le recueil Sainte-Gene\ ièvc n'est plus isolé, et ce n'est pas un seul mystère qu'il faut attribuer au XIV* siècle, mais plusieurs, toute une collection. Le texte inédit de la bibliothèque de Besançon nous permet maintenant de reprendre l'histoire interrompue des mystères et celle de la confrérie de la Pas. sion en particulier. »
Ce qu'était le mystère au début du xiv^' siècle, il est difficile do le dire. L'œuvre qui peut donner une idée de ce qu'il était vers le mi- lieu du siècle est le petit drame de la Nativité, qui se trouve dans le manuscrit Gange. Puis il faut passer à une analyse de 1370, due à Nicolas Oresme (dans la traduction de VÉlhifjue d'Aristote, liv. I\'^ ch. xxiv), que personne avant M. Roy n'avait remarquée. Il est fort probable, selon lui qu'Oresme veut parler dans ce texte d'un ouvrage delà bibliothèque de Charles V, mentionné en ces termes dans les catalogues de cette bibliothèque dressés par Gilles Malet en 1373 et 1380: « La Passion Nostre Seigneur, rimce par personnages, la Vie des Pères, l'Image du Monde, vies d'aucuns sains, plusieurs choses de saint Pol, chançons et autres choses riniées... Judas respont 2. 1. [ivres]'. »
C'est cette Passion, sans doute, qui était jouée encore à Pâques en 1380, et devant Charles Yl en 1391. « Quel rapport avait cette Pas- sion de Ciiarles V avec la Pa.s.sjon Sainte-Geneviève? On n'oserait évidemment rien affirmer à ce sujet, mais il se pourrait fort bien que ces rapports aient été très étroits et que la. Passion Sainte Geneviève ne soit pas autre chose que cette ancienne Passion légèrement ra- jeunie. » Ce qui est certain, c'est que les représentations données en 1380 et 1381 ont continué; en juin 1398, nous retrouvons les compa- gnons de la Passion installés à Saint-Maur. D'autre part, « dansl'In-
1. !.. Deli-ic, le Cuhinct (lof Maiiu.<rrit.<. r.tc, i. III p. I<i7, ti" llôl.
E. ROY : THEATRE FRANÇAIS XlV^-XV*^ SIÈCLES (>î
ventaire des joyaux de Louis I^i" duc d'Anjou, en 1364, figure un tapis de l'Annunciation Nostre Dame et des III roys...» {Bibl.de V École des chartes. 1889, p. 172, n» 184, 15). Ce rapprochement per- met de supposer que les « Jeux^de l'Annonciation et de la Nativité Nostre Seigneur Jhesu Christ », représentés en 1399 à l'hôtel d'Or- léans, n'étaient autres que le premier mystère du manuscrit Sainte- Geneviève intitulé : « Cy commance la Nativité N. S. Jhesu Christ, » et quelquefois aussi désigné sous le titre de « la Conception ». Il est probable que plus d'une fois pendant les années qui suivirent les lettres patentes du 2 décembre 1402, Charles VI vit encore jouer devant lui les Confrères de la Passion. « On arrêtera là — et c'est par ces lignes que M. Roy termine son étude — cette enquête sur une confrérie aussi célèbre que mal connue. Si faible que soit la valeur littéraire du répertoire des premiers Confrères de la Passion, peut-être valait-il la peine de déterminer ce répertoire et de fixer les véritables origines des Mystères Sainte-Geneviève. Il peut être utile aussi et plus facile, les textes étant en partie imprimés, analysés, connus, d'étudier la compo- sition et les sources des mystères qui nous sont parvenus et de tenter pour les grandes compositions dramatiques sur la vie du Christ ce qui est fait pour le Mystère du ciel Testament. Quand on aura es- sayé de faire cette recherche, au moins sur quelques points toujours douteux, et d'abord, publié et daté le mystère de la Bibliothèque de Besançon, la chaîne sera renouée, et la lacune si souvent signalée dans le développement du théâtre français au xvi« siècle, remplie, — dans la mesure qui est possible. »
Le texte de la Comédie sans titre esi publié avec le plus grand soin: ce n'était pas toujours chose facile, car le copiste maladroit avait mul- tiplié les fautes. M. Roy les a corrigées toutes, et de la façon la plus heureuse. Enfin l'appendice de l'ouvrage contient tous les rapproche- ments auxquels donne lieu la Comédie sans titre avec les prosateurs et les poètes de l'antiquité etdu moyen âge, une étude sur la latinité de l'œuvre: orthographe, vocabulaire, flexions, syntaxe, style et figures, un glossaire détaillé, une table des noms propres. Les quelques fautes d'impression qui s'étaient glissées dans le livre sont relevées dans un
errata.
J'espère avoir donné une idée du très grand intérêt que présente le beau livre de M. Roy; je ne saurais assez louer la vaste érudition de l'auteur si amplement informée, l'habileté avec laquelle il manie les
64 COMPTES KliNDlS
documents qu'il étudie. Une comparaison s'impose, et il faut bien que je la fasse, si l)anale soit-ello : on dirait d'un chimiste dans son labo- ratoire. Pas une seule affirmation, dans ce vaste travail, pour laquelle l'auteur ne fournisse les preuves sur lesquelles il s'appuie et n'en élatlisse la solidité. Les seuls reproches que je ferai à l'auteur sont: d'abord de ne pas avoir dressé, soit en tête, soit à la lin du livre une liste générale de tous les ouvrages consultés et cités, et aussi de n'avoir pas donné la traduction de la Comédie .san.s- li/re: il aurait dû suivre en cela l'exemple de Magnin qui, lorsqu'il publia en 1845 les comédies de Hrotsviilia, traduisit le texte latin des six comédies de l'abbesse de Gandersheim. Souhaitons en terminant que M. Roy nous donne le plus tôt possible les deux études qu'il nous annonce comme de\ ant prochainement paraître : l'une sur le mystère franc^-ais du xiv« siècle, le Jour du Jugement, l'autre sur les Sources des mystères. La très haute valeur du livre dont nous venons de rendre compte nous est un st^ir garant de l'intérêt do ceuxqui le suivront.
Gaston Roussei.i.e.
J. K. Sciii:kei;. — Beiiràge zur Gesctiichte des Judenrechtes im Mittelalter mit besonderer Bedachtnahme auf die Lànder der osterreichisch ungarischen Monarchie. Erster Band. Die Rechtverhàltnisse der Juden in den deutsch-osterrei- chischen Làndern. — Leipzig, Duncker und llumblot, lUÛl, in-8", XX-G71 p.
Le livre que M. Scherer vient de publier dépasse plus d'une fois son titre, et c'est en réalité une histoire complète des Juifs d'Autriche- Ilongrie qu'il a entreprise. Ce premier volume comprend deux parties : l'une, consacrée aux .luifsde la Haute et liasse-Autriche, va jusqu'au règne de Ferdinand l**''; la seconde, consacrée aux Juifs des provinces méridionales de l'Autriche, est continuée jusqu'à l'époque contempo- raine. M. S. fait précéder son travail d'une introduction d'une cen- taine de pages qu'il intitule: « Principes de la législation du moyen âge relative aux Juifs. » Mais c'est plutôt un examen de faits que de principes. Dans la législation du moyen âge, les Juifs ne sont pas seu- lement considérés comme les fidèles d'une religion difTérente de la re ligion d'Miat, mais aussi comme les membres d'une nation étrangère. C'est à ces deux idées — confession et nationalité — (|ue peu\ent se rat- taclier les ])rohi Imitions (jui()nt<''t'''dirig(''es contre eux; et ceslenseplacjant
SCHEHEH : GESCHiCHTE DES JLDENRECHTES 65
à ces deux points de vue que M. S. examine successivement toute cette législation. Pour les règles d'inspiration religieuse, il passe en revue les législations romaine, germanique et mahométane : il insiste en particulier sur la législation de l'Église, indiquant après chacune des mesures adoptées par l'Église la liste des conciles qui Font acceptée dans leurs canons, puis montrant comment ces canons ont été traduits en lois par le pouvoir civil. La seconde partie de l'introduction est consacrée à la législation d'inspiration purement civile de l'Allemagne, de l'Angleterre, de la France, de l'Espagne et de 1" Italie; et de cette double étude, l'auteur arrive à dégager la notion d'une sorte de droit international applicable aux Juifs de toute l'Europe. Cette méthode ne va pas sans quelques répétitions; on ne saurait d'ailleurs admettre sans réserve toutes les conclusions de M. S., et il y aurait lieu en par- ticulier de discuter le sens qu'il donne à l'expression de u serri ca- mere ))(p. 70-77), mais on pourra surtout reprocher à cette introduction de n'apporter rien de nouveau, sinon le groupement de ces faits dont l'ensemble permet d'apercevoir en détail la condition légale des Is- raélites au moyen âge.
Le premier texte relatif aux Juifs d'Autriche est une ordonnance douanière du début du x'^ siècle. Mais jusqu'au xiii* siècle on n'a sur eux que des renseignements épars. Le premier document juridique important est l'ordonnance de Frédéric II de 1238. M. S. lui con- sacre une quarantaine de pages (pp. 135 172). Mais il porte surtout son effort sur le célèbre privilège de 1244 accordé aux Juifs de ses États par le duc Frédéric II, redevenu maitre de "Vienne et de l'Au- triche. De ce privilège il examine tour à tour les règles de droit privé, de droit pénal et de droit public, et en groupant des documents épars, en comparant la situation légale des Juifs d'Autriche à celle de leurs coreligionnaires d'Europe, il fournit une sorte de répertoire juridique où sont classées toutes les questions de droit intéressant les Juifs et qui constitue un instrument de recherches commode.
Ces actes de 1238 et 1244 sont des (( privilèges », mais on en comprendra le caractère et la nécessité, en se rappelant comment, dispersés en petits groupes sur le sol de l'ancien Empire romain, restant soumis au droit romain, les Juifs, — alors que Germains et Romains se confondaient de plus en plus en devenant chrétiens et que la loi de personnelle devenait territoriale, — se sont en réalité trouvés sans droit, leur personne et leurs biens demeurant en dehors de la loi
Moyen Ajc, t. XVI. 5
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du pays qu'ils habitaient. M. S. n'a pas manqué de se demander (pp. 137-142,177-178), après Stobbe et Honiger, quels rapports pou- vaient exister entre les différents actes qui de l'époque carolingienne au xve siècle ont régularisé cette situation' .
Il conclut que si l'acte de 1238 est fortement inspiré des privilèges antérieurs, tels que les privilèges donnés par Henri l'y aux Juifs de Spire (1090) ou de Worms, l'acte de 1244 est original et commence une série nouvelle. Cette théorie peut être admise d'une manière générale, mais est-il bien sûr qu'aucun des trente articles de ce privi- lège ne puisse se retrouver non seulement dans l'acte de 1238, mais dans des textes plus anciens? Les art. 2, 11, 26 et surtout l'art. 6 ne rappellent-ils pas les art. 2, 13, 7 et 0 du privilège de Worms (Éd_ des Regesten d'Aronius, n" I70j ?
Quoi qu'il en soii, cette ordonnance, — dont l'esprit de tolérance ap- paraîtra plus manifestement si l'on songe qu'à cette même date saint Louis faisait brûler le Talmudet que les Juifs étaient expulsés d'Angle- terre, — cette ordonnance devait trouver le plus grand succès : elle al- lait devenir un modèle pour les législateurs d'Autriche, de Bohême et de Hongrie jusqu'au xv" siècle, et elle resta la grande charte des Juifs autrichiens jusqu'en 1420. C'est en somme à l'histoire de ce privilège jusqu'aux persécutions du xv^ siècle qu'est consacrée la fin de la pre- mière partie.
La seconde partie comprend six chapitres, où M. S. étudie — dans un ordre géographique — la situation des Juifs en Styrie et en Ca- rinthie, en Carniole, dans rarchevéché et la province de Salzbourg, dans le Tyrol, en finissant par quelques notes sur les Israélites du Vorarlberg. On trouvera là un certain nombre de pièces des plus inté- ressantes, telles que le privilège du duc Frédéric IV à la Bourse vide aux Juifs de Tyrol en 1431 (p. 040), le revers signé par les Juifs de Salzbourg et Hallein en 1498 (pp. 565-561) ou la défense des Juifs de Trente au moment de l'assassinat de l'enfant Simon. Il est cependant regrettable — étant donné le titre juridique de ce volume — que l'au- teur ait cru devoir insister autant sur cette douloureuse affaire et sur les procès d'Ursule do Lienz et d'André de Riun. ( >n regrettera de
1. Cette couiparaisou est assez dirticile à suivre, M. S. ayant néglige de rap- peler — fùl-ce on noie — le te.\te des arlicies des dilïérents actes qu'il rap- proche: d'autant que la numéroialion des paragraphes du privih'ge do Worms, par exemple, n'a rien d'olliciel et peut varier d'une édition à l'autre.
E. CHAVANON : ÉTUDES ET DOCUMENTS SUR CALAIS ()?
même de trouver perdues dans cette deuxième partie, entre un cha- pitre sur les Juifs de Carniole et un chapitre sur les Juifs de Salzbourg, une douzaine de pages sur les impôts pay(''s par les Juifs autricliicns. Mais ces taches n'enlèvent rien àla valeurliistorique de ce volume. Quelques négligences bibliographiques' semblent de même de peu d'importance dans un ouvrage si considérable. C'est un travail utile, d'un esprit consciencieux et libéral, et on attendra avec intérêt le second volume, qui sera consacré aux provinces italiennes, hongroises et slaves de l'Empire. l'. Hildexfinger.
J. Chavaxox. — Études et Documents sur Calais avant la domination anglaise (1180 lo46). — Paris, Picard, 1901; in-8", 35 et 5o p.
Sous ce litre, M. Chavanon a réuni deux études, l'une imprimée à Arras, l'autre publiée précédemment dans le Bulletin de Géographie hi.siorirjue. La première est un recueil de documents relatifs au port de Calais, antérieurs à 1300, la plupart signalés par l'abbé Ilaigneré, mais dont le texte n'avait pas été jusqu'ici imprimé.
Au XII'' siècle, Calais n'avait qu'un petit port, désigné sous le nom de port neuf dans une charte d'environ l'an 1182, et qui déjà avait rem- placé le port naturel de Saint-Pierre-les-Calais ;i l'embouchure du Nieulet. Ce nouveau port lui-même ne suffisait plus à abriter les vais- seaux ; aussi en 1190, Henri deLouvain,duc de Brabant, mari de Ma- thilde de Boulogne, autorisa-t-il leséchevins et bourgeois de Calais à creuser un nouveau havre. L'activité commerciale de Calais était déjà si développée que le roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion, accorda des lettres de sauvegarde aux bourgeois de Calais avec exemption de tonlieu dans toutes ses terres. En 1196, le comte de Boulogne et les Calaisiens édifièrent à frais communs une halle [guiliellam). Quelques années après, le même comte rendit la com- munauté de Calais indépendante de l'échevinage de Marck. En 1228, Philippe Hurepel fit fortifier la ville. Des lettres de Robert d'Artois, de l'an 1298, établissant à la suite et comme réparation du meurtre de son bailli par les bourgeois une taxe sur les négociants de Calais,
1. M. S. connaît les Regestes d'Aronius; mais il n'en fait pas l'usage que per- met un tel recueil, d'un maniement plus facile que les ouvrages auxquels il renvoie. Il n'a pas protilé de l'article de I. Loeb sur lesexpulsioiis des Juifs de l-'rance. Il ne cite pas de périodiques anglais ou espagnols.
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COMPTES RENDUS
nous fout connaître les diverses marchandises qui y étaient importées: harengs, draps, charbon d'Angleterre, cervoise d'Angleterre, plomb, étain, cai\re. fer et acier, laines, cuirs. De ce document il convient d'en rapprocher un autre, émané du même comte, l'an 1299, et par lequel celui-ci autorise la ville, qui était endettée, à percevoir une « assise >», c'est-à-dire à prélever au profit de la communauté, des droits sur toutes les opérations commerciales; toutes les denrées qui faisaient l'objet d'un commerce à Calais y sont énumérées.
La seconde étude de M. Chavanon est un essai sur le mouvement
du port de Calais pendant la première moitié du xiv'' siècle. Les
comptes des recettes de la boite de Calais, c'est-à-dire des revenus
que procure aux comtes d'Artois le transit des marchandises,
complétés par certains chapitres des comptes généraux des baillis.
tels que tonlieux, poids de la ville, halle aux draps, échoppes et
surtout les aventures de mer, c'est-à-dire les droits acquittés pour
chaque espèce de marchandises débarquées dans le port, permettent
de se rendre compte du mouvemeut commercial du port de Calais.
Nous connaissons les noms des navires avec leur port d'attache, la
nature des marchandises qu'ils transportaient. Le plus grand nombre
de vaisseaux de commerce et de barques de pêche venaient à Calais
des côtes de France. Mais l'Angleterre fournit aussi un contingent
considérable, et l'Espagne, le Portugal, le Sud Ouest de la France
sont largement représentés. Les vins sont les marchandises qui forment
la plus grosse part des chargements ; ils venaient du sud-ouest de la
France, d'Espagne et de Portugal. En seconde ligne, viennent les
laines; entre 1313 et 1328, on débarquait à Calais de 5,000 à 6,000 sacs
par an ; dans les années sui\antes, le nombre de sacs diminua ; il fut
réduit à presque rien à partir de 1310. La pêche des harengs était l'une
des industries les plus développées de la région : le nombre de harengs
livrés annuellement au port de Calais, s'élevait à 90,000 environ. Les
aliments et les épices qui figurent dans les chargements en quantité
considérable sont la goudale ou bière d'Angleterre, les figues, les
raisins, les dattes, les poissons salés, les fromages, etc.
Après les aliments, le cuir occupe le plus d'articles, dans les comptes de la boîte; viennent ensuite le fer, la poix, les grains, le drap, létain, la plume, etc. M. Chavanon a domié des extraits des comptes qui en font souhaitci' la publication intégrale. Ce n'est pas seulement l'histoire économique qui y gagnerait, mais c'est aussi
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V. MORTET : NOTES ARCHEOLOGIQUES
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l'histoire politique, car l'on y ironve dfs montions du genre do celle-ci que je relève dans l'extrait du compte du bailli de Calais, de 1338 : « A Tasse Le Scuit envoiiet à Nieuport pour savoir le cherlaineté des nouveles que li messages Bertelemieu dou Drac avoir dit à Arras que li Engles estoient arivé à Nieuport. "
M. Prou.
Victor MoRTET. — I . La mesure des colonnes à la fin de l'époque romaine d'après un très ancien formulaire, â'èd , revue. Paris, Alph. Picard et fils. IDOO. — II. La mesure des voûtes romaines d'après des textes d'origine antique. Paris, luème éditeur. 1900 (Extrait de la i?/6/(o^//é(/«e rftf l'Ecole des clniries). — III. Notes sur le texte des Institutions de Gassiodore. Paris. (J. Kiinc- ksieck. l'JOÛ (l'extrait de la Iienic de p//iiolo(/ie). — IV. Note sur l'âge des tours et la sonnerie de la cathédrale de Paris. Paris. 1901 (Extrait du Bulletin de la Société de L'histoire de Paris et de r Ile-de-France). — V. Ancien marché et devis languedocien. Paris, Alph Picard, 189!)-1900( Extrait du Bulletin monumental). — VI. L'expertise de la cathédrale de Chartres en 1316 Paris, même éditeur. 1901 (Extrait des Congi rs arcjtéo- lo()ifjne de France, lxvii'^ session). — VII. Marché pour la reconstruction du campanile de l'église de la Dalbade à Toulouse (1381 . Toulouse, Éd. Privât, 1900 (Extrait des .4nna/M dn Midi). — VIII. Notes historiques et archéologiques sur la cathédrale, le cloître et le palais archiépiscopal de Narbonne. Toulouse, même éditeur, 1899 (Extrait de la même revue).
M. Victor Mortet n'est pas de ces archéologues pour quirarchéo- logie est un genre de sport procurant à ses adeptes d'agréables excur- sions entremêlées de jouissances artistiques. C'est dans les vieux manuscrits qu'il étudie l'histoire de l'architecture, et il s'est fait une austère spécialité de la publication des textes relatifs à l'art de bâtir. Il vient de donner dans diverses revues une série d'articles consacrés à des documents qui vont de l'antiquité romaine à la fin du moyen âge.
I. — La première étude a trait à un formulaire que M. V. Mortet reproduit d'après deux manuscrits delà bibliothèque royale de Munich et d'après un manuscrit de la bibliothèque municipale de Schlestadt, ce dernier signalé par Giry. La bibliographie des sources, la descrip-
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COMPTES RENDUS
nous font connaître les diverses marchandises qui y étaient importées: harengs, draps, charbon d'Angleterre, cervoise d'Angleterre, plomb, étain, cuivre, fer et acier, laines, cuirs. De ce document il convient d'en rapprocher un autre, émané du même comte, l'an 1299, et par lequel celui-ci autorise la ville, qui était endettée, à percevoir une « assise », c'est-à-dire à prélever au profit de la communauté, des droits sur toutes les opérations commerciales; toutes les denrées qui faisaient l'objet d'un commerce à Calais y sont énumérées.
La seconde étude de M. Chavanon est un essai sur le mouvement
du port de Calais pendant la première moitié du xi\'' siècle. Les
comptes des recettes de la bo}te de Ca/a«, c'est-à-dire des revenus
que procure aux comtes d'Artois le transit des marchandises,
complétés par cei-tains chapitres des comptes généraux des baillis,
tels que tonlieux, poids de la ville, halle aux draps, échoppes et
surtout les aventures de mer, c'est-à-dire les droits acquittés pour
chaque espèce de marchandises débarquées dans le port, permettent
de se rendre compte du mouvement commercial du port de Calais.
Nous connaissons les noms des navires avec leur port d'attache, la
nature des marchandises qu'ils transportaient. Le plus grand nombre
de vaisseaux de commerce et de barques de pêche venaient à Calais
des côtes de France. Mais l'Angleterre fournit aussi un contingent
considérable, et l'Espagne, le Portugal, le Sud Ouest de la France
sont largement représentés. Les vins sont les marchandises qui forment
la plus grosse part des chargements ; ils venaient du sud-ouest de la
France, d'Espagne et de Portugal. En seconde ligne, \ iennent les
laines; entre 1313 et 1328, on débarquait à Calais de 5,000 à G,000 sacs
par an ; dans les années suivantes, le nombre de sacs diminua ; il fut
réduit à presque rien à partir de 1310. Lapêche des harengs était l'une
des industries les plus développées de la région ; le nombre de harengs
livrés annuellement au port de Calais, s'élevait à 90,000 environ. Les
aliments et les épices qui figurent dans les chargements en quantité
considérable sont la goudale ou bière d'Angleterre, les figues, les
raisins, les dattes, les poissons salés, les fromages, etc.
Après les aliments, le cuir occupe le plus d'articles, dans les comptes d(! la Ijoite ; viennent ensuite le fer, la, poix, les grains, le drap, rétain, la plume, etc. M. Chavanon a donné d(;s extraits des comptes qui en font souhaiter la publication intégrale. Ce n'est pas seulement l'histoire économique qui y gagnerait, mais c'est aussi
V. MORTET : NOTES ARCHÉOLOGIQUES 69
l'histoire politique, car l'on y ironve cIps nionlions du genre de celle-ci que je relève dans l'extrait du compte du bailli de Calais, de 1338 : (( A Tasse Le Scuit envoiiet à Nieuport pour savoir le chertaineté des nouveles que li messages Bertelemieu dou Drac avoit dit à Arras que li Engles estoient arivé à Nieuport. ><
M. Prou,
Victor MoRTET. — I . La mesure des colonnes à la fin de l'époque romaine d'après un très ancien formulaire. 2"éd , revue. Paris, Alpli. Picard et fils, 1900. — II. La mesure des voûtes romaines d'après des textes d'origine antique. Paris, même éditeur, 1900 [Kxinùl de hi J^tbliot/ietj ne (le /'Jicule des c/ia/-(e.s). — III. Notes sur le texte des Institutions de Gassiodore. Paris, C. Klinc- ksieck, 1900 (Extrait de la Renie de pJiiiolo<jie). — IV. Note sur l'âge des tours et la sonnerie de la cathédrale de Paris. Paris, 1901 (Extrait du Ballelin de la Société de Niistoire de Pa/n.s et de l'Ile-de-France). — V. Ancien marché et devis languedocien. Paris, Alph Picard, 1891) 1900 (Extrait du liuUetin monuinenlal) . - VI. L'expertise de la cathédrale de Chartres en 1316. Paris, même éditeur, 1901 (Extrait des Congrès ai-rhéo- logique de France, Lxviie session). — VII. Marché pour la reconstruction du campanile de l'église de la Dalbade à Toulouse (1381 . Toulouse, Éd. Privât, 1900 (Extrait des .4 /ma/c.s du Midi). — VIII. Notes historiques et archéologiques sur la cathédrale, le cloître et le palais archiépiscopal de Narbonne. Toulouse, même éditeur, 1899 (Extrait de la même revue).
M. Victor Mortet n'est pas de ces archéologues pour qui l'archéo- logie est un genre de sport procurant à ses adeptes d'agréables excur- sions entremêlées de jouissances artistiques. C'est dans les vieux manuscrits qu'il étudie l'histoire de l'architecture, et il s'est fait une austère spécialité de la publication des textes relatifs à l'art de bâtir. Il vient de donner dans diverses revues une série d'articles consacrés à des documents qui vont de l'antiquité romaine à la fin du moyen âge.
I. — La première étude a trait à un formulaire que M. V. Mortet reproduit d'après deux manuscrits delà bibliothèque royale de Munich et d'après un manuscrit de la bibliothèque municipale de Schlestadt, ce dernier signalé par Giry. La bibliographie des sources, la descrip-
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tion des manuscrits, l'origine du texte, qui « devait faire partie des écrits techniques... compilés par les anciens géomètres romains », ["explication philologique des termes, toutes ces questions ont donné lieu à des dissertations très érudites.
Le formulaire comprend trois paragraphes: le premier indique la façon de calculer la largeur du fût, la hauteur étant donnée; le second renverse le problème et permet de calculer la hauteur d'après la circonférence; le troisième est un procédé empirique pour mesurer approximativement le cube des fûts tronc-coniques.
Le passage le plus intéressant est, semble- t-il, le second para- graphe :
Mensura columnarum lU posstit estiinari qanntain altitudinem haheve poasit, inensuranda in cii cnituin. SI Iiabuerit collurus aupev stragulum in circailiun pedes V, hahiierit in altam collurus pedesXII et diniidium; si hab/œrit rero collumx in circuitu pedea X, liabehit in aliuni pedes XX \\ qain imins pcdis cireuitus leoat in altum pedes II et diuiidiunu
Collurus signifie tronc de cône. M. V. Mortet propose deux explications: suivant la première, il s'agirait du fût de la colonne ; la hauteur est à la circonférence mesurée à l'astragale dans la proportion de 2 1/2 à 1; d'où il suit que la hauteur est au diamètre supérieur comme 7.854 (= 2.5X3.141G) est à 1. C'est à très peu près la propor- tion (8:1) donnée au paragraphe premier.
D'a])rès la seconde explication, le collurus serait non plus la totalité du fût, mais chaque tambour d'une colonne. Cette version paraît inadmissible pour plusieurs motifs: dans lescolonnes diminuées, les proportions des tambours varient suivant la place qu'ils occupent ; ils sont plus trapusen bas. En second lieu, la hauteur du tambour est imposée par la nature des matériaux, et l'architecte n'apas à la calculer. En troisième lieu, il ne saurait être question d'assises de 12 pieds et de 25 pieds. En quatrième lieu enfin, le premier paragraphe nous apprenant que les colonnes doivent avoir en hauteur huit fois leur diamètre, il n'est pas possible que les colonnes soient composées de plusieurs tambours ayant cette même proportion.
La première explication de -M. V. Mortet doit donc seule être retenue.
11. - Le second texte recueilli par M. V. Mortet consiste en frag- ments, jadis attribués à llygin et qui» semblent^ en partie au moins,
V. MORTET : NOTES ARCHEOLOGlQrKS 71
se rattacher à l'œuvre de Vitruvius Rufus ». lis nous ont été con- servés par le Codex arcerianus. Le savant éditeur en publie le texte d'après deux manuscrits de la bibliothèque royale de Munich et, eu regard, des corrections dues à M. Paul Tannery. Ces fragments sont des formules pour mesurer des voûtes div^erses : (lonclia instructoina supra rircinum : infra circinum. Camara infra circinum; ad cir- cinum ; supra circinum.
M. V. Mortet a été amené à définir les termes divers de ces rubriques: concha est le cul-de four; camara, la voûte en berceau et parfois un travail de charpenterio. Supra circinum, ad circinum, infra circinum signifient: surhaussé, en plein-cintre, surbaissé.
Peut-être aurait-on pu insister sur ce point que circinus, compas, veut dire aussi ouverture de compas, rayon. Dans les chantiers où on ne connaît que les arcs tracés d'un seul coup de compas, demi-cercle ou segment inférieur au demi-cercle, la flèche ou plutôt son rapport avec la flèche, le diamètre est un élément essentiel dans la détermination de l'arc. En castillan et en catalan on appelle medio punto, mity puni, l'arc en plein-cintre dont la flèche égale la moitié du diamètre; les maçons andorrans dénomment l'arc surbaissé puni escassc, à flèche réduite. De même, dans les formules imprimées par M. V. Mortet. l'arc est désigné par la relation entre la flèche et le rayon : flèche supérieure au rayon, supra circinum; flèche égale au rayon, ad cir- cinum; flèche inférieureau rayon, infra circinum.
III. — L'objet du troisième article est de passer en revue les variantes des rubriques dans divers manuscrits des Infitituiioncs de Cassiodore et d'établir, d'après un volume du x' siècle conservé à la Mazarine, le texte de la clausula ou conclusio de ce même ouvrage.
IV. — La brochure suivante est un bref résumé d'une commu- nication de M. V. Mortet sur l'histoire des tours de Notre-Dame de Paris au xni^ siècle et dans la première partie du xiv^ siècle. Rien ne saurait nous intéresser davantage que l'histoire de cette incomparable façade de Notre-Dame. Par malheur, l'élude dont je rends compte est à ce point réduite qu'il est bien difficile de saisir les arguments de l'auteur, faits de notes minutieuses, de rapprochements ingénieux, de nuances .
V. — L' « ancien marché et devis languedocien >> est un contrat de 1294, dont M. V. Mortet rétablit la véritable portée : on avait cru qu'il s'agissait de croisées à meneaux chanfreinés. En réalité, l'objet de
12 CONrPTES RENOrS
l'acte est la construction de voûtes sur croisées d'ogives fi profil chaufreiné.
VI. — L' «expertisede la cathédrale de Chartres en 1316» soulève plusieurs questions attachantes, que M. V. Mortet traite amplement. Peut-être (,'à et là serais-je tenté de chercher une autre solution (|ue lui :
P. 8. Le devis prévoit pour les porches (( en chascune bée un ail pour porter ce qui est desus ». Ait paraît désigner ici un poitrail et dériver d'adjuium; il est difficile de le rapprocher d'ais, qui vient d'assis. Ce poitrail devait reposer sur des jambes qui s'appuyaient elles-mêmes sur le soubassement du porche et sur une saillie du mur de l'église. Tout cela doit être bien distinct de l'appareil composé de barres de fer et d'étriers qui a été enlevé lors d'une restauration récente.
A la suite de ce rapport vient une notice sur les experts qui en son les auteurs.
VII. — Le marché pour la reconstruction du campanile de la Dalbade est fort curieux. 11 faut, pour le lire avec fruit, avoir sous les x'eux le dessin d'un de ces étranges clocliers-arcades du Toulousain, par exemple l'élévation du clocher du Taur, que Caumonta publiée dans son Abécédaire d'archéologie relif/ieuse\ La description y gagne en précision et en relief : les mots prennent toute leur valeur, et il semble que l'on voie réellement ce clocher de la Dalbade.
P. 4. Le pont ne serait-il pas un simple échafaudage? Les écha- faudages étaient dits en Bordelais, au xv* siècle, pontages. Cet échafau- dage aurait servi à porter une mnchine élévatoire (p. 10), et non pas à conduire les matériaux suivant un plan horizontnl de la Soaleta au clocher en construction.
P. 8, ligne 11. « Junt;i la lonn;i » : je corrigerais volontiei's : « justa la forma. »
p. 8, note 4 yV'imyMésignc peut-être les matériaux: briques et pierre. Il ne devait pas y avoir, dans les clochers de ce genre, de char- pente utilisable pour une reconstruction.
I^. 10. Entaideinenl. Il s'agit vraisemblablement de lentablemcnt. du couronnement en pierre posé sur la maçonnerie des briques pour
1. 5'édition, p. 660. — Cf. le clocher de ."^aint-Sulpice (Tarn), dans le Mitnnol d'arrhéoloyie de M. Eiilarl, p. 508.
V. MORTET : NOTES ARCHÉOLOGIQUES 78
la garantir contre les infiltrations. Dp inAmo. p. S, note fi. l>/?.9o- quement serait la souche.
VIII. — On connaît par les descriptions et les dessins de Viollet- le-Duc cet ensemble superbe que forment la cathédrale, le cloître et le palais archiépiscopal de Narbonne. M. V. Mortet, lui consacrant la dernière brochure dont j'ai à rendre compte, apporte à l'histoire de ces remarquables édifices un appoint de notions nouvelles. Il étudie successivement le budget des recettes de Vœuvre de la cathédrale, les caractères de l'architecture de cette église, les architectes de la cathédrale et ses rapports d'analogie avec les cathédrales de Limoges et de Clerniont, le cloître, le palais, savoir les causes de sa recons- truction et les caractères de son architecture, sa date, la provenance des matériaux, enfin les relations entre Narbonne et Avignon.
M. V. Mortet rectifie une erreur commise par Viollet-le-Duc sur l'un des architectes de la cathédrale de Girone, qui s'appelait maître Henri et non pas maître Henri de Narbonne. Peut-être eùt-il pu aller plus loin et ne pas rattacher, même à titre d'hypothèse, cet architecte à Narbonne. Je ne sais, en effet, si la similitude est bien réelle entre les deu.x cathédrales de Narbonne et de Girone. Sur les influences reçues de la France par cette contrée, on trouvera des faits et des noms dans le livre tout récent de M. l'abbé Gudiol, l'ai- mable et savant conservateur du musée de Vich.
L'étude du palais achiépiscopal m'a paru être la meilleure de la brochure: le chapitre sur la provenance des matériaux est particu - liérement documenté.
p. 21, ligne 24. Ne faut il pas lire : f^e.r^ ririhns, au lieu desex men- sibus '^
J'ai signalé au cours de ce compte rendu un certain nombre de points sur lesquels nous différons d'avis, M. V. Mortet et moi. Ce que je n'ai pas noté, parce qu'il aurait fallu me répéter constam- ment, ce sont les passages oij il a fait preuve de qualités maîtresses. Dire que linformation bibliographique est très étendue et très siire serait superflu pour qui connaît M. V. Mortet. Son commentaire, toujours consciencieux, abonde en rapprochements suggestifs.
Tous les archéologiques lui sauront gré des soins et de l'érudition dépensés à publier ces textes, qui aident à comprendre l'histoire de l'architecture et qui rendent singulièrement féconde l'étude des monu- ments. J.-A. Brutails.
CHRONIQUE
La création, il y a trois ans, de l'enseignement de l'iiistoire de Lyon à l'Université de Lyon, a déjà porté ses fruits. La naissance en 1902 d'une Revue d'Histoire de L;jon a déjà été signalée ici ; cette revue ^■ient de faire paraîti-e le premier numéro de sa seconde année, et tout fait ])enser qu'elle pourra vivre et durer. Le professeur M. S. Charléty a [)ublii' d'autre pai-t à la fin de 1902 deux volumes de caractères très dilt'érents. La Bibllo- (jrapltie c/-iti(/ii<' de V histoire de Lyon jnsquen 1789 est un précieux ins- trument de travail. On n'y trouve pas moins de 2.831 numéros. Le plan est conforme aux modèles donnés ])ar Dahlmann et Pirenne. La première édition d'un recueil de ce genre présente toujours quelques lacunes et quelques imperfections, mais une seconde édition ne se fera pas attendre. M. C. a donné un bon exemple on commonrant sou enseignement et ses travaux par où ils devaient logiquement commencer. Le second volume est une H istoù'e de Lyon, en trois cents pages. C'est une histoire po[)ulaire destinée à la lecture courante et aux écoles. On y trouve un résumé court et substantiel de ce qui a été écrit de plus solide sur le ])assé de Lyon. Les origines et le moyen âge n'y occupent pas plus de 75 pages; par ce seul fait on peut constater combien cette partie de l'histoire lyonnaise est en- core mal connue, obscure, im])énétrable. Il a déjà été publié passablement de textes, mais on n'en a guère tiré parti pour de bons travaux critiques. L'étude des institutions et delà vie lyonnaises aux xvii" et xviu" siècles et pendant la Révolution témoigne d'une connais-^ance personnelle des riclies archives du département et de la ville. A. C.
*
M. d'Arbois de .lubainville a récemmeul puljlit'' deux vohunes intitulés, l'un: Cours de littérature celtique (t. XII), Principaux auteurs de l'anti- quité à consulter sur thistoire des Celtes depuis tes temps les plus anciens Jus'/uaurèynede Théodose I" {ra,iis,Fontcmoing, xv-34'lp., in-8"), l'autre : Eléments de la yramnmire celtir/ue, déclinaison, conjuyaison (Paris, Fon- temoing, in-12, 180 p.). Ces ouvrages concernent une époque antérieure à celle qui fait spécialement l'objet de notre i-evue. Nous les signalons ce- pendant, car ils peuvent intéresser ceux de nos lecteurs qui désirent re- monter aux langues, aux mœurs, aux institutions qui ont précédé le moyen jige fran(;aiset qui l'ont préparé. Dans le premier de ces ouvrages, qui l'orme le commentaire indispensable du premier vf)lunie du Recueil des historiens (tria France, M. d'Arbois de .lubainville a déterminé la valeui- et la portée des renseignements (jue nous donnent sur les Celtes, les auteurs grecs
LIVRES NOUVEAUX 75
et latins; ceux dont les œuvres nous sont parvenues en leur forme originale et ceux dont nous n'avons que des extraits dans des ouvrages postérieurs : Homère, Hésiode, Hécatée de Milet, Aristée de Proconnèse, Eschyle, Hel- lanicos, Hérodote, Aristote, A])ollonius de Rhodes, Polybe, Catou l'Ancien, Cieéron, Tite-Live, Silius Italicus, Appien, Ausone, pour ne citer que les plus célèbres.
Les fonctionnaires investis d'attributions militaires et de police qui, sous le nom de podestà gouvernaient pour la commune do Bologne les petites villes de l'Apennin soumises à la République, avaient sous leurs ordres un juge pour l'administration de la justice, et un notaire chargé d'authentiquer et d'enregistrer les actes.
Au milieu du xiv° siècle, l'office de podestà rendu inutile au point de vue militaire par la création en certains cas de capitaines de la montagne, fut supprimé^ et les anciens juges, sous le nom de ricavi, héritèrent d'une partie des pouvoirs qui y étaient attachés. Chacun d'eux, préposé à une petite circonscription administrative, le ricarlato, exerce spécialement des fonc- tions judiciaires, mais se trouve également placé à la tête de la force armée, réduite au rôle et à l'importance d'une simple gendarmerie. Cette organi- sation subsista jusqu'au xviii" siècle, époque à laquelle des fonctionnaires communaux, le saltaro et le /nassaro, se substituèrent à leur tour aux lùravi. C'est à ces ricariati que M. Arturo Palmieri vient de consacrer une notice (Gli anticin Vicariatl doW Apennino Bolor/ncse, Bologne, Za- nichelli, 1903; in-8% 89 p. ; extrait des Atti e Meniorie délia R. Deputa- ^ione di storia patria per la Roniagna, HP série, vol. XX). Ajirès avoir jeté un coup d'œil sur les cicari en général et leurs attributions, l'auteur donne une notice sur chacune des 21 circonscriptions qui ont été successi- vement créées dans la seconde moitié du xiv° siècle et en résume l'histoire administrative. Le mémoire se termine par le texte du rôle des taxes de 1376, faisant connaître avec précision la distribution entre les vlcariad des diverses villes de PApennin au sud-ouest de Bologne.
R. P.
LIVRES NOUVEAUX
1. Abgrall (Abbé J. -M.). Les croix et calvaires du Finistère. — Caen, impr. de Delesques, 1902; in-8°, 36 p. (Extr. dn Bull, moniunenial.)
2. Actus pontiflcum Cenomannis in urbe degentium, publiés 2:)ar l'abbé G. Busson et l'abbé A. Ledru. Avec une table alphabétique des noms» dressée par Eugène Vallée. — Le Mans, 1901; in-8°, cxlvii-606 p. et lacs. (Société des archives historiques du Maine. Archives historiques du Maine. H.)
3. Amante (B.) et Romolo (B.). Memorie storiche e statuarie del du- cato, délia contea e dell' episcopato di Fondi in Campania. — Roma, Loescher, 1902; in-8", (6 1.)
76 LIVRES NOUVEAUX
\. Amardel (G.). La monnaie de Xarboniio à la fin de la ildininatioii romaine. — Xarbonne, impr. de C'aillard (1903); in-8", 30 |).
5. Amira (Cari von). Die Dresdener Bilderhandsclirift des Saehsenspie- gels. I Bd. Facsim. der Handschrift in 184 I^ichtdr. Taf. nebst 6 Taf. in Farbendr. — Leipzig, K.\V. Hiersemann, 1902; in-iol. 98 pi. et 34 p. (90m.)
6. AuBRY (Ernest). Notes chronologiques sur la Guerche-de-Bretagne. — La Guerche-de-Bretagne, impr. de Heaume, 1901 ; in-lG, 153 p.
7. AuvRAY (L.). Chartes anciennes, manuscrits et fragments de manus- crits de la collection de Ms'" Desnoyers à Orléans. — Besançon, impr. de V'^^' .lacquin, 1902: in-8", 16 p. (Extr. du BibUograp/tc niodcfiic)
8. B.ARDY (Henri). Les sires de Parroy au chapitre de Saint-Dié. — Saint-Dié, impr. de Cuny, 1902; in-8", 19 p. (E.xt. du Bull, de la Société vhiloinatiqno rosgienno. 1902-1903.)
9. Barret (Abbé P.). Le tjMiipan de l'ancienne église romane d'Issy. — Caen, impr. de Delesques, 1902; in-8°. 23 p. et pi. (E.xtr. du Bull, inonu- montol.)
10. Beaumont (C" Charles de). Les tapisseries de l'église de la Couture au Mans. — Mamers, Fleury et Dangin, 1902; in-8°, 14 p. (Extr. de la Rpr. Iiist. et archéol. du Maine. LU.)
11. Beltrami (Luca). La Certosa di Pavia. 2'' edi/ioni>. — Milano, U. Hoepli, 1903; in-4», 45 pi. (15 1.)
12. Bernheim (Ernst). Lehrbueli der historiselien Méthode uiid der Geschiehts-Philosophie: Mit Nachweis der wichtigsten Quellen tiiid Hill's- mittel zuni Stndium der Gescliichte, 3 u. 4 voUig neu bearb. uiid vei-ni. Auflage. — Leipzig, Duncker und Humblot. 1903; in-8". xii-781 p.
13. Bertoni (Gin.). La Biblioteca estense e la coltura ferrarese ai tempi del duca Ercole I (1471-1.505). — Torino. H. Loescher, 1903; in-8°, 322 p. (t) 1.)
14. Bertrand de Broussillon et DuBuossay. Cartulaire d'Assé-le-Ili- boul, publié par le comte Bertrand de Broussillon. Cartulaire d"Azé et du Géneteil publié par M. Du Brossay. — Le Mans. 1902; in-8". 168 p. (Ar- chives historiques du Maine. III.)
15. Berwick y Alba (Duchesse de). Nuevos autografos de Cristobal Colon y relaciones de Ultramar. — Madrid. 1902; gr. in-8", 294 p.
16. Beylié (G''' L. de). L'habitation byzantine. Recherciies sui- l'anlii- tecture civile des Byzantins et son inhuence en Europe». Paris. Leroux, 1903; in-4", xv-220 p. et supplément, x-29 p
17. Biblia pauperum. Nach dem einzigen Exemplar in .50 Darsledlungcn Oriiher in Wolfenbiittel), jetzt in der Bibliothèque nationale) lirsg. von Paul Heitz, mite. IMnleitung iiber die Entsiehung und Kntwicklung der Biblia pauperum unter besond. Berùcksichtigungder uns erlialteneii Iland- chriiten von W. L. ïSclirciber. — Strassburg, .1. H. E. Heitz, 1903; gr. in-4", 50pl., 20 et 45 p. (36 m.)
18. BiRET (E.). Aperçu historique surles serrures. — Avignon. Seguin, 1902; in-8", 32 p. (Extr. des Mén>. de rAcad. de Vauclu.se.)
LIVRES iNOLVEAUX. 77
19. BoNALD (V"" de). Supplément aux documeut.s généalogiques sui- des familles du Houergue. — Toulouse, Brun, 19(J2; in-8", p. 395-451. . 20. BouDET (Marcellin) et Graind (Rogei-)- — Documents inédits sur les grandes épidémies. Étude historique sur les épidémies de peste en Haute- Auvergne (xiv°-xvm' siècles). — Paris, Picard, 1902; in-8", 140 p. (F]xtr. de la Rec. de la Haiite-Auccr;jnr.)
21. BouiLLET (Abbé A.). Les églises paroissiales de Paris (monographies illustrées). N° 12. Saint-Médard. Saint-Jacques du Haut-Pas. N" 13. Saint-Eustache. — Paris, Vitte, 1903; 2 fasc. in-8' de 16 p. chacun.
22. Bresslau (H.). Vita Bennonis II, episcopi Osnabrugensis. auctore Nortberto, abbate Iburg^Misi. Recognovit H. Bresslau. — Hannover, Hahn. 1902; in-8", ix-45 p. (Scriptores reruni germanicarum in usum scliolaruni.) (0 m. 50).
23. BuRGER (Koiirad). The pi-inters and publisliers ol the xv ceiilury with lists of their works. Index to the supplément to Hain's Repertorium bibliographicum (of W. A. Copinger). — Loiidon, H. Sotheran, 1902; in-8", xiu-3.54 p.
24. Butler (A. J.). Arab conquest of Egypt and last 30 ycars of Roman dominion. — London, H. Frowde, 1903; in-8". (16 sh.)
25. Cabrol (Dom Fernand). Dictionnaire d'archéologie (;hrétienne et de liturgie. Fascicule V. — Paris. Letouzey et Ané, 1903, in-1", col. 1 à 288.
26. Cagin (Le P. Paul). Le manuscrit latin M. VI 2 du Musée Borgia. Paris, 1902, in-8°, 37 p. (Extr. de la Rec. des bibliothèques.)
27. Caruni (A.). Studio su « l'Africa » di Francesco Petrarca. — Fi- renze. Le Monnier, 1903; in-b". (3 1.)
28. Caro (isidor). Die Boziehungen Heinrichs VI zur rômischen Kurie wàhrend der J. 1190 bis 1197. Diss. — Leipzig. G. F^ock, 1902; in-8", 64 p. (1 m. 50.)
29. Castelli (Giuseppe). Cecco d'Ascoli-Dante. — Roma. Soc. editr. Dante Alighieri, 1903; in-8", 32 p.
30. Castet (Abbé). Proverbes patois du Couserans. Nouvelle série. — Foix, Gadrat aîné, 19(J2; in-8", 12 p. (Extr. du Bull, de la Soc. arié<icoise des sciences, lettres et arts. IX.)
31. Charencey (C"" de), Gaidoz (H.) et Gaulle (Ch. de). Pétition pour les langues provinciales au Corps législatif de 1870. — Paris, Picard et fils, 1903; in-8", 59 p.
32. Charléty (Sébastien;. Histoire de Lyon depuis les origines jusqu'à nos jours. — Lyon, Rej', 1903; in-16. 316 [>.
33. Chauvigné (Auguste). Étude comparative des ditîérents pays de Touraine avant 1789. — Paris, Impr. nationale, 1902; in-8°. 8 p. (Extr. du Bull, de f/èo(/rap/iic historii/ue et descriptive.)
34. Chistoni (P.). La seconda fase del pensiero danlesco, periodo degli studi sui classici e hlosofl antichi e sugli espositori medievali. — Livorno, R. Giusti, 1903; in-16, 228 p. (3 1.) "
/8 LIAKES NOUVEAUX
35. Chroust (Anton). Monunienta palaeograpbica . Dcnkinaler dei' Schreibkunstdes Mittelalters. 1 Abtlg : Sehriftafeln in latoin. unddoutscliei' Sprache. 1 Série (I-III Bd.)9. liy.— Miinclien, F. Bruikniaiiii. 1902; in-tol- 8 pi. et 18 p.
36. CosQUiN (Emmanuel). La légende du page de sainte Elisabetli de Portugal et le eonte indien des « Bons Conseils ». — Paris. 5 rue Saint- Simon, 1903; in-8% 42 p. (Extr. de la Rcc. des i/ucsrions hisfoi-i'/iics.)
37. CoviLLE (A.). L'évêque Auneniundus et son testament. — L>oii, Hey, 1902; in-8°, 47 p. (Extr. de la Rcc. d'histoire de Lyon.)
38. Des Forts (P.). Le transept de l'église de Jumières. — Caen, l)e- lesques, 1902; in-8°, 8 p. et pi. (Extr. du Btill. inonumental.)
39. DiETRicH (Ernst). Die Bruchstiicke der Skeireins, hrsg. uiul ciklart. — Strassburg, K. J. Trûbner, 1903; in-4°, Lxxvni-36p. (Texte und L'n- tersuchungen zur altgermaniscben Religionsgesobiehte. II.) (9 m.)
40. DiGARD (Georges). Les Registres de Bonii'ace VIII, recueil des bulles de ce pape publiées ou analysées d'après les manuscrits originaux des Ar- chives du Vatican. 7' fasc. — Paris, A. Fontemoing, 1902; in-4". (Biblio- thèque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome.) (9 fr.)
41. DoNioL (A.). Histoire du xvi" arrondissement de Paris. — Paris, Hachette. 1903; in-8\ (12 fr.)
42. Douglas (C). Historyof Siena. — Loiidon. .T. MmMa>. 19<I3 ; in-8". (li:5 sh.)
43. DuNCKER(Herm.). Das mittelalterliche Dorfgew erbe (mit Ausschlnss der Nahrungsmittel-Industrie)nach den Weistumsiiberlieferungeii. Disser- tation. — Leipzig, Leipziger Buchdruckerei, 1903 ; in-8", xi-137 p. (2 m.)
44. Dupont-Ferrier (Gustave). Les institutions bailliagères en Dau- j)hiné (1440-1515). Le progrès des institutions monarchiques françaises et la décadence des anciennes institutions dauphinoises. — Paris, 1902 : in-8\ 84 p.
45. Dupont-Ferrier (Gustave). Les olïiciers royaux des bailliages et sé- nécliaussées et les institutions monarcliiques locales en France à la fin du moyen âge. — Paris, Bouillon, 1902; in-8", xxxiv-1043 p. (Bibliotlièquc de l'Kcole des hautes études. Sciences iiisloriques et philologiques, CXIV).
46. Dupont-Ferrier (G.). (J»uae fueriiit t;im ;i regibus quam a comitibiis in Engolismensi « apanato » coniil;ilii inslilul,-! (1445-1515). — Paris, Picanl, 1902: in-8", vin-289 p.
17. Brèves ((aiido Maria). Christanus (Jaiupoliliensis. Clnistans a on LiliiMifeld Ilymnen, Olïicien, Sequenzen und h'eimgelictc. Boncorc île Sancta Victoria, Boncore's di Santa Vittoria noxus liber li\ iiinoiuni ac ora- tionum, nach e. Handschrift des Kapitel-Arcliivs von SI. Pi-lci' in l\i>ni
■hrsg. — Leipzig,. O. R. Reisland, 1903; in-8". 271 p. (An;il('c-tn ii\ imiiin medii aevi. XLI.) (8 m. 50.)
18. Egidi (F'rancesco). I docnniHnti d' ainurc di h'ranccsco d.-i HMibcriim ■seconde i manoscritti orii/innli. b'nsc, II. I>'uni;i, Loesclici'. 19(13 ; in-8"i
(Socir-tà fiinjnL'ic'i rnni;ui;i. )
LIVRES NOUVEAUX 79
49. EusÈBE. Eusebius Werke. II. Die Kirchengeschiclite, bearbeitet von E. Schwartz. Die lateinische Uebersetzung des Ruflnus, bearbeitet von Th. Mommsen. 1 Hàlfte. — Leipzig, .T. C. Hinrichs, 1902 ; in-8°, m-507 p. (Die griechischen christlichen Schriftsteller der ersten drei Jahrhunderte. IX. i).
50. Fastlinger (Max). Die wirtschat'tliche Bedeutung der bayerischeii Klôster in der Zeit der Agilulflnger. — Freiburgi. B., Herder, 1903;in-8% xii-182 p. (Studien und Darstellungen aus dem Gebiete der Geschichte im Auftrage der Gôrres-Gesellschaft hrsg. II Bd. Hft. 2-3.)
51. Feuvrier (Julien) et Févret (Louis). Les cimetières burgondes de Chaussin et deWriange (Jura). Les stations burgondes de l'arrondissement de Dôle. — Dôle, Ledun, 1902 ; in-8'', r>Q p. et pi. (Extr. des Mém. de la Soc. d'émulation du Jura.)
.^2. FiNKE (Heinr.). Bilder vom Konstanzer Konzil. — Heidelberg, G. Winter, 1903;in-8\ 98 p. (Neujalirsblâtter der badischen historischen Kommission. Neue Folge. VI.) (1 m. 20.)
53. Flamini (Fr.). I significati reconditi délia Commedia di Dante e il suo âne suprême. Parte I. — Livorno, R. Giusti, 1903; in-lH, 274 p. (3 I. 50.)
54. FLAMM(Herm.). GescliiclitliclieOrtsbesehreibung der Stadt Freiburg i. Br. II Bd. Hâuserstand, 1400-1806. — Freiburg i. Br-, F. Wagner, 1903; in-8", vii-XLVi-417 p. (Verôfîentlichungen aus dem Arcliiv der Stadt Frei- burgi. B. IV.) (4 m.)
55. Franck-Oberaspach und Renard (Karl und Edm.). Die Kunstdenk- màler des Kreises Jiillich. — Dlisseldorf, 1903 ; in-8". vi-213 p. et l'index (Die Kunstdenkmàler des Rheinprovinz. VIII, 1.)
56. Franck-Oberaspach (Cari.). Der Meister der Ecclesia und Synagoge am Strassburger Mlinster. Beitrâge zur Geschichte der Bildhauerkunst des 13 Jahrh. in Deutschland, mitbesond. Berûcksichtigung ihres Verhàltniss zur gleichzeitigen franzosischen Kunst. — Diisseldorf, L. Schwan, 1903 ; in-8°, x-115 p. et 12 pi. (5 m.)
57. FucHs(Pat. Adalb.). Urkunden und Regesten zur Geschichte des Be- nedictinerstiftes Gottweig. III Thl, 1468-1500. — Wien, C. Gerold, 1902; in-8", vii-964 p. (Fontes rerum austriacarum. Œsterreichische Geschichts- quellen. II. Diplomataria et aeta. LV.) (14 m. 40.)
58. Galabert (F.). Alplionse de Poitiers et les Juifs. — Paris, Sueur- Charruey (1903) ; m-S\ 12 p. (Extrait delà Science catholique.)
59. Gaudin (L.). Catalogue de la bibliothèque de la ville de Montpellier (dite du musée Fabre). Fonds de Languedoc. — Montpellier, impr. de GroUier père. 1902 ; in-8% xv-799 p.
60. Gauthier (Jules). L'abbaye de Saint-Vincent de Besançon, son église, ses monuments et leur histoire. — Besançon, impr. de V^*-- Jacquin (1903); in-8°, 29 p.
61. Godefroy (Frédéric). Dictionnaire de l'ancienne langue française. T. X, fasc. 101: Testu -Zoophyte. — Paris, Bouillon, 1902 ; in-4", p. 801-875.
80 LlVKliN NOUVEAUX
62. GaiTZE (^Kai-l). Geschiclito dei' Stadt Deiumin auf {ii'Uiid dos Deiii- miiier Hatsarehivs, der StoUesclioii Chronik iindandei-ei- Quclleii bcai'boitot.
— Deuimiii, A. Frantz, 1903; in-8\ \ii-520 p. (6 ni. 50.)
63. GOLOUBINSKY (E.). IIcTopifi Pycciîoii Hp|)khii. (Histoire de ri\i:iise russe). — Moscou. 1000-1901; 2 vol. iii-S".
64. GoTTLOB (Ad. ). Die Servitientaxc im 12 Jahi-luuideil. ciiie Stuilie zur Geschichte des pàpstlichen Gebuhrenwesens. — Stuttgart, K. Euke, 1903; in-8". x-176p. (Kirchenreciitliche Abliandlungen. II.) (5 m.)
65. Gkand-Cakteret (John). La montagne à travers les âges. Wrilc ymr par elle. Fa^on dont elle a été vue. I: Dos ti'inps anl iqui>s -i la lin du xviir siècle. — Grenoble, Falque et PiM'rin, 1903 ; in- 1'. xv-5Gl ]i,
66. Gressmann (Hugo). Studicn /u Eusebs Tlieopiianie. — Leii)zig, J. C. Hini'ichs, 1903; in-8". xi-154 et 6!) p. (Texte und L'ntersucliungen zur (ieschichteder altciiristlichen Literatur. XXIII. 3. N. F. VIII, 3.) (8 m.)
(57. Guéri, IN ue Guer (C). Atlas dialectologiqne de Normandie accom- pagné d'un commentaire phonétique et h^xicologique. 1'' fascicule: Uégion de Caen à la mer. — Paris, Welter. 1903 ; in-8", [>. 1-1.58 (15 Ir.)
68. Guigue (Georges). Inventaire sommaire dos archives départementales antérieures à 1790. Rhône. Série E supplément. Archives anciennes des communes. T. I" E suppl. 1 à 667. — Lyon, Georg, 1902; in-4'', 4.36 p.
69. Hansen (Jos.). Mirteilungon ans dom Stadiarchiv von Koln. XXXI.
— Koln, M. Du Mont Scliauberg, 1912; in-8", vi-335 p. (8 m.)
70. Home (P.). Cathedral churches ol' England and Wales. — London. Eyro ot Spottisw oode ; 1903 ; in -4". (7 sh . (i d.)
71. Isoi.A (J. (î.). I parlari ilalici dall' antiiliità lino a iioi. — Li\orn<i, W. (iiusti, 1903: in-16, 184 p.
72. Jecht (Hich.). Codex diplomaticus Lusatiae superioris. II. entli. l'r- kundendes Oberlausitzer Hussitenkriegcs und derGleichzeit. die Sechslande angeh. Fehden. Im Auftrage der oberlausitz. Gesellschat't der Wissen- sclial'ten gesammelt und hrsg. II Bd. 3 Holl 1432 1431. - Grolit/. H. Tzschaschel, 1902 : in-8", p. 369-530.
73. JoDiN (A.). Étude comparative sur los noms do couloui-s. — Paris, Chevalier-Marescq, 19ri3 ; in-8", 48 p.
74. Karsky (E. Tli.) (Si)ocimons do récritui'o cyrilliciuo (hi x' au xviii'- siècle: en russe).— Varsovie iuipr. chi Ger(d(! nnixoi-sitairo. 1902 ; in-8».
75. Kor-LER (l''i'dr.). Allô Strasson in Ilessen (iMH'Isetzung). — l'rii'r. .1. Lintz, 19;)2 : in-8", 17 p. et cai-te.
76. KoTiiK (W'illi. ). K irclili(dio Zustiiiido Strassburgs ini 11 .l;ihrliundort, oin Hoiti'.'ig zur Stadt- und Kulturgescdiiolito dos Mittclalters. — I<'reiburg i. P,., li<Td<'r, 1903; in-8", viu-126 p. (2 m. 50.)
77. L.\ Manti.v (\'ito). Tcstoanlico doili' consiii'liidini di Mossiii;i. — Palermo, 1902; in-8".
7.S. I-A .MoKANDiÉRE (Gabriel m: I. liisloiri' ilc l;i id.mIshii d'I'isloiili'v iHc en Nurniandio, pi'écétlé(! de notes tlcscri pli \i's sur la lontroo de Xalnioid. — Paris, C. Dclagrave, 1902: in-4", 601 \>. ol j.l. (25 tr.)
LIVRES NOUVEAUX 81
79. La Tour du Pin Chambly, marquis de la Charge. Anciennes fa- milles militaires du Laonnois. — Laon, impi-. du « Journal de l'Aisne », 1903 ; in-16, viii-63 p.
80. Lefèvre (André). Germainset Slaves, origines et croyances. — Paris, Schleicher frères, 1903; in-18 (Bibliothèque d'histoire et de géographie universelles. VIII . ) (3 fr. 50 . )
81. Lehner. (L'école bohémienne de peinture au \f siècle. T. I. L'Évan- géliaire du couronnement du roi Vratislav, dit Codex du Vysehrad.) — Prague, 1902; in-fol.
82. Leuridan (Th.). Inventaire sommaire des archives communales de Willems antérieures à 1790. — Lille, impr. de Lefebvre-Ducrocq, 1902: in-8°, 24 p.
83. Livret de l'École des chartes (1891-1901), publié par la Société de l'École des chartes. Supplément au Livret publié en 1891. — Paris, A. Picard et fils, 1902; in-18, 171 p.
84. LuNDSTRôM fVilelm). Aneedota Byzantina e codicibus Upsaliensibus cum aliis collatis.I. Anonynii carmen pareneticum et Pauli Helladici o|)is- tolam continens. — Leipzig, O. Harrassowitz, 1902; in-8", viii-23 p. (1 m. 50.)
85. Maillefer (Paul). Histoire du canton de Vaud dès les origines. — Paris, Fischbacher, 1903; in-8", 553 p. (10 fr.)
86. Maître (Léon). L'église de Saint-Philbert est-elle carolingienne ou de l'époque romane? — Caen, impr. de Delesques (1902), in-8", 9 p. et pi.
87. Maubach (Jos.). Die Kardinâle und ihre Politik um die Mittc des XIII Jahrh. unter den Pàpsten Innocenz IV, Alexander IV, Urban IV, Clemens IV (1242-1268). - Bonn, B. Georgi, 1902; in-8% iii-136 p. (2 m. 50.)
88. Menzio (P. A.). Il traviamento intellettuale di Dante Alighieri se- condo il Witte, lo Scartazzini ed altri critici e commentatori del secolo xix. — Livorno, R. Giusti, 1903; in-16, 250 p.
89. Miniatures du psautier de S. Louis ms. lat. 76 a de la bibliothèque de l'Université de Leyde. Ed. phototypique. — Leiden, A. W. Sijthofî, 1902; gr. in-4'', xi-25 p. (Codiees gKcci et latini photographiée depicti. Supplementum IL)
90. Mitteiiungen aus der historischen Litteratur, hrsg. von der histori- chen Gesellschaft, und in deren Auttrage red. von D' Ferd. Hirseh. 2. Er- gànzungsheft. Register ûber Jahrg. XXI-XXX (1893-1902). — Berlin, Weidmann, 1903; in-8", iv-157 p.
91. Monumenta Germaniie historica. Legum sectio I. Legum nationum germanicarum tomus I. Leges Visigothorum. — Hannover, Hahn, 1902; gr. in-4°, xxxv-570 p. (30 m.)
92. MoREL (Gaston). Préhension des outils en pierre des époques pré- historiques. Période néolithique. 3° fascicule. Lames tranchantes. — Paris, Schleicher frères, 1902; in-8", p. 115 à 163 et pi.
93. MouREK (E. V.). Ueber die Négation im Mittelhochdeutschen. — Prag, F. Hivnac, 1902; in-8", 30 p.
Moyen Age, t. XVI 6
82 LIVRES NOUVEAUX
94. Nayel (Auguste) et Bodin (Henri). L'église Saint-Médard de Thouars (Deux-Sèvres). - Toulouse, Privât, 1902; in-8", 96 p.
95. Palaeographical Society. Indices to Fac-similés of manuscri])ts and inscriptions. Séries I and II. 1874-1894. London, 1901; in-8°, 63 p.
96. Paris (Gaston). La Vie de saint Alexis, poème du xi' siècle, texte critique accompagné d'un lexique complet et d'une table des assonances, Nouvelle édition. — Paris, Bouillon, 1903, in-18 jés. 63 p.
97. Pasquier (F.). Règlement pastoral à la fin du xv'' siècle dans une vallée du Couserans, étude d'après un charte inédite, publiée avec un texte roman, des notes et une préface. — Foix, Gadrat, 1902; in-8% 11 p. (Extr. du Bull, pcriodlque de la Société ((/•ié;/('oisc des sciences, lettres et arts. IX.)
98. Paulot (Lucien). Un pape fran<;ais. Urbain II. Préface de Georges Goyau. — Paris, V. Lecoffre, 1903; in-8".
99. Peltereau (Ernest). Table méthodique des quarante premières années du Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois (1862-1901). — Vendôme, impr. de Empaytaz, 1902; iu-8", 128 p.
100. Perroni-Grande. Saggio di bibliografia dantesca. Vol. I. - Mes- sina, V. Muglia, 1903; in-16. (31.50.)
101. Reber (Frz.). Die byzantinische Frage in der Architekturgescliichte. — Mtinchen, G. Franz, 1903; in-8", p. 463-503. (Extr. des Sit^nnjjsbe/-. der hai/er. Akad. der Wissenschaftea). (0 m. 60.)
102. Regosti dei Romani Pontifiei per le chiese délia Calabria.— Homa, Loescher, 1903; in-8". (10 1.)
103. Reinach (Salomon). La collection Piette au Musée de Saint-(ior- main. — Paris, Leroux, 19'J2 ; in-8°, 3 p. (Extr. de la Rec. arc/irolo(jiqiii'. XLI.)
104. Reiinecke (Wilheim). Liineburgs àltestes Stadtbuch uud Ver- festungsregister. — Ilannover, Ilalin, 1903; in-8", ix-ci-446p. (Quellen und Darstellungen zur Geschichte Niedersachsens. VIII.) (11 m.).
105. Rousset (Antonin). Thouzon, ses ruines, sa grotte. — Avignon, Prévôt, 1903, in-8", 16-18 p. et 10 pi.
106. Sabahthès (A.). Le concile tl'Attilian. — Narbonne, imp. de Gail- lard (1903) ; in-8", 12 p. (Extr. du Bull, de la Coinmissiou archèol. de Nar- bonne.)
107. Sachau (Eduard). Dererste Chaliie Abu Rekr. - Berlin, G. Rei- mer, 1903; in-8", 22 p. (Extr. des SH;;unQsber. der preiiss. Akad. der Wissenschaften. ) (1 m.)
108. Sàmaran (Gh.) et Branet (.\.). Le château et les deux tours de Bassoues, d'après les comptes de construction inédits (1370-1371). — Auch, impr. de Cocharàux, 1902; in-8", 28 p. (Extr. du Bail, de la Société ar- c/ajot. du Gers.)
109. Sauerland (H. V.). Urkunden und Regesten zur Geschichte der Rheinlande ans dem Vatikanischen Archiv. II : 1327-1342. — Bonn, Hanstein, 19:J3; in-8", xxi-617 p. ( Publikationon der Gesellschaft fur rliei- nische Gescliichtskunde. XXIII.) (17 m.).
LIVRES NOUVEAUX 83
110. ScHWABL (J. N.)- Die altbayerische Mundart. Grammatik und Sprachproben. — Miinchen. J. Lindauer, 1903; in-8% x-113 p. (3 m. 20.)
111. Segré (Carlo). Studi petrarcheschi. — Firenze, Le Monnier, 1903; in-16, 408 p.
112. Sery (Abbé Aadré). Le prieuré de Boisgirault et les églises, ses dépendances. 1. Boisgirault et Challement. II. Grenois et Hubant. — Nevers, Cloix, 1902 ; in-16, 39 et 51 p.
113. Simon (Joseph). Catalogue de la bibliothèque de Nîmes. Catalogue du legs Achille Bardon. — Nîmes, impr. de Chastanier, 1902 ; in-8", viii- 268 p.
114. SommerlAd (Th.). Bas Wirtschaftsprogramm der Kirche des Mit- telalters, ein Beitrag zur Geschichte der Nationalôkonoraie und zur Wirt- schaftsgeschichte des ausgeh. Altertums. — Leipzig, J. J. Weber, 1903; in-8°,xv-223p. (6 m.)
115. Stein flsaak). Die Juden der schwàbischen Reiciisstàdte im Zeitalter Kônig Sigmunds (1410-1437). — Berlin, M. Poppelauer, 1902 ; in-B», 74 p. (2 m. 50.)
116. Steinberg (Augusta). Studien zur Geschichte der Juden in der Schweiz wâhrend des Mittelalters. — Zurich, Schulthess, 1902 ; in-8", vii-159 p.
117. Stolze (Max). Zur Lautlehre der altenglischen Ortsnamen im Do- mesday Bock. — Berlin, Mayer und Miiller, 1902 ; in-8°, iii-50 ]). (Aus Pal(icstra.){\ m. 20.)
118. S\viTALSKi(B. W.). Des Chalcidius Kommentar zu Plato's Timaeus, eine historisch krit. Untersuchung. — Mtinster, Aschendorff, 1902 : in-8°, vii-114 p. (Beitràge zur Geschichte der Piiilosophie des Mittelaltei'S. III, 6.) (4 m.)
119. Thibault (Marcel). Isabeau de Bavière, reine de France. La jeu- nesse, 1370-1405. — Paris, Perrin, 1902; in-8". (7 fr. 50.)
120. Thompson (Henry Yates). A lecture on some english illuminated manuscripts. — London, 1902; in-8", 31 p. et 50 pi.
121. Traubk (Ludovicus). Hieronymi Chronicorum eodicis Floriacensis fragmenta Leidensia, Parisina, Vaticana phototypice édita. — Lugduni- Batavorum, A. V. Sijtholî, 1902 ; in-4", xxii p. et 44 phototypies.
122. Truchet (Abbé S.). Échaillon, près Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie). Voie romaine et eaux thermales. — Saint-Jean-de-Maurienne, impr. de Vulliermet, 1902; in-8°, 50 p. (Extr. des Travaux de la Société d'/iistoire ni d'archéol. de Mauricnne.)
123. Ulanowski (B.). Acta capitulorum necnon judiciorum eeclesiasti- corum selecta. IL Acta judiciorum ecclesiasticorum diœcesum Gneznensis et Poznaniensis (1403-1530). — Krakau, Buchhandlung der Polnischen Verlags Gesellschaft, 1902; in-8", xii-953 p. (Monumenta medii aevi res gestas Poloniae illustrantia. XVI.)
124. Vassits. La vaisselle d'ai-gent du Musée national de Belgrade. — Paris, Leroux, 1902; in-8", 16 p. (Extr. de la Rec. archéolor/ique.)
84 PÉRIODIQUES
125. VioLLET (Paul). Droit public. Histoire des iustitutions politiques et administratives delà France.) III. Période française. Moyen' âge (suite et tin): communes; corporations; prévôts et baillis; parlements; chambres descomptes; conseil; finances. — Paris, Larose, 1903; in-8", 605 y.
126. VoLPi (Guglielmo). Note di varia erudizione e critica letteraria (secoli XIV e xv). — Firenze, Seeber. 1903; in-8", 76 p. (1 1. 50. "i
127. VoLTELiNi (Hans von). Die altesten Statuten von Trient und ihre iiberlieferung. — \Vien,C. Gerold, 1902; in-8", 187 p. (Extr. de l'Archir fiir ôstcrr. Gcschic/ttc.)
128. VoRLÀNDER (Karl). Geschicbtedei- Philosophie. I. Philosophie des Altortums und des Mittelalters. — Leipzig. Dûrr, l'.)02 ; in-8", x-292 p. (Philosophische Bibliothek. C^^)
129. Walter (J. von). Die ersten Wanderprediger Frankreichs. Studien zur Geschichte des Mônchtums. I. Robert von Arbrissel. — Leipzig, Die- terich, 1903; in-8°, ix-195 p. (Studien zur Geschichte der Théologie und der Kirche. IX, 3.) (5 m.)
130. Waltz (André). Bibliographie de la ville de Colmar, publiée sous les auspices de la Société industrielle de Mulhouse et de la ville de Colmar. - Mulhouse, C. Detloff, 1902 ; in-8". xxi-539 p.
131.WEBER (Sim.). Die katholische Kirche in Arménien. Ihre Be- giiintlung und Entwicklung vor der Trennung, ein Beitrag zur christl. Kirchen- und Kulturgeschichte. — Freiburg i. B., Hcrder, 1903; in-8", xx-532 p. (9 m.)
132.\Veibull(L.). Dii)lomatai-ium diocosis Lundensis. Lunds ârkestifts urkundsbok. III Bds. 2 Hit. — Lund, P. Liiidstodt, 1902 ; iii-1". (Monu- menta Scaniae historica.)
133. Zen.vtti (Oddone). Dante o Firenze. — Firenze, Sansoni, 1903 ; in-16. (31. 50.)
PÉRIODIQUES
lU. Annales du Comité flamand de France, t. XXVI, 1901-1902. (Lille, 1902; in-8', xxiii-387 p.) — Abhè R. Fla/utiiU : Notre-Dame de Grâce et les trois viei'ges de Caestre, p. 3-52 et 2 pi. — AJ)b('- Prurost : Saint Vinoc a-t-ii denieui'é à B.M'gues ? p. 53-89. — Félix de Cousse- makcr : Thierry Gherbode, secrctaii'e et conseiller des ducs de Bourgogne et comtes de Flandre, Philippe le Hardi et Jean Sans-Peur, et premier garde des i-li;i ries di' Fhuidre (13. .-1121), étude biograpln(iuc, p. 175-385.
135. Annuaire de l'Aube, 1902, 72' année. (Troyos, 1902; in-8% 435 et 132 ]).) — Louis Leclrrf : Les sires et les l);n'iins de Diirnv, l). 45-70 et 3 pi.
136. Antiquarisk Tidstkrift for Sverige, WII, 1 t't2. (Stockholm 1903; iii-S.j ^ /•;. Lit/h/nni. Lyd(>kinuslian(isclvi-ilt(Mi i k. Hihliotcket g. s. B. .59, p. 1-63. — A', (i. Wcsliiiiiii, Oui delaktiglict i drap cnligt de svenska lanflsk;ipslag;iriia. p. 1-53.
PÉRIODIQUES 85
137. Bulletin de la Société académique de Brest. 2 série, t. XXVIL 1901-1902. (Brest, 1902; in-8% 31S-xx piy.) — De Lorwp : L'art breton du xiii' au xviii" siècle, Guimiliau et ses monuments, p. 83-114.
138. Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, t. LI. (Limoges, 1902; in-8°, 46Jp.). — Alfred Leroux: Pro- gramme des recherches historiques sur la Marche et le Limousin, j). 5-16.
— Camille Jouhanneaud: Saint-Léonard et L'Artige, p. 63-101, carte et 2pl. — Z. roiAmîmj:*; Laforêt de Courson, p. 102-119 et carte. — A.Lecler: Le « poivre de Limoges », p. 351-352. — Louis Guihert : Remboursement par les collecteurs du château de Limoges, aux collecteurs de la paroisse de Soubrevas, sur l'ordre des élus du Haut-Limousin de treize